‹ Morale tirée des Confessions de saint AugustinChapitre 65 sur 76 · DÉFIXITIOX DE LA VIE HEUREUSE · texte numérisé non relu

DÉFIXITIOX DE LA VIE HEUREUSE

Lfi vie heureuse est lu joie qui naît de la vérité.

Bcata. . . \ita est gaudium de veritate. Lib. x. cap. xxiii n. 33.

Les hommes grossiers et livrés à leurs sens ne conçoivent point d'autre honheur pour l'âme que celui qu'elle goûte par l'entremise du corps. Cependant quel que soit ce bonheur, autre est celui que l'âme est capable de goûter par elle-même. Dire qu'une substance spirituelle, intelligente, parce qu'elle se trouve unie à une substance matérielle par la volonté de Dieu, n'est susceptible que de sensations; qu'elle n'a point ses plaisirs à part; c'est une erreur trop visible, pour qu'il soit besoin qu'on la réfute. Prétendre même que les plaisirs analogues à l'âme, et de môme nature qu'elle, n'ont pas une tout autre vertu pour la rendre heureuse, que les voluptés sensuelles, ce serait avancer une fausseté, reconnue pour telle par tout ce qu'il y a eu de grands philosophes , d'hommes amis de la raison et de la vertu.

L'âme a donc des plaisirs qui n'appartiennent qu'à elle, où le corps ne contribue pour rien; des plaisirs

purs qui n'oîit aucun rapport aux objets sensibles : et c'est dans des plaisirs de cette nature que doit proprement consister sa béatitude. Pour conuaître quels sont ces plaisirs, il suffît de faire attention aux deux facultés principales de notre âme, qui sont l'entendement et la volonté. Ces deux facultés ont le même objet considéré sous deux rapports. Comme vérité il appartient à l'entendement; comme bien il appartient la volonté. L'âme humaine veut connaître la vérité, non pour s'arrêter à une connaissance froide et stérile; mais pour l'aimer, pour la posséder, pour s'y unir étroitement ; et cette union qui est le terme où elle aspire, fait son bonheur. Ainsi, saint Augustin a bien défîni quand il a dit que la vie heureuse, c'est la joie qui naît de la vérité.

Et par ce mot de vérité, il ne faut pas entendre quelque chose d'abstrait et de purement idéal, ni certaines vérités particulières et détachées; mais la vérité réelle et substantielle ; la vérité universelle et transcendante^ qui renferme éminemment en soi toutes les vérités particulières ; la vérité infinie, en un mot, qui ne peut être que Dieu. Toute sagesse, toute beauté, toute bonté, toute perfection est comprise dans la vérité ainsi entendue. Qui dit la vérité, dit l'être ; et qui dit la vérité suprême, dit l'être suprême, l'être par essence, l'être infiniment parfait : par conséquent l'être infiniment heureux par la jouissance de luimôme. Cet être est tout intelligence et tout amour: son bonheur inséparable de lui consiste à se connaître et à s'aimer. Par une suite nécessaire la con-

naissance et l'amour de cette suprême vc^rilé fait le bonheur de toute substance douée de la faculté d'entendre et d'aimer.

Or, telle est notre âme. La vérité entendue est l'objet de son intelligence; la vérité goûtée est l'objet de son amour. Elle ne cherche que la vérité ; elle li'aspire qu'à la possession de la vérité; elle ne se repose que dans la vérité. Le faux n'a, ni ne peut avoir par luimême aucun attrait pour elle. Comment désireraitelle de connaître et d'aimer ce qui n'est rien? Aussi elle le rejette; elle Ta en horreur. De quelque manière que ce soit, si elle s'y attache, c'est qu'elle est trompée, le croyant vrai. L^erreur reconnue pour telle, soit en genre de connaissances, soit en genre de biens, ne saurait plaire à aucune substance intelligente, même la plus maligne, la plus perverse et la plus corrompue. Dès qu'elle s'aperçoit de sa méprise, il est nécessaire qu'elle renonce à ce qu'elle prenait pour vrai, et qui se trouve faux; à ce qu'elle prenait pour bon, et qui se trouve mauvais. Cela est sans aucune exception. . La vérité est donc le bien de l'âme ; et la suprême vérité est son souverain bien. Elle est heureuse à proportion de ce qu'elle la connaît et la goûte. El comme elle ne peut ni la connaître parfiiitement, ni lui être indissolublement unie ici-bas : de là vient que son bonheur en cette vie est imparfait en lui-môme, et incertain quant à sa possession, parce qu'elle peut toujours le perdre par sa faute.

