‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 75 sur 144 · DISSIMULATION · texte numérisé non relu

DISSIMULATION

ingénument celle-ci ; mais je ne condamne pas le silence comme coupable par soi (1). » Le défenseur de cette thèse n'admettait la culpabilité du silence, en cas pareil, qu'à raison des circonstances; et il regardait comme facultative la profession franche et courageuse du christianisme ou du catholicisme devant le pouvoir persécuteur. Ne voyait-il pas que se taire est premièrement un parti des moins habiles, puisque le juge ne s'en contentera pas et voudra une apostasie plus complète? Ne voyait-il pas ensuite que c'est un parti gravement blessant pour Dieu et pour l'Église, à supposer même qu'il ne soit scandaleux pour personne et que l'apostat n'y perde rien de sa réputation? — Du reste, ce n'est pas seulement en réponse à des interrogations officielles, qu'il y a parfois obligation de confesser franchement sa foi. Même en conversations familières et dans l'ordre des relations privées, le silence, l'obscurité ou l'ambiguïté du langage, le refus de s'expliquer, les tergiversations et les faux-fuyants, l'emploi de vêtements ou d'allures impliquant l'acceptation d'une erreur anticatholique, peuvent équivaloir quelquefois à une apostasie formelle de la vérité. Si votre conduite donne à croire que vous abandonnez Dieu, l'Église, la foi, et que vous leur préférez votre liberté, vos plaisirs, votre existence terrestre, vous avez beau raffiner et subtiliser, — vous êtes mortellement coupable de « rougir de Jésus-Christ devant les hommes. »

358. — Mais si pourtant, — sans lui faire nullement cette injure, sans montrer aucun mépris pour sa doctrine, sans donner aucun scandale à autrui, sans déshonorer en vous-même le caractère du chrétien, — vous pouvez échapper à une injuste ordonnance politique vous prescrivant de vous déclarer et d'apostasier ; si vous pouvez conserver un incognito absolu , en revêtant un

{{) «Si a potestate publica quis interrogetur, fideni ingénue confiteri utDeo et fidei gloriosum consulo ; lacère ut peccaminosum per se non damno» {Décret. -2 marlii i679.)

264 VERTUS TDÉOLOGALES

costume qui n'a rien de mauvais et qui aura l'avantage de vous protéger contre d'indiscrètes recherches ; si vous pouvez, même à prix d'argent, obtenir qu'on vous laisse en paix et qu'on ne vous mette pas en demeure de vous expliquer sur vos croyances; si vous pouvez, par des habiletés de langage ou de conduite, par d'ingénieuses ou audacieuses reparties, par d'opportunes protestations contre les indiscrètes et injustes curiosités des enquêteurs, les tenir en échec ou les mettre dans l'impossibilité de vous nuire et de nuire du môme coup à la cause de Dieu ; si vous pouvez enfin, par des silences et abstentions qui ne soient pas des trahisons, laisser croire que vos convictions et pratiques religieuses ne diffèrent pas de celles du pays hérétique, infidèle, persécuteur, où vous êtes temporairement, — ni le droit naturel, ni le droit positif divin, ni le droit positif ecclésiastique , ne vous commanderont de vous découvrir inutilement et presque toujours imprudemment. Le dernier n'entend pas vous obliger, avec de si graves inconvénients, à lui obéir en des points d'importance secondaire tels que le jeûne ou l'abstinence (1). Quant aux deux premiers, nous allons voir ce qu'ils prescrivent relativement surtout à la résolution de fuir devant les persécuteurs.

359. — Si l'on était toujours obligé de proclamer sa foi quand une occasion quelconque s'en présente ; si l'on était toujours assuré d'être assez énergique, assez patient, pour ne point défaillir dans les épreuves et les tourments affrontés pour elle; si l'on avait toujours une obligation stricte de rester à son poste dès qu'il

(1) «Licitus item modus est, qiium catliolicus transit per loca haeretica et periculum grave ei imininot. vita^ v. gr. vel l)onorum. (non tanien si derisio tanluni vel vexatio ut lial)et liecanus, c. 0), ad dissiinulandain tidom. vesci carnil)us die prohiijito : quia pnvcepluin Ecclesia? no:i ol)!igat sut) tali periculo. Nec lioc est lidem negare, quum esus carnium non sit inslitutus ad professioieni religionis, et catliolici etiani niali et gulosi id fariant. Si tamen ex circuMistantiis lieret signuin professix uni, ut si v. gr. in oliuin fidei conviv;e slaliierent ut qui est lioslis tidei poulilicia' coinedat carnes, peocaret contra fidetn qui ederet sine protestations ; seeus, si jirotestarelur. Sancliez, Azorius, liecanus, etc., coinrn. » iBuskmbau.m, MeJuV.a, tr. V, sect. 1. n. 10.)

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