‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 69 sur 144 · FORMULES OFFICIELLES · texte numérisé non relu

FORMULES OFFICIELLES

comme si l'on en devenait al)solument incapable de gouverner sa vie, — ou gravement scandaleuse, comme si un père de famille , un maître ou un ecclésiastique les ignoraient, — l'obligation de les apprendre et de les comprendre est-elle de nécessité proprement dite, de nécessité de moyen, sans aucune exception possible? Assurément non; et l'on pourrait être sauvé lors même qu'on serait mortellement coupable de négligence à leur endroit, si l'on s'en repentait sincèrement mais trop tard pour les apprendre avant que de mourir. — Sont-elles du moins de nécessité de précepte, et commandées sous peine de péché grave à tous ceux qui sont capables de les savoir exactement, mais qui peuvent sans elles accomplir leurs devoirs personnels et sociaux? Non, elles ne sont pas obligatoires à ce degré; et saint Alphonse de Liguori, après saint Charles Borromée, n'exige des fidèles peu cultivés que « la substance du Credo yy comme résumé de leurs connaissances dogmatiques. « La substance du Pater et de VAve » paraît suffisante pour eux à Suarez, en fait de prières. On ne voit pas pourquoi (da substance du Décalogue » ne leur suffirait pas comme abrégé de morale. Et quant au Signe de la croix, son extrême brièveté fait qu'il ne semble pas être non plus une matière d'obligation grave (1).

318. — Il est évident que le rôle de l'intelligence est ici beaucoup plus important que celui de la mémoire; et que ni les formules rédigées en langues mortes, ni leurs traductions en anciens langages vulgaires, ne suffisent à l'édification des simples fidèles. Savoir le Pater en latin seulement, c'est trop peu vraiment pour un paysan civilisé de nos jours; et si le Décalogue en vers français, fort vieillis et surtout fort médiocres, conserve encore sa signification, même pour les simples et les enfants, les générations futures le trouveront peut-être

(1) Cf. s. Carol., Instruct. ad confess.; S. Alph., Theol. mor., 1 II, n. 3; Suarez, de Fide, 1. cit., n. 8; de Relit)., lib. llf de orat., c. 6, n. 9-10; Ballerini, 1. cit., p. 11.

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beaucoup plus utile en bonne prose claire et limpide, qu'on pourra d'ailleurs leur rendre intéressante et facile à retenir. — Le respect des traditions est assurément fort louable; mais cette versification n'est pas uniforme dans l'Église, ni même constante dans les diocèses de France; et des changements se sont autrefois produits qui en justifieraient au besoin de nouveaux, moins considérables et plus opportuns (1).

319. — Les décisions des conciles et des synodes enjoignant aux fidèles l'étude de ces formules populaires et des catéchismes qui en sont le commentaire, conservent toute leur valeur en dépit des exceptions que la force des choses et la juste application des principes viennent de nous imposer. — Il reste vrai que c'est un devoir rigoureux de conscience d'apprendre de son mieux le sens de la Doctrine chrétienne élémentaire en usage dans chaque pays; et que s'y refuser par une paresse très volontaire et très obstinée, équivaudrait à se rendre indigne de l'absolution sacramentelle (2). On pourrait cependant la recevoir si, au confessionnal, on adhérait d'abord aux points de foi proposés par le confesseur, et si, avec sincérité, l'on promettait de faire ensuite son possible pour arriver à un degré convenable d'instruction. Les adultes eux-mêmes trouveraient dans leur parenté, dans leurs relations, dans les œuvres catholiques, les moyens efficaces et discrets dont ils auraient besoin s'ils ne savaient point lire ou comprendre par eux-mêmes leur lecture.

(1) La France est peiit-êlre seule ;\ employer des bouts-rimés pour les commandements de Dieu et del'Kglise. Bossuet, qui les a conservés dans son petit Catéchisme de Mcaux, les remplace dans le grand par une traduction en prose du texte biblique du Décalogue. De son temps, on introduisit dans divers catéchismes ou eucologes deux traductions en vers proprement dits, et de meilleur style. L'une était plus développée, l'autre plus courte. Elles n'ont pas eu grand succès; et les anciens bouts-rimés, plus d'une fois retouchés, gardèreut leur possession d'état,

(2) Les décrets synodaux et règlements épiscopaux ont soin de proportionner aux nécessités du temps, aux conditions du milieu, le minimum d'instruction catéchéti(iue re(iais des enfants qui se préparent ;\ la première conmiunioû et à la conlirmalion. Si des adultes ne pouvaient y atteindre, le recours à l'autorité ecclésiastique serait de haute prudence.

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