‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 91 sur 144 · ECCL., IX · texte numérisé non relu

ECCL., IX

(2) Sess. VI, c. 9 siib une.

(3) Ibid.

(4) Ibicl, c. 12.

(5) Ibid., c. 13.

(6) Ibid., c. 16.

(7) Voir surtout c. 13 et c. 10. Consulter aussi Ps. xxiv, 3 ; cxxiv, 1 ; Eccli.. II, 11 ; IX, 1 ; Rom., v, 5; xi, 20; I Cor., iv, 4; x, 12; Philip., ii, 12; Il Tm , I, 12; Hebr., vî, 18.

(8) Sess. VI, can. 12-16.

mérités par une doctrine réellement basée sur l'inutilité de toute coopération humaine (1), et plus avant encore sur l'entière corruption, sur l'inertie totale, de la nature transmise par Adam à ses descendants (2); — tant il est vrai que toutes les erreurs se tiennent logiquement comme font aussi les vérités entre elles ; et qu'une saine théorie des vertus théologales présuppose une exacte anthropologie et une exacte connaissance de la divine rédemption.

409. — Si l'espérance doit être mêlée de crainte parce que son objet ne cesse jamais d'être ardu, elle peut et doit pourtant être soutenue d'une juste confiance, parce que ce même objet ne laisse pas d'être accessible. De là vient, en effet, notre confiance d'être en (Hat de grâce ou d'y parvenir, et d'arriver par ce moyen jusqu'à la gloire. — Le fait que nous ne connaîtrions pas actuellement de souillures mortelles dans notre âme, et que nous croirions être sincèrement disposés à n'y en admettre jamais aucune, pourrait bien sans doute nous donner une assurance, une confiance, très légitime et très approuvée de Dieu : — mais ce n'est pas précisément la confiance et l'assurance de l'espoir théologal : c'est plutôt une forme de l'espérance médiatement divine dont je parlerai plus loin. L'espoir immédiatement divin ou théologal tire toute son assurance de la bonté de Dieu, des promesses et de la miséricorde de Dieu, de la volonté sincère que Dieu a de sauver tous les hommes, de l'efïïcacité des sacrements que Dieu met à leur disposition. — Telle est manifestement la doctrine du concile de Trente (3) ; et s'il nous recommande de la façon la plus pressante, la plus éloquente, d'unir la confiance à l'espérance pour que celle-ci soit véritablement telle que sa nature l'exige, il détourne énergiquement nos regards de nous-mêmc pour les fixer sur Dieu et sur

(1) Ihid, caii. \, 7, 8, 9.

(2) Ihid., can. .", f\

(3) Ihid., cap. '.\ i;^, 16.

VALEUR DE l'ESPÉRANCE 301

le Rédempteur : car c'est en eux seulement que nous pouvons trouver appui, paix et repos (1).

Théorème LV.

410. — Tel qu il est décrit et autlientlquement expliqué clans les docioments bibliques et traditionnels, Vacte d'espérance théologale est d'une absolue pureté morale, avantageuse et nécessaire dans toutes les phases de notre vie surnaturelle ici-bas.

411. — Des exagérations relatives à la pureté de la morale catholique, au désintéressement de l'amour divin, cà l'abandon de soi-même entre les mains de la Providence, aux résultats psychologiques de l'ascétique et de la mystique surnaturelles, ont plus d'une fois tenté de discréditer l'espérance théologale, d'en restreindre l'influence légitime, et d'en contester pratiquement surtout la dignité. — Il est pourtant certain qu'elle est supérieure à la foi, puisque elle est déjà un amour réel du bien et par suite un mouvement de résistance efficace au mal. Par elle, la crainte de Dieu commence à régner dans les âmes, non sans doute encore au degré saintement filial, mais à un degré suffisant pour leur inspirer cette attrition sincère qui les dispose à recevoir le pardon de leurs fautes dans le sacrement de pénitence. — Elle n'égale pas la charité qui efface le péché dès avant l'absolution implicitement ou explicitement voulue : mais au-dessous de ce sommet des vertus théologales et morales, et au-dessus de la racine salutaire de la foi, il y a largement place pour de très dignes et très fructueuses opérations surnaturelles : c'est le domaine de l'espérance (2).

(1) Dans le même sens, cf. Sum. TheoL, 22, q. 17, a. 6, incorp., et q. 18, a. 4, 2™ et 3". — S. BoNAVENTURE, (in III Sentent., dist. 26, a. 1, q. 5), observe que si la certitude de la foi exclut toute possibilité d'erreur, la certitude de l'espérance n'exclut plus la possibilité de nous damner, mais seulement toute défiance et toute hésitation par rapport à l'accessibilité de son objet, grâce en ce monde et gloire dans l'autre.

