CONNAISSANCES PRESCRITES
la prescrive nécessairement comme suite logique de notre surnaturalisation. — Le principe général qui domine en cette matière, c'est que Dieu ne saurait admettre l'indifférence et la négligence des hommes à l'égard des dogmes qu'il a cru bon de leur manifester lui-même, et qu'il croit bon de leur faire proposer par son Église au cours des âges, selon la marche des événements dans le monde intellectuel et moral. — Si tous les hommes avaient les mêmes ressources extérieures ou intérieures pour apprendre et comprendre cette révélation, cette proposition; s'ils avaient tous les mêmes charges, les mêmes emplois, les mêmes devoirs pratiques, — on devrait dire que toits doivent croire explicitement toutes les vérités révélées. Mais une telle égalité n'existe pas entre eux, il s'en faut de beaucoup; et loin de pouvoir tous connaître toutes les vérités contenues dans la double révélation biblique et traditionnelle, la plupart sont hors d'état de pouvoir embrasser toutes les vérités définies, qui pourtant sont bien moins nombreuses que les révélées.
300. — Les enfants, et ceux qui leur ressemblent par l'imparfait développement de l'esprit ou du savoir, ne sont obligés à rien de plus qu'au strict nécessaire exposé dans le Théorème XXKVIII; et s'ils ne peuvent le fournir, ils ne sont tenus, avons-nous dit, qu'à posséder la vertu de foi. — S'ils sont capables de croire expressément à d'autres points qu'aux deux essentiels et indispensables, et si on les instruit avec méthode et sagesse, ils ajouteront d'abord à ces deux premières vérités les dogmes de la Trinité et de Ylncarnation. Si l'on néglige de les leur enseigner, ils ne pécheront évidemment pas. Si l'on prend soin de les leur proposer, s'ils en comprennent l'importance, et si néanmoins ils préfèrent les ignorer pour satisfaire à leur amour de la paresse et de l'apathie spirituelle, ils pécheront mortellement. — La même décision s'applique ensuite à la substance des vérités théoriques ou pratiques contenues dans le Symbole des
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apôtres, dans Y Oraison dominicale, dans les Commandements de Dieu et de l'Église, dans la Doctrine élémentaire des sacrements de Baptême, de Pénitence et d'Eucharistie. — Tel est le cycle des connaissances surnaturelles }^rescrites d'une manière générale aux chrétiens, par le fait seul qu'ils sont chrétiens. Quant aux choses accidentelles — expressions et formules techniques, ordre logique des idées ou des faits, détails historiques relatifs à la sépulture de Notre Seigneur, à sa descente aux limbes, au rôle du gouverneur Ponce-Pilate, — il semble bien qu'on ne pécherait que véniellement en consentant paresseusement à les ignorer. — Mais, pour les points essentiels, il faut retenir la condamnation portée par Innocent XI contre cette proposition large : « On est capable d'absolution, si ignorant que l'on soit des mystères de la foi, et lors même que par une négligence coupable on ne saurait ni le mystère de la très sainte Trinité, ni celui de l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ (1). »
301. — S'il ne s'agit pas seulement d'un chrétien, mais d'un chrétien qui doit recevoir un autre sacreynent que les trois indiqués tout à l'heure; ou qui doit remplir une fonction, s'acquitter d'un devoir, donner des conseil^ ou des exemples exigeant une connaissance et une foi surnaturelles plus étendues, il est évidemment tenu, toujours de par la simple prudence, et souvent par les lois pontificales ou épiscopales, à élargir le cercle passablement restreint dont le commun des fidèles peut se contenter. — C'est aux supérieurs spirituels, aux pasteurs, aux confesseurs, qu'il appartient d'avertir et au besoin d'instruire eux-mêmes les âmes auxquelles ce degré supplémentaire de foi théologale est imposé. Ils peuvent les aider à en former explicitement les actes les plus urgents, par exemple avant la réception des sacrements
(1) « 64. — Absolutionis capax est lionio, (luanlunivis laboret ignorantia mysteriorum fidei, et etiamsi per iiegligentiam etiain culpabilem nesciat mysterium SS. Trinitatis et Incarnationis D. N. Jesu Cliristi. » {Décret. 2 martii 1679.) — Cette proposition est censurée «au moins comme scandaleuse et pratiquement pernicieuse. »