‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 85 sur 144 · DÉSIR NATUREL DE VOIR DIEU · texte numérisé non relu

DÉSIR NATUREL DE VOIR DIEU

l'homme, nul doute qu'ils pussent, môme en dehors de toute révélation et de toute croyance surnaturelles, concevoir le désir de participer à cette bienheureuse contemplation. Mais le bon sens les avertirait immédiatement que c'est là une béatitude non moins inaccessible qu'enviable; et n'ayant nul moyen de franchir l'abîme qui sépare le fini de l'infini, ils se garderaient bien de former un espoir absolument irréalisable de voir Dieu face à face. Ou bien, s'ils raisonnaient mal et s'imaginaient pouvoir y arriver naturellement, leur désir, au lieu d'être un acte d'espérance naturelle, serait un acte désordonné, faux en théorie et immoral en pratique (1). Dans les deux cas, point d'espérance et tout bonnement un désir naturellement irréalisable. — En y ajoutant cette condition, que l'essence divine se rendrait accessible au regard de l'intelligence humaine, ce même désir deviendrait, bien entendu, sur naturellement réalisable, s'il était pris en considération par la sagesse, par la miséricorde, par la toute-puissance divines. — C'est ce qui est arrivé. Dieu lui-même a éclairé et rectifié le désir naturel qui se fût peut-être excité dans le cœur humain ; il l'a complété et dirigé ; il l'a exaucé d'une manière aussi gratuite que magnifique. Mais il n'a donné à l'homme aucune vocation naturelle à l'ordre surnaturel ; il n'a aucunement confondu la nature et la grâce; et saint Thomas, interprétant cette élévation sublime de notre raison à la vision béatifique , n'a nullement transformé un désir irréalisable en une espérance réalisable. Au lieu de cette vocation étrange dont on lui prêterait à tort l'idée, il a parlé de jouissance obédientielle, d'appel absolument surnaturel à un but auquel nulle créature ne saurait être ordonnée naturellement. Nous en parlerons nous-même ailleurs d'après ses principes (2).

(1) Sur cette espèce de désirs ou de suppositions impossibles, voir Morale suni. fondam.j, Théorème LV.

(2) En Métaphysique surnaturelle générale. — Voir Sum. Tlieol, 12, q. 6-2, a. 1.

SECTION II

Do l'espérance surnaturelle-

Article I. — De l'espérance immédiatement divine ou théologale.

Théorème LU.

389. — L'espérance surnaturelle est immédiatement oit médiatement divine : dans le premier cas, elle est le produit pour ainsi dire logique, juridique, physiologique, delà foi théologale communiquant à la volonté humaine les éléments et motions nécessaires pour qu'elle puisse théologalement aimer les utilités et délectations de la grâce et de la gloire célestes,

390. — Il n'y a pas de véritable espérance religieuse qui ne soit divine, puisque, môme en dehors de l'ordre surnaturel, l'espoir des biens spirituels et permanents implique nécessairement un amour et un désir du souverain bien, de Dieu, naturellement ou préternaturellement accessible. — Mais l'espoir surnaturel est excellemment et spécifiquement divin, parce qu'il n'atteint pas seulement Dieu dans ses analogies, dans ses images, dans ses effets, — mais Dieu dans son essence dès maintenant promise, et plus tard totalement dévoilée et formellement donnée à quiconque l'aura espérée comme il le faut, suivant les lois fondamentales de l'économie chrétienne. — Dans cette espérance surnaturelle et spécifiquement divine, on peut encore discerner deux formes ou degrés pareils à ceux que nous avons distingués dans la foi surnaturelle : ou bien, en eftet, l'on espère surnaturellement à cause d'une promesse de Dieu lui-même, — et c'est l'espoir immédiatement divin, l'espoir théologal; ou bien l'on espère surnaturellement à cause d'une pro-

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