‹ Morale tirée des Confessions de saint AugustinChapitre 29 sur 76 · DES MAUVAISES COMPAGNIES · texte numérisé non relu

DES MAUVAISES COMPAGNIES

0 trop fausse amitié! 0 séduction de l'esprit, lorsqu'on se dit les uns aux autres : Allons, faisons; et qu'on rougit de n'être pas impudent.

0 nimis iniinica amicitia^ seductio mentis investigabilis, . . . quum dicitur : eamus, faciamus; et pudet non esse impudentem. Lib. ii. cap. IX.

Ainsi s'exprime saint Augustin au sujet du vol qu'il fît avec ses compagnons à l'âge de seize ans. Ce vol n'avait rien d'attrayant en lui-même; il s'agissait de fruits qui n'étaient pas bons à manger; son jardin lui en fournissait de meilleurs. Il se rend témoignage

■ (1) August. Conf. 1. iT. G. vu.

(2) August. De gest. Pelag. c. xiv. n. 3o. t, X. col. 211. f — De Trinit. 1. xni. c. x. n. 14. t. viii. col. 936. f et alibi.

qu'il ne les eût pas dérobés, s'il avait été seul ; et il attribue ce larcin à cette espèce de séduction déjeunes gens qui s'encouragent mutuellement à mal faire.

Ce qui arriva à ce grand saint, arrive encore tous les jours. Les hommes se corrompent, se séduisent, se perdent les uns les autres. Tout y concourt, l'exemple, les discours, la mauvaise honte; la hardiesse, l'instigation de ceux-ci ; la faiblesse, la complaisance de ceux-là. La contagion gagne, et se communique ainsi que le feu.

Nous portons tous dans le sein un certain fonds de malice, qui n'est pas égal en chacun, mais qui diffère plus ou moins selon le mélange des qualités naturelles. Ce fonds est le principe de notre corruption. Mais ce qui hâte le développement de ce germe, et ce qui nous porte quelquefois aux plus grands crimes, ce sont d'ordinaire les mauvaises liaisons, les engagements de compagnie. L'homme, s'il est seul, ne saurait devenir ni aussi bon, ni aussi mauvais qu'il peut l'être. C'est le commerce d'autrui, de ses égaux surtout, qui le tourne au bien ou au mal. La meilleure éducation, les inclinations les plus vertueuses, les plus fortes résolutions ne tiennent guère contre la séduction des mauvaises sociétés : il faut s'en retirer, ou consentir à être bientôt perverti. Le mal est déjà fait plus qu'à demi, lorsqu'on reste dans de pareilles sociétés, après les avoir connues pour ce qu'elles sont.

Car de compter qu'on se préservera, qu'on ne se livrera que jusqu'à un certain point, qu'on résistera aux conseils, aux exemples, aux railleries, au respect

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humain, aux occasions toujours renaissantes, à je ne sais quel penchant d'imitation qui pousse à faire ce que font les autres; qu'on se soutiendra en ces rencontres par la fermeté de son caractère, par la droiture de ses intentions, par la crainte de Dieu, par les avis secrets de la conscience, c'est une illusion. On pourra tenir bon pendant quelque temps; mais toujours en lâchant le pied; à la fin on se rendra. Qui aime le danger y périra (1).

Or, il n'y a point de danger plus présent, plus certain, plus inévitable que celui-là. Tout le monde le sait; et cependant presque personne ne s'en garde : tant on fait peu de cas de la conservation de la vertu et de l'innocence! Les parents mêmes ne prennent pas à beaucoup près pour leurs enfants les précautions qu'ils devraient prendre. De là les crimes de toute espèce dont la société est inondée. Qu'on dise ce qu'on voudra : les lois sont impuissantes à maintenir le bon ordre, soit public, soit domestique. Tout dépend de la religion et des mœurs; et la religion, les mœurs de chaque individu dépendent plus que de toute autre chose, de ses liaisons et de ses amitiés.

