‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 76 sur 144 · FUITE PERMISE · texte numérisé non relu

FUITE PERMISE

est périlleux; s'il était toujours mieux d'exposer sa vie ou sa liberté que de les réserver pour le service de Dieu et de l'Église, — on ne devrait jamais songer à fuir en présence des adversaires de la religion révélée, et la fuite équivaudrait à une apostasie plus ou moins formelle. — Mais il s'en faut de beaucoup que les choses aillent ainsi. Le fait môme de s'éloigner est fréquemment une preuve de fidélité , car les traîtres demeurent et abjurent. La prudence veut qu'on ne s'impose pas inconsidérément des épreuves trop dures, des tentations trop captieuses , des bravades inutiles pour la gloire de Dieu ou pour le salut du prochain. Le bons sens ordonne de conserver sa vie et son indépendance, lorsqu'elles seront plus profitables à la défense de la vérité que ne le seraient la captivité ou la mort. La saine morale enseigne que le précepte positif de confesser sa foi n'oblige pas à chaque instant , mais seulement en des circonstances déterminées. — De fait, le devoir de résister en face aux ennemis du catholicisme présuppose qu'il y aura des avantages bien plus sérieux à rester qu'à fuir, ou bien , ce qui revient au même, que la fuite fera un tort considérable à l'honneur de Dieu, au maintien de la religion et à l'édification des âmes. — Cette fâcheuse hypothèse se réaliserait assez souvent s'il s'agissait d'un évêque ou d'un curé, ||

d'un prêtre ou d'un laïque influents et instruits, qui laisseraient les fidèles exposés à de terribles dangers de séduction, en les abandonnant à eux-mêmes. — Souvent néanmoins la fuite des pasteurs vaudra mieux que leur martyre; et le droit naturel, le droit divin positif, proclamés par le Seigneur lui-même (1) et suivis par de très illustres et très héroïques confesseurs (2), permettent |

et conseillent maintes fois de ne pas courir au devant =

des persécutions , de ne pas se déclarer à tout venant

(i) Matth., X, 23.

(2) Par exemple, Athanase le Grand dont saint Grégoire de Nazianze disait que «le louer cétait louer le courage. » (Greg. Nazianz., Oratio xxi. Cf. J. Fessler, Instit. PatroL, 2^ edit., t. 1, p. 405.)

ni en tout instant, de se soustraire aux recherches, aux procès, aux supplices, et d'attendre en secret l'heure de la Providence pour reprendre l'œuvre de la prédication évangélique.

Article II. — De la foi médiatement divine.

Théorème XLVII.

360. — La foi médiatement divine répond à un témoignage 5^ rattachant sur nature llement , et de plus ou moins près, à V autorité de Dieu; elle s' exerce par des puissdinces analogues à celles de la foi théologale; elle possède à trois degrés différents une garantie et une solidité quo?i peut discerner clairement dans l'histoire de F Ancien et surtout du Nouveau Testament.

361. — La foi médiatement divine, spécifiquement distincte de la foi immédiatement divine ou théologale, appartient cependant, nous l'avons dit(l), à la catégorie de la foi surnaturelle. — Les théologiens n'ont peut-être pas encore eu le loisir ou l'occasion d'approfondir ce sujet; mais le temps paraît venu de synthétiser au moins brièvement les indications précieuses qui nous sont fournies depuis trois siècles par les décrets, les décisions et la conduite de l'Église Romaine. — On peut les grouper autour de cinq idées principales : le témoignage auquel répond cette foi médiatement divine, les éléments psychologiques et logiques constitutifs de son acte propre, la garantie que Dieu prête à son objet et à son motif, la fermeté ou certitude de son adhésion, les intermédiaires enfin par lesquels on peut la faire remonter jusqu'à Dieu dont elle émane.

362. — a) Elle suppose d'abord un témoin et un témoignage, parce qu'elle est essentiellement une connaissance

(1) Ci-dessus, n» io;i

Page 1