‹ Morale tirée des Confessions de saint AugustinChapitre 45 sur 76 · FOND, EST UN ABUS · texte numérisé non relu

FOND, EST UN ABUS

Je n'étais point empressé de m' instruire des choses que disait Ambroise ; mais seulement d'entendre de quelle manière il les disait.

Non satagebam discere quae dicebat (Ambrosius), sed tantum quemadmodum dicebat audire. Lib. v. cap. xiv. n. 1.

Augustin entendit Fauste le manichéen, et Ambroise, dans des dispositions bien différentes. Il s'attacha plus à peser les raisons de Fauste, qu'il trouva faibles, malgré les agréments et l'éloquence de son discours : c'est qu'il commençait à revenir des erreurs du manichéisme. En écoutant le saint évoque de Milan^ il ne donna d'abord aucune attention au fond des choses, et ne s'arrêta qu'à la beauté du discours : c'est qu'il était prévenu contre l'Église catholique, ne croyant pas que la vérité se trouvât chez elle. En lui ce n'était que l'effet de la prévention : car il avait d'ailleurs l'esprit trop solide et trop ami du vrai, pour se laisser éblouir par l'arrangement et le choix des paroles, et en négliger

le sens. Mais ce défaut est commun à bien du monde; et quoique je m'en sois déjà expliqué plus haut, j'y reviens encore ici, dussé-je m'exposer à quelques redites.

En toute matière cette disposition d'esprit vient d'un manque essentiel de jugement. Car l'expression n'est que pour la pensée : son unique but est de la rendre, afin de la faire passer par l'organe des sens dans l'esprit des autres. Le premier mérite d'un discours ou d'un écrit est donc que les pensées en soient vraies, justes, solides, les raisonnements concluants; et c'est ce que l'auditeur ou le lecteur doit y chercher pardessus tout. Le style , l'éloquence, tout ce qui est du ressort de l'art de parler et d'écrire, ne doit être employé que pour présenter la pensée dans son jour et dans son énergie. Qu'importe qu'un discours soit purement écrit; qu'il soit plein de mouvements et de figures; que l'esprit y brille de toutes parts, si le fond n'en est pas solide; ou si tout cet appareil ne sert qu'à colorer et embellir le mensonge? Quel si grand mal au contraire qu'un ouvrage ne soit pas écrit parfaitement, s'il est d'ailleurs bien pensé? Je sais que la perfection consiste à réunir les deux choses ; mais, dans le choix, il n'y a point à balancer; et ce qui est bien pensé doit toujours l'emporter sur ce qui n'est que bien dit.

La marque d'un bon esprit est donc de s'attacher au fond des choses. Le contraire n'est pourtant que trop ordinaire, et cela dans les sujets oii l'on devrait le moins s'arrêter à l'expression. Les sermons, par exemple, dont l'objet est d'instruire le peuple sur le

dogme ou sur la morale, ne sauraient être trop simples, trop familiers pour l'expression, comme ils ne peuvent être trop solides , trop exacts pour les pensées. L'auditeur ne doit y estimer, y aimer que ce qui l'éclairé, le touche, le porte au bien; et c'est aussi la seule fin que le prédicateur doit se proposer.

Cependant sur quel pied regarde-t-on les sermons aujourd'hui? Comme des discours de parade, où le prédicateur fait montre de ses talents, et l'auditeur de la délicatesse de son goût. Abus effroyable, qui avilit, qui profane un ministère sublime et tout divin, et qui tout au moins le rend inutile au salut des âmes.

Par où le mal a-t-il commencé? Par les prédicateurs, ou par les auditeurs? Je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est que les uns et les autres sont aujourd'hui également et presque généralement corrompus; c'est que les uns ne cherchent qu'à plaire, et non à convertir; et que les autres ont en vue toute autre chose que d'être instruits et touchés. Un beau sermon n'est plus qu'un discours bien divisé, bien arrangé, plein d'affectation et de faux brillants ;, soit pour les pensées, soit pour le style.

OPaul, où êtes-vous? Que ne venez-vous avec votre éloquence évangélique, foudroyer ces indignes ministres, couvrir de honte ces chrétiens qui se rendent à l'église pour juger si un sermon est composé et débité selon toutes les régies de l'art oratoire? Est-ce ainsi que les Athéniens allaient entendre Démosthène sur les affaires publiques? Et cet orateur songeait-il à leur plaire, plutôt qu'à les persuader? Les grands in-

térêts du salut sont-ils donc moindres que des intérêts d'état? Et si le bel esprit, si les pensées recherchées, si les expressions affectées sont absolument déplacés dans tout discours sérieux; combien plus le sont-ils dans un discours chrétien?

