‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 98 sur 144 · PRÉSOMPTION · texte numérisé non relu

PRÉSOMPTION

plus absurde serait la prétention d'obtenir de Dieu des grâces équivalentes à celles de la très sainte Vierge, du Précurseur, ou des Apôtres : la folie paraît ici trop évidente pour que le péché n'en soit pas diminué ; mais cette seule circonstance, peu flatteuse assurément, semble pouvoir atténuer un tel excès et l'empêcher d'être mortellement coupable. — Avoir la prétention de multiplier ses péchés graves et de prolonger sa vie de désordre sans lasser la divine miséricorde, et sans s'exposer à manquer du temps et des grâces nécessaires pour se convertir, c'est encore une de ces présomptions monstrueuses dans lesquelles l'insanité dispute la palme à l'impiété, — à moins toutefois qu'une prodigieuse ignorance n'en soit l'inspiratrice principale. Si l'insanité domine et que l'ignorance soit à peu près involontaire, il n'y aura probablement pas de faute mortelle directement opposée à l'espérance et l'anéantissant dans l'âme. Si l'impiété dicte de pareilles audaces, elle a déjà ruiné la foi et du même coup la vertu d'espérance.

Article II. — De l'espérance médiatement divine.

Théorème LIX.

440. — Des promesses qui ne sont point faites par Dieu luimême, mais qui sont poicrtant garanties par lui d'une certaine manière; des objets qioi ne sont ni la grâce ni la gloire, mais qui leur appartiennent cependant d'une certaine façon, donnent naissance à une espérance surnaturelle et médiatement divine.

441. — L'espérance théologale est toujours immédiatement divine, parce qu'elle s'appuie sur la révélation publique ou quelquefois sur une révélation privée. Elle désire donc la grâce et la gloire surnaturelles, parce que la foi les lui montre excellentes, difficiles, et pourtant

accessibles. La foi les croit telles, sur le témoignage de Dieu ; l'espérance les aime telles, à cause de leur participation toute spéciale à la bonté même de Dieu. Nous désespérerions naturellement de les acquérir telles, parce qu'elles sont infiniment au-dessus de nous comme Dieu; nous aspirons néanmoins à les posséder, parce que nous avons pour cela des secours efficaces promis par Dieu. — Mais il peut se faire que, de la révélation et des promesses divines, nous déduisions avec prudence, avec probabilité, parfois même avec certitude, des espérances que Dieu ne nous a pas directement et immédiatement données, qui n'appartiennent donc pas à l'espoir théologal, mais qui cependant lui sont assez intimement liées pour mériter le nom d'espérances surnaturelles médiatement divines. — Elles nous semblent se rapporter à trois catégories que nous décrirons sommairement.

442. — a) Les unes ont pour objet des biens qui ne sont pas énoncés dans la révélation, qui ne sont pas théologalcment proposés à notre désir, mais qui pourtant lui sont offerts théologlquement et par voie de déduction.— Que des biens spirituels et corporels inférieurs à la grâce proprement dite, par exemple, la science, la santé, le pain quotidien, le logement et le vêtement, se réfèrent à notre salut éternel et soient à ce titre pris en considération par la divine Providence ; qu'ils nous soient au même titre, mais d'une manière abstraite et générale, proposés et promis dans les Saintes Écritures et dans l'enseignement traditionnel de l'Église, nous n'en saurions douter (1).— INIais si on les regarde dans leur exisiencQ individuelle et concrète, ils ne sont plus directement proposés comme moyens certainement utiles à l'acquisition du salut : pour Pierre ou pour Jean, la santé vaut-elle mieux que la maladie, l'aisance que la pauvreté, le haut savoir que le bon sen 5 élémentaire, — Dieu ne nous le dit point, et nous

(1) Cf. par exemple 11 Cor., ix, 9; 1 Ti.m., vi, 6. Voir dans le Missel et dans le Rituel romain les nombreuses oraisons et bénéilictijns rela-tives aux biens temporels.

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