‹ Morale tirée des Confessions de saint AugustinChapitre 53 sur 76 · PAU OU COMMENCE LA CONVERSION DU PÉCHEUR · texte numérisé non relu

PAU OU COMMENCE LA CONVERSION DU PÉCHEUR

Vous me présentiez à moi-même, afin que je visse toute ma laideur.

Tu me... opponebas niibi,,.. ut iiivenirem iniquitatem meam. Lib. viii, cap. vu, n. 16.

C'est par là que commence la conversion du pécheur. Par un rayon de sa lumière Dieu l'éclairé; Dieu le force à se regarder lui-même, et lui découvre toute sa difformité. Il a beau détourner les yeux : il faut qu'il se voie, qu'il se connaisse, qu'il ait honte de luimême. Sous un seul point de vue Dieu lui présente toute la suite de sa vie : la bassesse, l'indignité , l'ingratitude de ses sentiments; la malice, l'iniquité, la noirceur de ses actions. Il lui rappelle les grâces dont il a abusé, les bonnes pensées qu'il a méprisées, les pieux mouvements qu'il a rejetés. Il lui fait envisager sous le jour le plus odieux son obstination à fuir un père qui courait après lui. Et par quel motif le fuir de la sorte? Voici le désordre et le crime : pour s'attacher à la créature, pour se livrer à elle au mépris du créateur.

Dieu l'oblige encore à réfléchir sur ce qui lui est revenu de cette indigne préférence. Quel fruit, lui dit-il intérieurement, as-tu recueilli de ces actions dont tu rougis maintenant? Ces biens, ces honneurs.

ces plaisirs que tu as recherchés au prix de ton âme, qui t'ont coûté tant de soins, tant de peines, ont-ils fait ton bonheur? ton cœur s'y est-il reposé tranquillement? As-tu joui de la paix? Tu sais que non : tu sais que le trouble est entré dans ton âme, au moment même que tu as écouté tes passions, et qu'elles t'ont tourmenté sans relâche. Tu as eu quelques moments d'ivresse; mais que t'en reste-t-il à présent?

Ainsi s'accomplit ce que Dieu a dit par son prophète : Je te confondrai, et je te mettrai en face de toi' même (1). Parole qui est en môme temps un châtiment et un bienfait : un châtiment dans l'autre vie, lorsque Dieu juge le pécheur; un bienfait dans celle-ci, lorsqu'il le force à se juger et à se condamner lui-même. Dieu le couvre d'une confusion salutaire, d'où naît le regret et le repentir. L'homme commence alors à se déplaire : il ne peut soutenir sa vue; il conçoit une vive borreur de sa conduite passée ; il prend la résolution de sortir de cet état déplorable ; et voyant que, malgré ses efforts, il n'a pas la force de se relever, il lève les yeux au ciel , d'où il attend tout son secours; il invoque ce même Dieu qu'il a tant outragé. Son cœur s'ouvre à la confiance. Tout itidigne qu'il se reconnaît du pardon, il ose l'espérer; il le demande à Dieu avec humilité; et Dieu qui ne peut mépriser un cœur contrit et humilié, le lui accorde.

Il y a tout à espérer pour la conversion d'un pécheur, qui ne s'est jamais aveuglé sur ses égarements,

(1) Arguam te, et slatuam coutra faciem tuara. Ps. sus. 21.

qui n'a jamais cherché à se les justifier, qui tombant par faiblesse, par séduction, s'est toujours reproché ses chutes. Ce sont ceux-là dont Dieu a pitié, et dont il fait des vases de miséricorde. Ils n'ont jamais faussé la droiture de leur cœur : ils ont appelé mal ce qui était mal, et ils l'ont condamné dans eux-mêmes comme dans les autres.

Qui que vous soyez qui vous reconnaissez ici, et qui croupissez dans le péché depuis bien des années, ne vous désespérez pas ; ne croyez pas votre conversion impossible, parce qu'il y a longtemps que vous la différez. Ne dites pas : Je n'ai plus de grâce à attendre de Dieu; j'ai épuisé ses bontés; j'ai lassé sa patience. C'est là un piège du démon, et le piège le plus daugereux qu'il puisse vous tendre. Mais, puisque vous connaissez votre misère, puisque vous en gémissez, et que vous désirez votre guérison, prenez courage. Ces dispositions où vous êtes sont déjà un bienfait de Dieu qui vous rappelle. Croyez-vous que de tels sentiments naissent de votre fonds? Non : c'est Dieu qui vous les inspire, et qui par là vous invite à revenir à lui. Puisque vous vous déplaisez à vousmême, c'est une marque assurée que vous commencez à lui plaire. Il a en horreur l'orgueil, même dans un juste; mais il voit avec complaisance l'humilité dans le plus grand pécheur.

Tendez-lui donc les bras; priez-le de vous retirer de la boue où vous vous êtes enfoncé; allez vous présenter au prêtre, et vous laver dans la piscine salutaire. L'aveu sincère de vos fautes achèvera de toucher

le cœur de Dieu; et par l'accueil qu'il vous fera, par les caresses dont il vous comblera, il produira en votre âme des transports de douleur, de joie, de reconnaissance et d'amour. Allez avec confiance ; allez sur-le-champ éprouver comment ce bon père reçoit ses enfants au retour de leur égarement; comment ses entrailles s'émeuvent de compassion sur eux ; comment il leur rend tout ce qu'ils avaient perdu par le péché, et y ajoute de nouveaux bienfaits. Ce moment de la réconciliation d'une âme avec Dieu est le plus doux de la vie.

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