‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 74 sur 144 · INFIDÉLITÉ SIMULÉE · texte numérisé non relu

INFIDÉLITÉ SIMULÉE

quer une fidélité intérieure des plus suspectes et des plus problématiques (1). — Au point de vue théologique il nous reste à faire, sur l'apostasie et l'hérésie simulées, diverses observations qui seront la matière du Théorème suivant.

Théorème XLVI.

354. — L'abandon simulé de la foi est toujours un péché très grave contre elle, mais qui oie la supprime point par luimême ; la confesser extérieurement est souvent un devoir de premier ordre, quoique la prudence permette aussi et même conseille, en maintes rencontres, de fuir les dangers et les persécutions dont la foi est menacée.

355. — Nier extérieurement la vraie foi ou feindre de la nier, soit par écrits ou paroles, soit par gestes ou signes, soit même par abstention ou silence, fut toujours considéré dans le monde des véritables croyants comme une faute extrêmement grave. — On sait l'énergique opposition qu'y montra le vieil Éléazar, au temps de la persécution d'Antiochus (2). — On sait la terrible sentence de Jésus-Christ contre ceux qui « rougissent de lui et le renient devant les hommes (3). » — On sait avec quelle rigueur l'Église exigea toujours une pénitence et une rétractation publiques de ceux qui avaient sacrifié aux idoles ou qui leur avaient offert de l'encens, — et de ceux-là même qui avaient acheté des juges païens une fausse attestation d'obéissance aux édits de persécution, et qui, après les jours de danger,, venaient assurer aux ôvêques qu'ils n'avaient pas vraiment et réellement abandonné la foi, mais qu'ils l'avaient soigneusement gardée sous les dehors de l'apostasie ou de l'hérésie (4). — On sait aussi avec quelle juste sévérité

(1) Bened. XIV, ihid.

(2) II Mach., VI, 18-28.

(3) Luc, IX., 26.

(4) Voir dans le Kirchenlexicon de Fribourg le savant article de Hefele sur les Abgefallene ou Lapsi (t. I, col. 88-91).

l'opinion catholique s'est prononcée dans tous les temps contre les pasteurs « mercenaires , » que le Sauveur nous montre fuyant à l'approche du loup (1), et que déjà le prophète Isaïe accusait d'être lâches comme des « chiens incapables d'aboyer (2). »

356. — Une multiple et très grave malice caractérise essentiellement cette apparente désertion de la foi , et la rend mortellement coupable aux yeux de Dieu et au jugement des consciences éclairées. — Elle est un déshonneur, une injure, un outrage, infligés à « l'auteur et consommateur de notre foi (3), » au divin témoin qui a jugé bon de nous enseigner solennellement, miraculeusement, des vérités dont un lâche disciple veut être ou sembler être le négateur et le contempteur « devant les hommes. » — Elle est un scandale très nuisible pour l'Eglise atteinte dans sa doctrine, pour les âmes faibles presque toujours ébranlées par un exemple même peu autorisé, pour les incroyants inévitablement encouragés dans leur résistance à la foi. — Elle est une flétrissure librement et formellement subie par le traître, qui se l'impose à soi-même en se montrant lâche jusqu'à l'apostasie ou hypocrite jusqu'au degré le plus honteux. — Telle est la triple raison des condamnations et réprobations portées contre tout reniement extérieur, soit réel soit fictif, de la croyance divinement révélée. C'est aussi un triple critérium pour reconnaître les cas où toute simulation, toute dissimulation, même purement extérieures, sont interdites aux chrétiens sous peine de faute mortelle.

357. — Innocent XI avait donc d'excellents motifs de censurer en 1679, « au moins comme scandaleuse et pratiquement pernicieuse , » cette proposition 18^ : « Si Ton est interrogé par une puissance publique, je conseille, comme glorieux à Dieu et à la foi, de confesser

(2) Is., LVi, 10.

(3) IlEBR., XII, 2.

Page 1