ESPOIR SURNATUREL
messe de quelque sainl personnage s'engageant réellement ^a/i^ engager Dieu dont il est cependant l'ami, — et c'est l'espoir médiatement divin, l'espérance surnaturelle mais non théologale. De là, deux Articles dans cette ir Section.
391. — Le présent Théorème est une rapide synthèse des principes révélés sur lesquels repose la doctrine de l'espérance immédiatement divine (1). — Cette révélation fondamentale nous montre Dieu créant le genre humain pour être glorifié par lui, non pas seulement sur la terre et pour le temps, non pas seulement dans les obscurités et dans les infirmités d'une connaissance et d'une espérance naturelles, mais dans les éternelles splendeurs de la vision et de la fruition béatifiques. Car la vraie gloire extérieure que Dieu attend de nous consiste dans une très parfaite et très surnaturelle union de notre nature avec la sienne, dans une association aussi intime que possible de notre humanité à sa divinité , sans atteindre pourtant l'unité hypostatique de la nature humaine avec la personne divine du Verbe en Jésus- Christ. — Dire tout le bien et tout l'honneur, toute l'utilité et toute la félicité d'une pareille destinée, est infiniment au-dessus de ma pensée et de ma parole. Ce que je vois mieux et ce que je décrirais plus aisément, c'est l'éloignement démesuré où notre nature est d'un tel bonheur, c'est l'impossibilité où elle serait par elle-même d'arriver jamais à une telle perfection.
392. — Mais l'inaccessible devient pour nous accessible, l'impossible devient pour nous possible, grâce tout d'abord aux lumières que la foi répand dans notre esprit. Elle nous découvre le but et les moyens; elle nous marque le chemin à suivre, les forces à revêtir, les
(1) Sur les origines de cette espérance tliéologale, sur sa nature, sur sa légitimité, cf. S. François de Sales qui en parle avec une justesse et une netteté merveilleuses au Traité de l'amour de Dieu, 1. II, c. lo-17. Ce livre II n'est en réalité qu'un parfait et ample commentaire du célèbre chapitre VI de la session VI du concile de Trente, sur le mode de préparation à la justification surnaturelle.
secours à invoquer. Et le bien qui théoriquement était absolument hors de notre portée, puisque nous ne pouvions pas même en raisonner, se présente de lui-même à nos méditations et s'offre à nos calculs. Il n'est plus absent et ardu par delà toute limite : il est « proche » (1) et saisissable; et théoriquement déjà nous pouvons Y espérer. — Aussi l'apôtre saint Paul appelle-t-il la foi une garantie, une hypothèque, un support, un piédestal, un (( substratum des choses à espérer (2). »
393. — Cette première facilitation, d'ordre intellectuel, n'est pas la seule dont nous soyons redevables à la foi; nous lui devons aussi des promesses divines qu'elle nous rapporte et nous communique avec une absolue certitude, et qui sont le formel engagement pris par Dieu de nous rendre accessible et même aisée la voie du bonheur surnaturel, par le moyen des grâces extérieures et intérieures qui ne sont refusées à aucun adulte capable de mériter ou de démériter. — Cette facilitation, pour ainsi dire contractuelle, donne à notre espérance une vie et une force bien plus puissantes. Les célestes utilités, les célestes délectations, les célestes beautés de notre fin surnaturelle et suprême, nous sont /itr/c?/gwemeniassurées, comme par une sorte de pacte promissoire que Dieu a daigné conclure avec nous ; et dans ce sens la foi est bien davantage encore le « substratum des choses à espérer. »
394. — La foi est une « racine de justice et de salut. » Comme telle, nous savons qu'elle contient déjà la grâce; qu'ensuite elle nous la procure; qu'enfin elle la développe ainsi qu'une semence et un germe de gloire, c'est-à-dire,
(1) Cf. Ephes., II, 13, 17.
(2) Hebr., XI, 1. — Cf. ci-dessus, n° 167. — Saint Bonaventure {in III Sentent., dist. XXIII, a. 1, q. 5), après avoir fait observer que saint Paul a voulu clairement expliquer le rôle de la foi par le but et l'objet qu'elle poursuit, ajoute très justement et très éiiergi(]uement ; «Et quoniam fides formata distingui habet a lide informi,... a fide, inquain, informi distinguitur in quantum sustentât totam fabricam spiritualem. » L'espérance est précisément le premier étage immédiatement supporté par la foi, cette véritable hypostasis de tout l'édilice surnaturel.