HÉRÉSIE
gît le péché d'infidélité peut revêtir trois formes plus ou moins distinctes : 1. « Ce point est faux» ; 2. « Ce point est douteux; » 3. «Ce point est seulement probable. » La fausseté, le doute, la simple probabilité d'une proposition, sont en effet opposés û la certitude objective inséparable d'un témoignage divin, à la certitude subjective inséparable d'un acte de foi théologale. S'ils affectaient les motifs de crédibilité, ce seraient des péchés d'infidélité incrédule ; attaquant le motif de croyance, ce seraient des fautes d'infidélité impie; visant les objets de foi, ce seraient des fautes d'infidélité doctrinale ; s'en prenant enfin à la règle de foi, ce seraient des péchés d'infidélité hérétique. —Que si quelque ignorance involontaire et invincible, ou quelque erreur de bonne foi, étaient cause de ces jugements négatifs, elles leur enlèveraient certainement leur culpabilité : l'infidélité ne serait plus formelle mais purement matérielle, et la vertu de foi ne serait pas atteinte par cette apostasie entièrement inaperçue. Au contraire, si l'intention de contredire aux préambules de la foi, aux objets de la foi, à la règle de la foi, était nettement vue et voulue, on n'échapperait pas au crime d'infidélité en croyant par hasard ou par erreur ce que croit effectivement l'Eglise : ainsi le rationaliste peu instruit de nos dogmes qui s'imaginerait contredire l'enseignement du Siège Apostolique, en soutenant que Jésus-Christ a voulu mourir pour le salut de tous les hommes, commettrait un péché formel d'hérésie, en faisant matériellement un acte d'obéissance à l'autorité doctrinale de l'Eglise.
342. — La résistance à cette autorité donne à une infidélité quelconque le caractère propre de l'hérésie. C'est ce que les théologiens appellent depuis longtemps. l'o^^^ma/Zon, la pertinacité, sans laquelle il n'y aurait plus d'hérésie même intérieure. — On ne serait donc pas précisément hérétique, mais seulement infidèle, en niant une révélation particulière dont on ne verrait aucunement la liaison avec TEglise règle de foi. En revanche, on est précisé mefit héré-
tique parle seul fait de nier, en manifestant ou non cette négation, un objet révélé dont l'Église s'est explicitement ou implicitement faite le héraut (1). On voit pour ainsi dire le glaive spirituel de l'Église couvrant un chemin dont il interdit l'accès : si l'on passe outre, on en sera justement frappé. Peu importe qu'on mette ou non beaucoup de temps, d'orgueil, de colère, à cette transgression : dès qu'on franchit ou qu'on veut franchir la limite défendue, on est hérétique, qu'on veuille ou ne veuille pas l'être, qu'on proteste ou non de sa fidélité à l'Église en lui désobéissant sciemment. Mais si l'on ne pensait pas lui désobéir réellement; si l'on était prêt à se soumettre dès qu'on se verrait en opposition avec elle; si l'on contredisait à sa doctrine uniquement par suite d'une ignorance peut-être coupable et fort coupable, mais pourtant réelle, effective, — on ne serait que matériellement infidèle, apostat, hérétique; et l'on ne serait pas pour cela privé de la foi infuse, car cette privation ne résulte que des négations formelles,
343. — Si graves que soient les péchés précédemment analysés, s'ils ne sont qu'intérieurs, l'Église ne les frappe pas de châtiments, de censures. Ils ne relèvent que de la justice divine exercée et rendue par le prêtre au tribunal de la pénitence. — Des pouvoirs spéciaux ne sont même pas nécessaires pour en absoudre, comme s'ils appartenaient à la catégorie des cas réservés (2). L'attrition avec l'absolution, la contrition parfaite dès avant l'absolution, suffisent pour en effacer la malice, pour en réparer les tristes conséquences, et pour rendre la vertu de foi perdue à cause d'eux.
(1) Au point de vue de la vertu de foi, toutes les hérésies sont de la même espèce; et le nombre des dogmes que chacune attaque ne multiplie pas la faute que l'on commet en y adhérant. Mais il peut y avoir dans certaines hérésies, et de même dans certaines infidélités, des péchés spéciaux qui s'ajoutent à celui d'hérésie ou d'infidélité, en blessant d'autres vertus, comme celles de justice ou de chasteté. (Cf. de Lugo, de Pu'uit., disp. xvi, n- 2U-2.) , (1) Quoique l'Église pût soumettre ;\ la réserve des fautes intérieures, elle ne l'a jamais fait, et pour (1(> très sages raisons qui pourraient cependant ne pas toujours lui paraître suffisantes dans l'avenir.