‹ Morale tirée des Confessions de saint AugustinChapitre 61 sur 76 · DE LA LECTURE DES PSAUMES · texte numérisé non relu

DE LA LECTURE DES PSAUMES

Que ne vous disais-je pas, 6 mon Dieu, en Usant les psaumes de David? Combien m' enflammaient-ils pour vous!

Quas tibi, Deus meus^ voces dedi, quum legerem psalmos David,... et quomodo in te inflammabar ex eis ? Lib. ix. cap. iv. n. 8.

Quels effets ne produit pas sur un cœur bien disposé la lecture des livres saints, surtout celle des psaumes, si remplis d^idées sublimes, et de tendres sentiments de piété? Augustin encore catéchumène les lit; et en les lisant, il est pénétré d^amour pour Dieu; il n'est pas maître de ses mouvements et de ses transports. Cette lecture est pour lui une oraison continuelle, où son âme ravie en Dieu, se livre à une douce et profonde contemplation de ses bienfaits. Il s'applique à lui-même ce qu'il y trouve : il y voit son état passé et son état présent; il admire la bonté de Dieu à son égard ; il lui rend mille actions de grâces de sa délivrance ; ni sa langue , ni ses yeux ne peuvent suffire à exprimer les affections de son cœur. Il voudrait assembler tout Punivers, et lui lire ces divins cantiques, persuadé qu'ils feraient sur tous les hommes les mêmes impressions que sur lui. Voyez en cet endroit comme il développe les sentiments qui le touchèrent en lisant le psaume quatrième, et Tapplication qu'il en fait à Terreur du manichéisme d^'oii Dieu l'avait tiré.

Nous lisons ces mêmes psaumes; nous les réci-

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tons, nous les chantons dans les églises par forme de prières. Pourquoi ne nous disent-ils presque rien ni à l'esprit, ni au cœur? C'est que nos dispositions ne sont pas les mêmes que celles d'Augustin ; c'est que nous ne nous sommes pas donnés à Dieu aussi généreusement, aussi pleinement que lui. 11 n'avait cependant pas encore reçu la grâce du baptême; et nous, nous sommes chrétiens depuis bien des années; nous sommes prêtres, nous sommes religieux.

Dieu nous a-t-il fait moins de grâces qu'à Augustin? Ou nous avons péché comme lui, et cela depuis notre baptême : et nous sommes par conséquent aussi redevables à Dieu que lui; ou il nous a préservés de toute chute considérable : et alors nous lui avons des obligations encore plus grandes. Oh! si nous lisions les psaumes avec un esprit aussi attentif, avec une volonté aussi droite, aussi disposée à aimer, que n'y trouverions-nous pas? Quelle nourriture pour notre âme! Quelle source féconde de méditations, d'affections, de transports, de ravissements en Dieu !

Les âmes intérieures, tel que fut saint Augustin dès le premier instant de sa conversion, savent ce que je dis ici par leur propre expérience. Aussi ces saints cantiques font-ils leurs délices, comme ils faisaient autrefois celles de tant de pieux solitaires. Leur dévotion se ranime en les lisant; elles les appliquent à leur état, à leurs besoins présents; elles y puisent tout ce qu'elles ont à dire à Dieu, toutes les louanges qu'elles lui offrent, tous les vœux, toutes les demandes qu'elles lui adressent.

DE SALNT AUGUSTIN. — LXVI. 3oo

Les psaumes considérés comme des prophéties qui ont pour objet Jésus-Christ, ses humiliations, ses souffrances, sa résurrection, son ascension, son règne sur toutes les nations, l'établissement de son Église dans l'univers, et son dernier avènement, sont une des preuves les plus frappantes de la religion chrétienne. Car il est peu de psaumes qui ne conviennent dans le sens le plus littéral à Jésus-Christ, ou à son Église. Les saints Pères, et en particulier saint Augustin, l'ont fait voir. L'autorité des apôtres, et celle de Jésus-Christ même qui se les applique si souvent, ne permettent pas d'en douter.

Ces mêmes psaumes envisagés par rapport à nous, en qualité de chrétiens, de frères adoptifs du Seigneur, de membres de son corps mystique, conviennent à tous les états de la vie spirituelle, à commencer par la pénitence. Tous les sujets d'oraison propres, soit à la voie purgative, soit à ia voie illuminative, soit à la voie unitive, s'y rencontrent : et Tâme, selon ses divers besoins, éclairée et dirigée par le Saint-Esprit, sait fort l)ien y trouver ce qui lui convient. Plus les sentiments qu'ils renferment sont simples, et exprimés en peu de paroles, plus ils sont touchants, vifs et pénétrants.

Mais de quoi nous serviront-ils, si nous ne sommes pas dans les dispositions intérieures auxquelles ils ont rapport? La lecture en sera pour nous sèche et insipide; nous ne pourrons les méditer, encore moins les savourer par la contemplation ; ils n'affecteront tout au plus que notre imagination; pour le cœur, il

n'en tirera qu'avec peine quelques sentiments de dévotion forcée. Les psaumes sont divins; mais ils ne sont bien sentis et bien goûtés comme tels, que par une âme profondément touchée de la grâce, qui est déjà, ou qui veut être toute à Dieu.

Quand nous prions à l'église ou dans nos maisons^ nous n'avons jamais assez de livres : celui des psaumes nous suffirait : encore ne serait-il pas toujours nécessaire de les lire. Qu'on en sache seulement par cœur un certain nombre de sentences ou d'aspirations : il n'en faut pas davantage pour occuper l'âme une heure, et même une journée entière. C'est un abus repris par Jésus-Christ, de multiplier si fort dans la prière les paroles et les actes (1). Il vaudrait bien mieux s'en tenir à un verset qui nous frappe, s'en nourrir en silence, le répéter de temps en temps, en demander l'intelligence, le goût et la pratique, et laisser ensuite Dieu opérer en nous ce que nous lui demandons. Saint François ne passa-t-il pas toute une nuit à dire : Mon Dieu et mon tout! Que de choses ces deux mots renfermaient pour lui! Mais il fallait être un saint François pour en pénétrer tout le sens.

Par là on se disposerait insensiblement à entrer dans le recueillement intérieur, et dans la véritable oraison, qui n'est autre chose que la contemplation et le goût de la vérité. Combien la lecture des psaumes ne serait-elle pas plus profitable, si Ton s'arrêtait ainsi sur chaque verset; si on le savourait doucement; si on le laissait fondre, pour ainsi dire^

(1) Matth VI. 7.

dans la bouche du cœur; si on lui donnait le temps de répandre son baume dans l'âme, et d'y produire tout son effet? Mais pour cela il faut être animé de l'esprit de la grâce, et avoir une tendance habituelle vers Dieu.

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