‹ Morale surnaturelle spécialeChapitre 99 sur 144 · CONFIANCE SURNATURELLE · texte numérisé non relu

CONFIANCE SURNATURELLE

en sommes réduits à nos conjectures et à nos raisonnements. — Nous pourrons arriver peut-être par ce procédé à la persuasion légitime qu'il vaut mieux que Pierre, pour son salut, soit à l'aise qu'à la gêne, et que le contraire vaut mieux pour Jean; et nous pourrons conseiller au premier d'espérer de la bonté divine un succès heureux dans son travail ou dans son négoce; tandis que nous conseillerons à l'autre d'embrasser la vie religieuse où il pratiquera la pauvreté. — L'espérance, entendue de la sorte, n'est pas théologale, mais sûrement elle n'est pas non plus seulement naturelle. Elle est plus que prêter naturelle, puisque elle a son point d'appui plus haut que la parole ou promesse naturelle d'un ange. Elle est donc surnaturelle et médiatement divine, — évidemment à condition d'être conforme au bien objectif; car s'il y avait erreur de la part de qui espère, il n'y aurait point secours de la part de Dieu, ni conséquemment acte surnaturel.

443. — Telle est, ce semble, la catégorie où il faut ranger la juste confiance que les chrétiens peuvent et doivent avoir d'être en état de grâce, et de mériter le ciel par leurs actions ou leurs souffrances de chaque jour (1). — Je dis qu'ils doivent l'avoir : car autrement ils seraient en droit de rester dans une complète incertitude relativement à leur salut. Or, ce droit n'est accordé à personne; et tous sont obligés de pourvoir de leur mieux à leur moralité présente, surtout à leur moralité définitive dans la vie future. — Ils ne peuvent savoir théologalement, c'est-à-dire avec une certitude surnaturelle absolue, et comme un point de foi divinement révélé, s'ils sont actuellement en état de grâce. Mais ils peuvent fort bien déduire de leur état de conscience, tel qu'ils le connaissent , des indications très probables et parfois même philosophiquement certaines sur leur réelle et sincère volonté de faire ce que Dieu veut. Ils peuvent être en cela aidés, éclairés, rassurés, par leur confesseur ou

(i) Voir ci-dessus le Théorème LIV, et Logique siirn. obj., n° 870, note.

directeur de conscience; et finalement ils peuvent conclure qu'ils ne sont pas obligés à renouveler leurs confessions passées, à changer totalement de vie, à faire autrement ou plus qu'ils ne font. — Voilà justement les bases intellectuelles médiatement divines, médiate- j

ment théologales, de la confiance morale et médiatement divine, de l'espérance surnaturelle et pour ainsi dire théologique, dont les fidèles jouissent ordinairement. Si les scrupules et diverses épreuves intérieures s'y opposent, c'est chose exceptionnelle et qui ne change rien à l'ordre habituel.

444. — h) 11 est d'autres espérances qui ont pour appui un secours surnaturel, mais non immédiatement divin. C'est, par exemple, l'intercession de tel ou tel saint dont la révélation publique ne parle pas ; c'est la valeur de telle ou telle forme de dévotion non contenue dans l'Écriture et dans la Tradition divines. — Des principes généraux sur le pouvoir et le rôle des célestes amis de Dieu, ou sur l'efficacité du culte et de la prière; des faits enregistrés par l'histoire ecclésiastique , ou constatés par l'expérience des siècles et approuvés par l'autorité des évêques, — on peut déduire, en effet, l'assurance qu'on trouvera là des moyens, des secours, des ressources, grandement favorables à l'acquisition de la grâce et de la gloire. Uespérance qui en résultera sera donc surnaturelle et médiatement divine, quoique elle ne soit point théologale. — Sa force n'est pas égale, tant s'en faut, à celle de la vertu d'espérance immédiatement divine; on ne doit y compter qu'avec prudence et discrétion, sous la réserve des enseignements et directions pratiques de l'Église. ^lais il serait absurde de n'en vouloir tenir aucun compte, sous prétexte que ce n'est pas la forme supérieure et infaillible de l'espérance chrétienne (1).

(i) Dans ses livres liturgiques, et surtout dans ses concessions authentiques d'indulgences, l'Église encourage et bénit formellement les manifestations très variées de l'espérance relative aux: saints, aux pèlerinages, aux images traditionnelles. — Cf. ConcH. Trid., sess. xxv, de Invocatione, vencratione et reliquiis Sanclorum, ctsacris Imaginibus.

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