(2) « Actus spei prseparat et disponit ad actum charitatis, tamquam ad per-

412. — On lui a reproché fort injustement de subordonner Dieu à l'homme, parce qu'elle serait tout simplement, dit-on, un acte égoïste de la volonté finie cherchant son plaisir et son utilité dans la bonté infinie. Mais si l'espérance théologale ne se refuse pas à se consacrer sans réserve, et toutes nos facultés avec elle, à ce Bien total dans lequel assurément elle trouve son avantage moral et licite; si elle renonce pour y atteindre à tout ce qu'il blâme, à tout ce qu'il réprouve et condamne; si elle ne nie pas le moins du monde qu'il soit l'infiniment honnête, en même temps que l'infiniment utile et que l'infiniment délectable; si, au contraire, elle conduit logiquement et nécessairement à l'amour complètement désintéressé de ce Bien absolument digne d'être aimé en soi et pour soi, avant toute utilité et toute délectation dérivant de lui; si elle considère l'acte de charité parfaite comme un indispensable moyen pour ne pas tomber en perdition et pour ne pas sacrifier tout le plaisir et tout le profit qu'elle trouve en Dieu; si, en un mot, elle est tout à fait cette espérance juste, raisonnable, sanctifiante, prescrite par la révélation et enseignée par l'Église, — nulle objection ne peut valoir contre elle, nulle tache d'égoïsme ne peut altérer sa complète quoique secondaire sainteté (1).

413. — Quand Jésus-Christ nous dit : « Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses (dont vous avez besoin temporellement) vous seront ajoutées» (2); ((faites-vous dés amis avec les

feelionem et spiritualis œdiflcii complementum : nemo enim diligit aliquod bonum propter se et super omnia, nisi speret se ad illud bonum perventurum. Hiricest quod secuuduiii ordinem natune actusspeianteceditactumcharitatis. » (S. BoNAVENT., in III Sent., dist. 26, a. 2, q. 2.)

(1) Cf. Morale surn. fondant., Tliéorèmes XIII et LXVI. — « Amans qnoque Deum ut bonum suum, noo débet in se quiescere tamquam in fine: sed boc ulterius per actum charitatis referre in Deum tamquam in finem ultimum et summum. Non enim débet amare Deum sperans tinaliter quia bonum suum, ut bonum suum et beatitudo sua ; sedideout per hoc Deum amplius glorificet et laudet, et Dei bonitas amplius in sua beatificatione declaretur. » (G. Biel, in III Sent., dist. "26, q. un., a. 3, dub. 4.)

(2) Matth., VI, 33.

VALEUR DE l'eSPÉRANCE 303

iniques richesses, afin qu'il vous reçoivent, lorsque vous défaillirez, dans les tabernacles éternels (1); » — quand saint Paul prie afin que les Ephésiens aient « les yeux de l'âme illuminés, et qu'ils sachent quelle est l'espérance de leur vocation et quelles sont les richesses glorieuses de l'héritage (assuré par le Sauveur) aux saints (2) ; » — quand enfin saint Jean dit que « si l'on possède en soi cette espérance (de la vision béatifique), on se sanctifie parce que (Dieu) est saint (3), » — ne serait-ce pas une extraordinaire ignorance, ou bien un intolérable orgueil, de ne pas chercher le ciel, de ne pas se créer des intercesseurs dans ce but, de ne pas vouloir fixer son regard sur les splendeurs qui nous sont promises, de ne point porter en soi l'espérance qui sanctifie parce qu'elle est principe d'union avec le Dieu infini en sainteté ? — Les joies et les trésors surnaturels que Dieu nous prépare et nous offre (4), ne sauraient être repoussés que par une indifférence stupide ou que par un mépris foncièrement impie. — La nature même nous fait un irrésistible instinct et un inviolable devoir d'espérer théologalement : car, en dépit de leurs vaniteuses prétentions à l'impassibilité, les plus stoïciens d'entre les philosophes ne peuvent être insensibles à de tels biens s'ils y croient; et s'ils n'y croient pas, leur incrédulité ne prouve sûrement rien contre l'obligation absolue d'aimer l'utile et le délectable quand ils sont convenablement proposés par la raison et par la foi à la volonté. — Que notre attention doive aussi porter sur une infinité d'autres objets, et que les actes d'espérance ne soient qu'en petit nombre dans l'océan toujours agité de nos actions et réactions, rien de plus vrai. Que Dieu puisse mystiquement attacher certaines âmes à des contemplations

(i) Luc, XVI, 9.

(2) Ephes., I, i8-19.

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