Avec les méchants on apprend le mal; on s'enhardit à le commettre; on apprend à s'en glorifier, et à secouer une certaine honte attachée aux mauvaises actions; on apprend même à se vanter du mal qu'on n'a pas fait, et à se donner pour plus méchant que l'on n'est. Saint Augustin l'a dit de lui-même ; et combien

(1) Qiiiamat periculum, inillo peribit. Eccli. ui. 27.

d'autres auraient pu ou pourraient faire le même aveu !

A-t-on des remords? Veut-on revenir au bien? Le plus grand obstacle qu'on éprouve, n'est pas toujours de la part des passions et des mauvaises habitudes. Mais il faudrait renoncer à ses amis, à ses confidents, à ses compagnons de plaisirs ou d'intrigues. Voilà le plus souvent ce qui arrête ; on se repent de s'être lié ; mais on ne veut pas se dégager. A la moindre démarche qu'on fait, au moindre regret qu'on témoigne, on ne peut soutenir leur vue, leurs reproches, leurs plaisanteries^ leur dédaigneuse pitié. On succombe, on se lie plus étroitement, on devient pire.

Souvent, et cela n'est que trop commun aujourd'hui, ces dangereux, ces perfides amis nous obsèdent jusqu'au lit de la mort, et prennent toutes les mesures pour empêcher dans ces derniers moments les effets de la grâce. On sent qu'ils vont nous perdre sans ressource; et l'on n'a pas la force de les écarter. Ils s'emparent de nous; ils dissimulent le danger de la maladie ; ils empêchent les ministres du Seigneur d'approcher. On meurt entre leurs bras avec une conscience bourrelée, affectant une fausse sécurité, et n'osant donner aucun signe de repentir.

C'est surtout dans les corps et les communautés quelconques que se remarque sensiblement l'influence de la bonne ou de la mauvaise société. Dans chaque corps, il y a un esprit qui y domine, qui y sert de règle, et auquel chaque particulier se fait en y entrant un principe de conduite de se conformer. Il faut penser, il faut agir suivant les maximes du corps, sui-

vant ses préjugés et ses usages. Si vous vous déclarez contre^ vous serez ou exclus, ou rejeté, ou vu de mauvais œil; vous n'y jouirez d'aucune considération; peut-être y serez-vous persécuté.

La plupart des hommes ne sont ni décidément bons, ni décidément mauvais; ils sont faibles, et se laissent entraîner; ils n'ont pas d'opinion à eux, et suivent celle qu'ils trouvent établie ; ils prennent comme le caméléon la couleur de ce qui les approche et les environne; la politique, l'intérêt, la crainte, la vanité, l'ascendant de certains caractères les subjuguent; l'exemple et l'autorité ont sur eux tout pouvoir ; ils ne sont pas assez forts pour résister au torrent. Comment étant seuls, ou en petit nombre, oseraient-ils condamner le plus grand nombre, et lui faire la loi? L'on se croit pleinement justifié, quand on peut dire : Je suis l'esprit de mon corps.

Il importe donc de tout pour les bonnes mœurs, pour la probité, pour la foi, pour le salut, de bien connaître l'esprit du corps où l'on se propose d'entrer, les maximes selon lesquelles il se gouverne, et les abus qui y régnent. Si cet esprit est bon, vous y trouverez toutes les facilités possibles pour vous bien conduire et vous sauver. S'il est mauvais, ce sera un miracle si vous réussissez à vous en préserver.

Les précautions à prendre pour échapper au danger des mauvaises liaisons, dépendent en partie de nous, et en partie de la providence. Prions-la de veiller sur nous, de nous préserver de tout rapport, de tout commerce, de tout engagement qui pourrait nuire à notre

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âme : c'est une des plus grandes grâces qu'elle puisse nous faire; on ne saurait trop la lui demander; et le plus sûr moyen de l'obtenir, est de s'abandonner à sa conduite, de ne former aucune vue, aucun projet sans la consulter.