Mais si elle a l'avantage de terminer cette vie dans la connaissance et dans l'amour de la vérité, sarécom-

pense dans l'autre vie sera de la voir à découvert et de l'aimer, autant qu'elle se sera rendue digne de cette grâce, avec l'assurance d'en jouir toujours. Sa joie sera donc pleine alors, selon la promesse de Jésus- Christ; et jamais personne ne la lui ravira (1).

Nous voulons tous être heureux. Toutes nos pensées, tous nos désirs, toutes nos actions ne tendent qu'à ce but. Si le bonheur n'est autre chose que la joie produite par la possession de la vérité, c'est-à-dire de Dieu, attachons-nous donc dès à présent à le connaître, à l'aimer et à le goûter. Méprisons toutes les connaissances frivoles qui peuvent amuser la curiosité de l'esprit, mais qui ne la contentent pas. Rejetons tous les faux biens qui ne sauraient nous causer aucune joie solide, qui laissent toujours un vide dans notre cœur, qui passent comme l'ombre, et que nous quitterons ^ans retour à la mort. Entrons dès cette vie dans le royaume immortel de la vérité; faisons-la régner sur nous, afin de régner un jour avec elle. Notre bonheur commencera du moment que nous la connaîtrons et que nous l'aimerons; il croîtra chaque jour dans le temps, jusqu'à ce qu'il parvienne à sa consommation dans l'éternité.

(1) Joann. xvi. 22.

POURQUOI l'on aime ET L'ON HAIT LA VÉRITÉ.

On aime la vérité, lorsqu'elle se montre elle-même ; on lu huit, lorsqu'elle iiou-s découvre à nous-mêmes.

Amant eain (veritatem^ liicentem, oderunt cam redarg;ueutera. Lib. X. cap. XXIII. n. 34.

Dieu a mis en nous un amour intime de la vérité, qui fait que nous ne voulons être trompés en quoi que ce soit, lors même que nous nous étudions à tromper les autres. Mais en même temps il se trouve en nous un autre amour aussi contraire à la vérité, qu'il est contraire à l'ordre et à la règle. C'est l'amour dépravé de nous-mêmes, qui est une suite de l'imperfection essentiellement attachée à toute nature créée, et dont le péché originel a augmenté considérablement la force et le désordre. La vérité nous est chère, tant qu'elle n'est point en opposition avec notre amourpropre. Mais quand elle vient à le contredire et à le choquer, nous la haïssons, nous la repoussons, nous la méconnaissons. Voilà donc deux amours qui se combattent dans notre cœur, qui s'en disputent l'empire, et dont l'un s'efforce continuellement de bannir l'autre. Voilà la source des contrariétés que l'homme découvre en soi, et qui Tétonnent; et l'explication claire de tous les mystères qu'il offre à la réflexion.

Pour peu qu'on ait apporté de soin à s'examiner,

on a dû s'apercevoir mille fois de l'opposition et du conflit violent de ces deux amours. Quels charmes n'a point pour nous la vérité, quand sa lumière brille, et ne nous blesse point ! Mais combien ne nous est-elle pas odieuse quand elle offense l'amoiir-propre, et qu'elle attaque ses prétentions ! De quelque part qu'elle vienne alors, fût-ce de celle d'un ami, avec ■quelques ménagements , quelques adoucissements qu'elle nous soit proposée, quoiqu'elle se présente dans le temps et sous l'aspect le plus favorable, elle est mal accueillie; et lors môme qu'on s'y rend à la réflexion, le premier mouvement est presque toujours de lui résister.

La vérité a droit de régner partout et sur tout. On reconnaît sans difficulté son empire ; on s'y soumet avec joie, si l'amour-propre n'y est point intéressé. Mais cet amour veut aussi régner de son côté : il exige que tout plie sous lui; et pour l'ordinaire il ne croit pas aller en cela contre les droits de la vérité, parce qu^étant aveugle, il tient pour vrai, pour juste, pour raisonnable tout ce qui le flatte. Il méconnaît donc le plus souvent la vérité, et la traite de mensonge. Mais combien de fois aussi ne s'élève-t-il pas contre la vérité connue, et ne prétend-il pas l'emporter sur elle ! Alors sa vue l'irrite ; il Tattaque, la poursuit, l'étoufFe et l'extermine autant qu'il est en lui. La vérité, dont la force est invincible, résiste d'abord à son adversaire ; elle fait entendre sa voix impérieuse ; et quoique obligée de céder pour le moment, parce que la volonté pervertie prononce contre elle^ elle ne cesse de plaider

sa cause, de réclamer contre l'injustice, et défaire valoir ses droits, jusqu'à ce que, forcée par l'obstination de l'amour-propre, elle se réduise au silence, et se réserve à parler dans un temps où elle est sûre de triompher.