La cause du mal est que ni ceux qui prêchent, ni ceux qui écoutent n'ont plus d'idée du ministère évangélique. Si les uns pensaient qu'ils sont les ambassadeurs du Très-Haut, qu'ils parlent au nom de Jésus- Christ, qu'ils sont chargés d'annoncer aux hommes les grandes vérités, les vérités éternelles, les vérités seules importantes ; leurs sermons auraient à la fois et plus de force, et plus de majesté. Ils s'élèveraient au-dessus de l'éloquence humaine en la méprisant; ils persuaderaient les esprits ; ils feraient dans les cœurs des impressions profondes : ils seraient enfin de dignes instruments de la grâce.

Si les autres de même réfléchissaient sur ce qu'il convient de chercher dans un sermon , sur les motifs qui doivent les y conduire, sur les dispositions qull y faut apporter, sur le fruit qu'ils en doivent retirer; ils déserteraient ces orateurs de théâtre , ces beaux diseurs, que l'intérêt, la vaine gloire, l'ambition font monter dans les chaires chrétiennes; et ils courraient avec empressement aux prédications simples, instructives, pathétiques et pleines d'onction des hommes apostoliques. Ils forceraient à devenir tels ceux qui ne le sont pas, et qui se voyant abandonnés, ou renonceraient au saint ministère qu'ils déshonorent, ou prendraient le parti de le remplir dignement.

Les prédicateurs, j^en conviens, ne devraient point avoir égard au goût dépravé de leurs auditeurs; c'est à eux de faire la loi sur la manière dont il faut prêcher; et ils prêcheront toujours bien, quand avec des talents ordinaires, ils s'appliqueront à instruire et à toucher; quand pour réussir à sanctifier les autres, ils commenceront eux-mêmes par se rendre saints ; quand ils n'auront d'autres vues que celles qui conviennent à des apôtres, et que leur vie prouvera qu'ils sont intimement pénétrés des vérités qu'ils annoncent. Ils sont donc coupables, lorsqu'ils s'asservissent à leur auditoire, et qu'ils sacrifient à son jugement corrompu les règles saintes, dont la religion, et môme le bon sens et le bon goût leur font un devoir.

Mais les auditeurs ne sont pas non plus exempts de blâme ; soit lorsqu'ils censurent et méprisent des prédicateurs solides et chrétiens, qui n'ont pas tout l'esprit, tous les agréments de la figure, de la voix et du geste qu'on pourrait désirer ; soit lorsqu'ils élèvent jusqu'aux nues, et qu'ils suivent en foule certains orateurs à peine chrétiens, à cause de leur belle com.position et de leur beau débit.

Quel tort ne fait pas à la religion cette manie de préférer dans les sermons les ornements frivoles et profanes à la noble et majestueuse simplicité de TÉvangile! Ce n'est plus la parole de Dieu qu'on entend, ni qu'on désire d'entendre, mais la parole de l'homme ; encore n'est-ce pas de l'homme qui traite d'aussi grands sujets avec la dignité qu'ils méritent; mais de l'homme vain, ambitieux, intéressé, qui abuse du mi-

nistère pour produire au grand jour ses prétendus lalents, pour s'avancer et se pousser selon le inonde. 0 l'indigne emploi! ô la prostitution du ministère de Jésus-Christ! Que dira-t-il dans son dernier jugement à de tels prédicateurs et à de tels auditeurs?

C'est cette même dépravation de jugement pariaquelle on s'attache plus aux mots qu'aux choses, qui a fait en ce siècle tout le succès des incrédules. Je ne parlerai que des deux plus fameux, Voltaire et Rousseau. J'ai déjà ébauché ailleurs leur caractère; mais on ne sera pas fâché que je lui donne ici plus d'étendue.

