‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 89 sur 144 · ESPOIR ET CRAINTE · texte numérisé non relu

ESPOIR ET CRAINTE

l'acte d'espoir théologal ne sera ni conçu ni forme. 404. — Mais il s'agit ici d'un motif et d'une motion ne nécessitant aucunement la volonté. La foi qui les notifie à l'espérance nous fait croire très librement, nous l'avons vu (1). L'objet qu'elle nous présente est de ceux qui jamais n'entraînent fatalement l'assentiment de l'amour et du désir, parce qu'ils ne rentrent pas dans la catégorie de l'objet propre de la volonté. Ils ne sont point, relativement à elle et dans son état psychologique actuel, le bien lui-même, le bien sans exclusion ni limites, le bien réellement infini en étendue, le bien qui est universellement tout bien sans être individuellement tous les biens ni même un seul d'entre eux (2). L'espoir théologal est donc en définitive le libre produit de la volonté surnaturalisée se déterminant elle-même par choix pleinement spontané, par élection parfaitement délibérée, sans nulle contrainte extérieure ni nécessité intérieure. A l'acte libre de croyance succède et se rattache essentiellement l'acte libre d'espérance. Tous deux sont très logiques, mais très méritoires. On doit absolument les faire, mais on peut très facilement ne les pas faire.

Théorème LIV.

405. — l'accessibilité des biens promis à Vespérance théologale étant révélée en général seulement, et non pour chaque homme en particulier, Vespoir surnaturel est nécessairement accompagné d'une crainte salutaire, qui d'ailleurs n'exclut pas de hautes et précieuses probabilités en faveur de quiconque espère comme Dieu prescrit et entend qu'on le fasse.

406. — L'espoir théologal repose sur la révélation divine qui nous donne l'absolue certitude de ces trois vérités : l'objet principal de l'espérance surnaturelle est infi7iiment bon; il est difficile d'accès; il est cependant

(1) Ci-dessus, Théorème XXXI .

(2) Voir Morale siirn. fondam., n'> 153.

VERTUS THEOLOGALES

accessible. — De là résulte pour le genre humain tout entier et pour chacun de ses membres l'obligation dVamei\ àQ désirer, d'espérer ce bien suprême. Mais, parle fait qu'il est difficile d'accès en même temps qu'accessible, l'espérance dont il est l'objet doit être accompagnée d'une crainte sérieuse et sage de manquer cet accès. Tous les hommes, collectivement et individuellement, doivent avoir cette inquiétude; c'est logique et c'est révélé : logique, parce que nul d'entre eux, sauf le cas d'exception que je dirai tout à l'heure, ne peut se flatter d'atteindre certainement le but final et suprême; révélé, parce que la foi nous atteste l'existence d'un enfer peuplé de damnés (1), et le devoir précisément imposé par Dieu à chacun d'entre nous, « d'opérer notre salut avec crainte et tremblement (2). »

407. — Telle est la signification de cette formule souvent usitée : « l'incertitude et la certitude se mêlent dans l'espérance chrétienne. » Non pas qu'un acte de volonté comme l'espoir soit le sujet direct, immédiat, de la probabilité ou de la certitude : non, car ces deux qualités appartiennent à l'ordre logique, à la raison. Mais la formule veut dire que notre espérance s'appuie d'une part sur le témoignage divin dont la certitude est métaphysiquement absolue, de l'autre sur notre coopération dont la fidélité n'est que probable quant à l'avenir, fûtelle historiquement certaine dans le passé et dans le présent. — Une très rare exception est possible, et quelquefois elle s'est présentée : Dieu, qui ne révèle pas d'ordinaire aux hommes l'issue de leur épreuve, peut cependant en avertir des âmes privilégiées; et les annales hagiographiques rapportent qu'il l'a fait en quelques rencontres. Il a même pu le faire avec tant de clarté surnaturelle que ces âmes privilégiées fussent préservées de toute inquiétude et de toute crainte d'illusion, en se soumettant bien entendu, et avant tout, aux

(1) Luc, XVI, 22.

(2) Philip., ii, 12.

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