De notre côté évitons toute liaison suspecte, ne nous engageons dans aucun état, dans aucun corps où notre salut serait en danger; et si l'engagement n'est pas irrévocable, rompons-le; renonçons aux charges, aux emplois, aux sociétés quelconques, soit d'affaires, soit d'amusement, où nous serions évidemment exposés à perdre notre âme. Je sais que quelquefois c'est une situation bien critique et bien cruelle. Mais la considération du salut doit l'emporter sur tout; et plutôt que de participer à l'injustice, plutôt que de risquer ses mœurs ou sa foi, il n'est pas d'intérêt temporel qu'il ne faille sacrifier.

DE l'indigence DE LA CRÉATURE, SOURCE DE SES DÉSIRS.

Je n'aimais pas encore, et je désirais d'être aimé ; et par une indigence plus secrète, je regrettais d'être moins indigent.

Nondum aniabam, et amari [al. amare) amabam, et secretiore indigentia oderam me minus indigentem. Lib. ni. cap. i.

L'origine de toutes les passions, et en particulier de celle d'aimer et d'être aimé, est un besoin caché, une indigence secrète, qui se fait sentir à un certain âge, et qui à la vue des objets sensibles, sollicite l'âme

à s'unir à eux, ou à les attirer à soi, pour apaiser cette espèce de faim intestine qui la tourmente. Encore neuve et sans expérience, l'âme est ravie d'éprouver ce besoin, parce qu'elle croit trouver dans tout ce qui la frappe de quoi le satisfaire. Marque certaine que la créature intelligente ne peut se suffire à elle-même, et qu'il faut qu'elle cherche hors de soi le principe de son bonheur.

Et d'où lui vient ce besoin? d'où lui vient cette impuissance à se suffire à elle-même, sinon de ce qu'en qualité de créature, elle porte le néant dans son fond, c'est-à-dire un vide immense qu'elle désire de remplir, et qui ne peut être rempli que par celui de qui elle tient l'existence ? Voilà cette indigence plus secrète et foncière, dont parle saint Augustin : indigence qui est l'essence morale de la créature, et qu'elle ne saurait trop approfondir, pour connaître son rapport intime avec Dieu.

L'âme a deux grands désirs qui comprennent tous les autres : le désir de connaître, et le désir d'aimer; il faut un objet à son intelligence ; il en faut un à sa volonté. Ces désirs la portent nécessairement vers quelque chose de distingué d'elle, parce qu'elle ne peut trouver ni dans la connaissance, ni dans l'amour d'elle-même, rien qui les remplisse. C'est même parce qu'elle se connaît, qu'elle se sent faite pour connaître autre chose ; et parce qu'elle s'aime, qu'elle désire d'aimer quelque autre objet.

Dieu seul a en soi de quoi satisfaire par l'apport à lui-même ces deux grands désirs; et, pour mieux dire,

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il ne les éprouve pas, parce qu'ils sont toujours remplis par la connaissance et par l'amour de son essence infinie. Il a bien pu mettre dans la créature intelligente le désir de connaître et d'aimer; mais tout Dieu qu'il est, sa puissance ne va pas jusqu'à donner à un être tiré du néant la capacité de remplir ce désir en se connaissant et en s'aimant lui-même. De là vient que la créature cherche hors de soi ce qu'elle ne trouve point en soi.

Mais où Dieu veut-il qu'elle cherche de quoi contenter ce désir? Ce ne peut être qu'en lui seul, parce qu'il a seul de quoi le contenter pleinement. Si l'on voulait réfléchir un peu, et sonder le fond de son esprit et de son cœur, on découvrirait bientôt que nulle autre connaissance que celle de Dieu, nul autre amour que celui de Dieu n'est capable de nous satisfaire, parce que notre désir de connaître et d'aimer n'a point de bornes, et ne peut se reposer que dans un objet infini. Tant que l'homme s'arrête aux créatures, son esprit est toujours curieux, son cœur toujours inconstant.