Par où Voltaire a-t-il séduit tant de personnes? Est-ce par la profondeur de ses pensées? Jamais écrivain ne fut plus superficiel. Est-ce par la méthode avec laquelle il traite les matières, par l'enchaînement de ses réflexions, par la force de son raisonnement? Il n'y a point de principes, point de liaison, point de suite dans ses discours. Est-ce par la justesse de ses idées? Je ne sais si Ton trouvera chez lui une seule idée juste sur les sujets qui appartiennent à la morale, à la métaphysique et à la religion. Il ne prouve rien; il ne cite aucun fait, aucun passage fidèlement. Il se contente de badiner et de plaisanter dans les questions les plus importantes. Le bon sens en un mot est banni de la plupart de ses écrits.

Par où donc a-t-il plu ? par où s'est-il fait la réputation d'un esprit du premier ordre? Par son style, par le naturel de ses expressions, par ses contrastes et ses antithèses, par son ironie délicate, par ses traits fins

et enjoués, par le talent unique de tourner tout en ridicule aux dépens de la vérité et de la décence. Que ce soit là le mérite d'un poëte, d'un littérateur, à la bonne heure : je ne conteste pas tout celui qu'on voudra lui accorder à ces deux titres. Mais ce ne fut jamais le mérite d'un philosophe. Aussi personne ne fut moins philosophe, ni moins raisonneur que Voltaire. Chez lui tout est surface et coloris; il ne faut y chercher ni vérité ni solidité.

Voilà néanmoins Toracle du siècle sur le fait de la religion ; voilà celui qui par vingt brochures où il ne fait que se répéter, brochures plus frivoles, plus indécentes, plus absurdes, plus impies les unes que les autres, a tourné la tête à tant de jeunes gens de l'un et de l'aulre sexe. Qu'y ont-ils appris? que leur reste-t-il dans l'esprit après l'avoir lu? Ils seraient fort embarrassés à le dire. Cet écrivain a parlé de tout, selon que son imagination était montée, sans avoir rien étudié; il a donné au public cinquante volumes de prose, et pas un ouvrage digéré. Il a plaisanté sur tout; il s'est moqué de tout, même de ses lecteurs, à qui il n'a pas eu honte de présenter les mêmes rapsodies sous vingt titres différents. Pour le définir en deux mots : il écrit agréablement; il amuse les esprits frivoles et libertins; il salit l'imagination; il pervertit le bon sens; il corrompt le cœur; il n'a ni foi, ni raison^ ni mœurs, ni décence, ni caractère. C'est ainsi qu'il est parvenu à cette haute réputation, qui couvrira à jamais d'opprobre notre siècle.

Rousseau paraît plus philosophe; mais il ne l'est

guère davantage. Qu'est-il pour la religion? Je défie qu'on le définisse d'après ses écrits. Le vouiez-vous athée, matérialiste, réduisant l'homme au pur instinct animal ? Lisez le Discours sur V inégalité des conditions. Le voulez-vous déiste, attaquant le fait de la révélation, et le supposant impossible à vérifier ; admirateur apparent et^ détracteur réel de l'Évangile; donnant à Jésus-Christ la qualité de Dieu au sens des sùciniens, et n'en faisant qu'un charlatan qui a trompé les peuples par ses prestiges? Lisez Fmi/e et les Lettres de la Montagne. Le voulez-vous protestant? Lisez sa Lettre à Mgr de Beaiimont. Il y a des endroits où écrivant contre Genève qui l'avait condamné, il emprunte les raisons et le langage des catholiques. Cependant, à l'en croire, nul auteur n'est plus suivi, ni plus conséquent. Si on lui reproche de se contredire, c'est qu'on le tronque, qu'on l'interprète mal, qu'on ne le comprend pas.

Rousseau n'a pas de principes plus fixes sur la morale et la loi naturelle. Il n'en est pas question dans le Discours sur V inégalité des conditions, où l'homme considéré dans son état naturel , primitif, avant que la société l'eût dépravé, n'avait, selon lui, ni raison, ni liberté, ni rien de ce qui caractérise un être intelligent et moral. Dans son traité De l'éducation, il fallait bien admettre en l'homme la raison, le libre arbitre, la conscience du bien et du mal; sans quoi son titre même eût été absurde. Mais au fond il réduit au" pur physique la première éducation; et il ne veut pas jusqu'à un âge assez avancé qu'on forme les facultés

intellectuelles et morales des enfants. Il tonne, il éclate contre les vices; on l'en croirait un ennemi implacable; et de son propre aveu nul auteur n'est plus dangereux pour les mœurs; il fait de l'amour les peintures les plus voluptueuses; et après quelques façons ce grave instituteur conduit lui - même son Emile aux lieux de débauche.

