ESPOIR SURNATUREL
de perfection et de plénitude surnaturelles (1). Or, n'est-ce pas là, suivant le langage biblique, un gage réel et des arrhes objectives de la souveraine béatitude? Cette évolution vitale et physiologique franchit toutes les distances et tous les obstacles : partie de très bas, du fond de notre condition la plus humble, elle s'élève par degrés harmonieusement enchaînés jusqu'au sommet de la vision béatifique. Le péché seul, c'est-à-dire une libre, consciente et formelle résistance à la grâce, nous empêcherait d'arriver à ce terme infiniment heureux et glorieux. Physiologiquement donc, la foi est le « suhstratum des choses à espérer. »
395. — La foi nous donne infiniment plus. Elle nous met en possession du divin Médiateur, « son auteur et son consommateur (2). » Elle le fait revêtir dans le baptême à ceux qui croient (3). Elle le leur fait prendre en nourriture et en breuvage dans l'eucharistie (4). Elle les met en participation et en possession de ses mérites et de ses vertus dans les autres sacrements, dans la prière individuelle et dans le culte public, dans toutes les bonnes œuvres faites en son nom et avec son divin Esprit (5). — Or, celui qui a le Fils a le Père, car le Fils donne accès au Père (6) ; et les fidèles « ne sont plus des hôtes ou des étrangers, mais les citoyens de la société sainte et les membres de la famille divine. » (7) — Les biens surnaturels, auparavant inabordables et radicalement interdits à notre espérance naturelle, nous sont désormais héréditairement transmis, en vertu de notre filiation adoptive par rapport à Dieu, en vertu surtout de notre identification par la foi avec le Fils unique et consubstantiel. Et ainsi encore cette foi théologale est le « suhstratum des choses à espérer. »
(1) Cf. ci-dessus, Théorème XXXIV.
(2) Hebr., XII, 2.
(3) Gal., III, 27.
(4) JoAN., VI, 35 seq.
(5) Idem, vu, 38-48.
(6) Idem, xiv, 6 seq.
<7) Ephes., II, 13-22.
396. — Aimer ces « choses » si bonnes pour nous, si remplies de pures délectations et de sublimes utilités, est donc un acte surnaturellement nécessaire et possible : nécessaire, parce que nous serions insensés de ne les pas aimer, et que nous désobéirions gravement à Dieu qui nous enjoint formellement de les aimer, comme nous le verrons plus tard ; possible, parce que la foi nous sert de pont et de passage pour aborder à la rive éternelle où ces choses existent et nous attendent. — Mais les aimer, c'est nous efforcer et nous porter vers elles, jusqu'à ce que nous puissions les saisir et en jouir. Et cet élan, cet essor de la volonté vers un objet utile et délectable, désirable et accessible, c'est Y espoir, c'est Vacte cV espérance . — Pour le former comme il convient, Dieu nous donne les grâces transitoires ou secours actuels qui mettent l'intelligence en mesure de préparer, puis la volonté en mesure de produire ce surnaturel mouvement d'amour. Et afin que la production en soii tout à fait normale et régulière. Dieu nous munit de la vertu infuse d'espérance, avec certains dons du Saint-Esprit infus et permanents comme elle. — Ainsi l'âme se trouve surnaturellement fournie de tous les moyens d'espérer en Dieu, et de l'espérer lui-même comme le plus utile et le plus délectable de tous les biens. Ainsi la volonté se trouve surnaturellement capable de théologiser à l'envi de la raison, quoique d'une manière essentiellement autre. Ainsi la liberté humaine se trouve surnaturellement féconde d'actes d'espérance surnaturelle. — Telle est, brièvement exposée, la synthèse de cette vertu théologale. Nous devons maintenant en examiner séparément les divers éléments métaphysiques ou moraux, — et tout d'abord, dans le Théorème suivant, son sujet, son objet, son motif.
Théorème LUI.
397. — Vespérance théologale a pour sujet la volonté d'une âme déjà surnaturalisée par la vertu théologale de foi :