Esclave des sens depuis le péché d'origine, il est longtemps sans rien connaître et sans rien aimer que par leur canal. Par là se forme peu à peu en lui l'habitude de ne s'attacher qu'aux objets sensibles. La raison enveloppée dans les organes corporels, ne voit que confusément et à travers de grossiers nuages les objets spirituels; ce n'est qu'avec bien de la contention et de la peine qu'elle s'élève jusqu'à eux; et elle ne peut longtemps en soutenir la vue. L'imagination, les

passions, les sens toujours actifs, les besoins sans cesse renaissants du corps, tout ramène l'homme aux choses corporelles, tout l'invite à les connaître, à les aimer, à y chercher son bonheur. Et telle est la source de ses agitations, de son inconstance, de sa misère. lia beau connaître, il a beau aimer ces objets sensibles, il demeure toujours indigent, toujours affamé, toujours vide; par conséquent toujours inquiet, toujours avide de nouvelles connaissances , de nouveaux attachements, passant sans cesse d'un objet à un autre, dans la vaine espérance d'en rencontrer enfin un qui le contente.

Quel tourment qu'une vie passée de la sorte ! C'est néanmoins celle de tous les hommes, à l'exception de ceux qui s'attachent par-dessus tout à connaître et à aimer Dieu. Ceux-là trouvent en lui le repos de l'esprit et du cœur. Ce n'est pas cependant que leur désir soit pleinement rassasié; il ne peut pas l'être ici-bas^ où Dieu n'estconnu qu'obscurément, et aimé qu'imparfaitement. Mais en premier lieu, ils ont la ferme espérance qu'un jour ce désir sera rempli : cela les calme et les rassure. En second lieu, le peu qu'ils connaissent de Dieu en cette vie, et l'étincelle d'amour qu'ils ont pour lui, suffisent pour fixer leur désir, et lui faire mépriser tout autre objet. Enfin cette connaissance et cet amour s'accroissent sans cesse : plus ils désirent de connaître et d'aimer Dieu, plus ils le connaissent et l'aiment. Leur paix, leur sérénité, leur empire sur eux-mêmes, leur mort à toute curiosité naturelle, à toute attache purement humaine, sont une preuve que

rien ne leur manque, qu'ils sont contents selon la condition de cette vie ; et qu'en soupirant paisiblement après la possession éternelle de Dieu, ils goûtent dans leur exil tout le bonheur qu'ils y prétendent.

DE LA PASSION DE L'aJIOUR.

Je me laissnis encluiiner acec joie de liens douloureux, poui' être battu des verges de fer brûlantes de la jalousie, des soupçons, des craintes, des emportements et des querelles.

Colligebar laetus rerumnosis nexibus, ut csederer virgis ferrcis ardentibus zeli, et suspicionuni, et timorum, et irarum^ atque rixarum. • Lib. III. cap, I.

Est-ce donc ici la peinture de la plus agréable, de la plus douce, de la plus engageante des passions? de cette passion dont on se faite une idée si flatteuse, et à laquelle on attache le bonheur de la vie? Quoi ! ses liens sont une source de chagrins et d'amères douleurs! On ne devient son captif et son esclave, que pour être battu de verges de fer brûlantes ! Son cortège est la jalousie, les soupçons, les craintes, les emportements , les querelles! Oui : tel est le tableau de l'amour : tableau d'autant plus fidèle, que l'amour est plus fort, plus maître du cœur. C'est ainsi que l'ont dépeint ceux qui l'ont le mieux connu. Les poètes, les philosophes, les auteurs profanes ainsi que les auteurs chrétiens s'accordent à le représenter comme la passion la plus violente, la plus terrible, la plus déso-

lante, la plus tragique. Toutes les histoires, tous les grands événements de la vie humaine, enfin tout ce qui se passe dans le sein des familles rend témoignage à la vérité de ce portrait.

Saint Augustin ne l'a pas chargé; il n'en a pas même exprimé les traits les plus capables d'en inspirer de l'horreur. Il n'a pas dit que cette passion était la ruine de la santé, des biens, de l'honneur, de la vertu de ses malheureuses victimes ; qu'elle était le fléau de la paix domestique, de l'union conjugale, des plus saints devoirs de la nature; qu'elle divisait les pères et les enfants, les époux, les frères, les amis; qu'elle a toujours été la cause principale des crimes qui régnent dans le monde, et des malheurs des états et des particuliers. Quand il aurait dit tout cela, il n'aurait rien dit de trop, rien qui ne soit attesté par l'expérience de tous les siècles.