Si l'on excepte l'autorité, soit en matière de religion, soit en matière de gouvernement, contre laquelle il se déclare sans aucun ménagement, ne voulant se soumettre à personne : sur tout le reste il n'établit pas un principe en un endroit qu'il ne renverse ailleurs; il est partout en contradiction avec lui-même, non-seulement dans le même ouvrage , mais souvent dans la même page. Ses idées sont outrées; ses raisonnements faux et captieux ; ses vues chimériques, pleines de paradoxes. Il s'est fait une loi de ne pas voir comme les autres; et croit être le seul sur terre qui pense bien. Avec le ton de la raison il parle, il déclame, il censure en fou atrabilaire. L'expression n'est pas trop forte; et ses derniers écrits démontrent que l'orgueil lui avait dérangé le cerveau, au point de croire que dans toute la France, toutes les conditions, depuis les plus hautes jusqu'aux plus basses, avaient conjuré contre lui.

Qu'est-ce donc qui a plu en lui? qu'est-ce qui a charmé ses lecteurs jusqu'à l'enthousiasme? qui lui a fait ce renom, que Voltaire n'a jamais pu lui pardonner? Un style enchanteur qui le met au premier rang parmi les écrivains de la langue ; une chaleur d'expression, une vivacité d'images, une variété de figures,

une force, une précision, et pour parler d'après lui, une éloquence brûlante, qui transportent à la première lecture. Mais quiconque Taura lu de sang-froid; aura analysé, rapproché, comparé ses idées, aura pesé ses raisons, ne verra en lui qu'un beau parleur qui extravague, et non un philosophe qui revêt le bon sens des grâces et de la force de l'imagination. Dans les écrits de Rousseau et de ses semblables, si vous cherchez avant tout le vrai, le solide, le bien pensé, vous ne tarderez pas à les mépriser, et môme à les avoir en horreur, à moins que vous n'aspiriez à être vous-même, comme eux, sans principes.

DE l'autorité des SAINTES ÉCRITURES.

Vous m'avez persuadé que ceux-là n'étaient pas dignes de blâme qui croyaient à vos Écritures, mais ceux qui n'y croyaient pas.

Persuasisti mihi , non qui crederent libris tuis..., sed qui non crederent esse culpandos. Lib. vi. cap. v. n. 7.

Avant que saint Augustin fût en état de juger par lui-même de la divinité des livres saints, ce qui le frappa et le convainquit, ce fut la grande autorité que Dieu avait donnée h ces livres chez presque toutes les nations. Il ne lui paraissait pas que la providence pût permettre que tant de peuples qui ayant renoncé à l'idolâtrie, n'adoraient plus que lui seul, tombassent

dans l'erreur capitale de recevoir comme inspirées des Écritures qui ne Tétaient pas.

Cet argument a acquis une bien plus grande force aujourd'hui; puisque depuis saint Augustin plus de treize siècles se sont écoulés, où la Bible a été regardée comme la parole de Dieu dans tout l'univers chrétien, sans distinction de catholiques, d'hérétiques et de schismatiques. Il faut qu'un homme qui a connaissance de ce fait, et de ses suites, et qui croit à la providence, ait des raisons bien fortes pour résister à un suffrage d'aussi grand poids, et pour refuser à ces Écritures l'autorité que tant de peuples concourent à leur accorder depuis une si longue suite de siècles. Si les raisons qu'on oppose sont faibles, elles ne peuvent contrebalancer un tel témoignage. Mais si elles sont fausses, dépourvues de toute solidité ; si celles même qui ont quelque apparence ne prouvent rien; que doit-on penser de ceux qui les allèguent, et qui s'en font un motif pour rejeter les livres saints, et la révélation qu'ils contiennent?

Tel est néanmoins le grand champ de bataille de nos incrédules, qui sont en si petit nombre, si légers d'érudition, si peu considérables à tous égards, comparés à cette foule de beaux génies, d'hommes savants, qui depuis la naissance de l'Église ont unanimement révéré les Écritures comme divines.