Voilà ce qu'est Famour, à le regarder du côté de la vie présente, et par rapport à son influence dans le bonheur de la société. Que sera-ce si on le considère dans les vues de la religion, et relativement à la fin dernière de l'homme? Est-il une passion qui éteigne plus absolument en lui les lumières de la raison et de la foi, qui porte des coups plus funestes à la piété et aux bons principes, qui endurcisse plus le cœur à l'égard de Dieu, qui donne lieu à plus de profanations et de sacrilèges, qui conduise plus directement à l'irréligion, qui entraîne plus d'âmes dans la damnation éternelle?

Cependant une jeunesse aveugle et sans frein se pré-

cipite avec joie dans cet abîme de maux; elle se hâte de former des liens qui feront le malheur de sa vie, et dont peut-être elle ne se dégagera jamais. Le premier effet de cette funeste passion est de rendre celui qu'elle possède sourd à tous les avis, incapable de toute réflexion, et de lui fermer les yeux sur les dangers de toute espèce où il s'expose. Ce qu'on aurait peine à croire, c'est que ce qu'elle a de triste, de lugubre, d'affreux, de désespérant, d'atroce même, de noir et de sanguinaire, exposé avec art dans les pièces de théâtre et dans les romans, est un charme qui ravit l'âme, et fait en elle les plus profondes impressions. On ne commence à la bien connaître, que quand on est enfoncé dans le précipice; si pourtant elle laisse encore la liberté de réfléchir : on s'y est jeté par attrait, on y reste par désespoir d'en sortir.

De tout temps la philosophie s'est occupée des remèdes de cette passion. Mais qu'a-t-elle proposé? Les sectateurs d'Aristippe et d'Épicure ont essayé d'en détacher le sentiment, et de la réduire au pur physique ; ils ont prétendu satisfaire l'instinct animal sans engager le cœur; ils ont conseillé la jouissance en défendant l'attachement : en un mot, ils ont substitué le libertinage qui s'épanche indifféremment sur le premier objet, à l'amour qui s'arrête et se fixe à un seul. Ce remède inventé par une philosophie sans principes et sans pudeur, ce remède plus dangereux que le mal, et qui n'est qu'un excès de dissolution et de débauche, a été presque partout le mieux reçu, le plus autorisé et le plus usité.

D'autres philosophes ont proposé l'étude des sciences et des lettres; d'autres, les exercices du corps; d'autres, de combattre cette passion par une autre. D'autres enfin ont pensé que pour s'en guérir, il ne fallait que l'envisager par son mauvais côté, et en bien pénétrer les affreuses conséquences. Ces moyens peuvent être utiles en qualité de préservatifs ; mais comme remèdes, ils sont vains et inefficaces, le malade n'ayant ni la volonté, ni souvent la liberté d'en user. Où sont en effet ceux qu'ils ont guéris? Si l'on en nomme quelques-uns, ils sont en bien petit nombre.

Il n'y a que la vraie religion, que la crainte de Dieu, que la méditation des vérités éternelles, que la fréquentation des sacrements, que la pratique constante des exercices de piété, qui offrent des moyens infaillibles de prévenir ce mal, ou de s'en délivrer. La confession, oui la confession est le souverain remède; et c'est parce qu'on le néglige, que la corruption est si grande aujourd'hui. L'humble et sincère aveu de nos fautes touche le cœur de Dieu, et dispose l'àme à la conversion. La docilité aux avis d'un confesseur, la fuite des occasions, la prière, l'aumône, les œuvres de pénitence, la sainte communion, sont autant de préservatifs contre les rechutes. Il n'est point de passion si violente, point d'habitude si invétérée, qui tienne contre la grâce, lorsqu'on y a recours, et qu'on attend tout de Dieu, et rien de soi-même. Le point est de vouloir sérieusement guérir, et de faire dans cette vue les démarches indispensables. On ne tarde pas à éprouver que les difficultés s'aplanissent, et que ce

qui est impossible à l'homme est facile à Dieu, quand on s'adresse à lui avec confiance et persévérance.

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