Quelques-uns de ces incrédules ont eu l'impudence de contester l'authenticité de l'Ancien Testament et du Nouveau : tandis que pour TAncien il est constant qu'il a passé des mains des Juifs dans celles des chré-

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tiens ; et que les uns et les autres l'ont toujours hautement reconnu pour authentique ; et que pour le Nouveau, les écrits qui le composent ont été lus presque tous dès Forigine dans toutes les églises, avec le respect dû aux apôtres, dont ils portent le nom, ou dont ils ont eu l'expresse approbation. Que tous les livres de l'Ancien Testament n'aient pas été mis dans le canon des Juifs; qu'il y ait eu durant quelque temps du doute touchant quelques épîtres des apôtres : que suit-il de là? Ce qui a toujours été reçu sans contestation, n'est-il pas plus que suffisant pour démontrer la vérité de la religion chrétienne? est-il une seule preuve du fait de la révélation, qui dépende uniquement de quelqu'un des écrits, sur lesquels il y a eu autrefois partage de sentiments? Quand donc on abandonnerait cette partie des livres saints aux incrédules, la cause chrétienne n'en souffrirait pas.

A l'égard de l'autre partie qui est sans comparaison la plus considérable, qu'on me cite dans toute l'antiquité profane un seul auteur, dont l'authenticité soit égale à celle du Pentateuque, des Psaumes, des Prophètes, des Évangiles, des Actes des apôtres, des Épîtres de saint Paul. Je ne fais, comme on voit, que toucher fort légèrement cette matière.

D'autres incrédules ont recueilli dans les interprètes mêmes de l'Écriture, quelques difficultés de chronologie, de géographie, quelques passages qui ne paraissent pas s'accorder : et ils ont fait valoir auprès des ignorants ces difficultés, comme autant de démonstrations. Mais premièrement, ils ne devaient pas

dissimuler les réponses qu'y font les interprètes : réponses solides pour la plupart. Secondement, quand il y aurait en effet dans la Bible quelque contradiction apparente qu'on ne pourrait lever, quelque endroit qu'on ne pourrait éclaircir, les preuves de la religion en perdraient-elles de leur force? Par exemple, à cause qu'il est malaisé de concilier les deux généalogies de saint Matthieu et de saint Luc , en résulte-t-il quelque argument contre les miracles de Jésus-Christ, et les autres preuves de sa divinité? Parce que les secours nous manquent pour l'intelligence de plusieurs endroits des prophètes, s'ensuit-il qu'il n'y ait pas un rapport évident entre les prophéties qui concernent le Messie, et leur accomplissement dans la personne de Jésus-Christ? Est-il jamais venu à l'esprit de personne qu'il fallût entendre parfaitement toute l'Écriture, et en faire absolument disparaître les obscurités, pour pouvoir en tirer une démonstration sans réplique en faveur de la révélation? Un peu de bon sens et de bonne foi auraient prévenu ces mauvaises chicanes. D'autres ont insisté sur quelques variantes qui se trouvent dans le texte sacré. Mais qu'importent ces différentes leçons, si, soit qu'on y ait égard ou non, les mêmes faits, les mêmes prédictions, les mômes miracles, le même corps de preuves en un mot, subsistent toujours? Les Juifs d'une part, et les chrétiens de l'autre ont apporté le plus grand soin pour conserver le texte original dans toute sa pureté, et pour le traduire fidèlement en d'autres langues. Qu'il se soit glissé à la longue quelques légères altérations

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dans l'original par la faute des copistes; qu'il ait échappé quelques méprises aux traducteurs : cela affaiblit-il le moins du monde l'autorité des livres saints? ne méritent-ils plus de foi? et ne peut-on plus rien conclure des récils et des prédictions qu'ils contiennent? Tant de variantes qu'on rencontre dans les manuscrits des auteurs profanes décrient -elles ces auteurs , au point qu'on ne fasse plus aucun fond sur eux? ou bien cette injuste règle de critique n'auraitelle lieu qu'à l'égard des auteurs sacrés? Un savant anglais a pris la peine de recueillir toutes les variantes du Nouveau Testament : il n'y en a pas une qui soit digne de considération, ni dont les preuves de la religion souffrent aucun préjudice. Il en est de même des variantes de l'Ancien.

Concluons que, s'il n'y a aucune raison, même apparente , de refuser aux livres saints une créance historique, la religion chrétienne est démontrée. Tout concourt à cette démonstration, et la suite des faits, et les prophéties, et les miracles, et les dogmes, et la morale; tout y porte l'empreinte de la Divinité.

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