De là ces combats furieux et continuels dontle cœur de l'homme est le théâtre ; de là ces agitations, ces remords, ces cris de la conscience ; de là cet état cruel 011 le coupable se fuit soi-même, bannit toute réflexion, redoute l'aspect de la lumière qui le condamne, et brise le miroir qui la lui présente.

Mais quoi ! la vérité est-elle donc moins belle en ellemême, lorsqu'elle nous montre nos erreurs, nos vices et nos désordres? En a-t-elle moins d'autorité, moins de droit de nous subjuguer? Sommes-nous infaillibles? Sommes-nous parfaits? Sommes-nous irrépréhensibles? Qui nous redressera donc, qui nous corrigera, qui nous reprendra, si ce n^est la vérité? Les mômes passions, les mêmes excès qu'elle nous fait condamner en autrui, pourquoi trouvons-nous mauvais qu'elle les condamne en nous ? Voulons-nous que la vérité ait deux langages, ou qu'elle ne dise à chacun que ce qui lui plaît, et qu'elle prenne toutes les couleurs de nos préjugés et de nos penchants? Si la vérité n'est plus notre règle, mais signons sommes la sienne, n'agissons donc plus en créatures pleines d'erreurs, de mensonges, de vices et de défauts ; comportons-nous comme si nous étions autant de dieux, autant d'êtres infiniment parfaits. Car il n'y a que Dieu en qui la vérité ne puisse rien trouver qui ne soit digne de toute

louange. Pour nous, s'il est des choses où la vérité nous approuve, il en est beaucoup plus où elle ne peut se dispenser de nous censurer et de nous condamner. Et elle ne doit jamais nous être plus chère, ni plus précieuse qu'en ces rencontres, où elle nous rend les plus importants services.

Nous' l'aimons quand elle nous applaudit : mais c'est alors qu'elle est dangereuse pour nous, non par elle-même, mais à cause de notre faiblesse, qui nous expose à la vaine gloire, à l'orgueil, à la tentation de ravir à Dieu la louange qui lui est due pour Ib bien qui est en nous. Ainsi, au lieu de l'aimer alors, nous devons la craindre. Mais quand elle nous reprend, elle n'a rien qui ne nous soit avantageux et salutaire : car elle tend à nous rendre meilleurs : à quoi nous ne parviendrons jamais, si nous ne nous connaisscpns tels que nous sommes. Et de qui pouvons-nous espérer ce bon office, sinon de la vérité? Nous sommes trop aveugles sur nous-mêmes, trop portés à nous flatter et à nous tromper, pour pouvoir nous connaître au juste par nos propres réflexions. Si nous aspirons donc à cette connaissance qui nous est si nécessaire, il faut appeler la vérité à notre secours, n'écouter qu'elle seule, et la bien recevoir, par quelque voie qu'elle daigne se communiquer à nous.

Or la vérité, c'est Dieu même. Il nous connaît parfaitement : il nous aime ; il veut nous sauver et nous rendre heureux ; €t lui seul en a tous les moyens en son pouvoir. Prions-le donc, avant toutes choses, de nous éclairer de sa lumière intérieure ; de nous dé-

couvrir nos défauts; de nous donner la force d'en supporter la vue, l'humilité pour en convenir, le courage pour les attaquer et les surmonter. L'oraison est la principale source où il faut puiser cette lumière ; puisque par l'oraison l'on communique immédiatement avec Dieu : et il est impossible qu'une âme qui s'adonne à cet exercice, n'en sorte avec plus de connaissance d'elle-même. Puisons encore cette divine lumière dans la lecture des saintes Écritures et des ouvrages de piété. Puisons-la dans les avis d'un ami lidèle, et surtout d'un confesseur animé de l'esprit de Dieu, à qui nous découvrions entièrement notre âme, afin de le mettre à portée de nous bien conduire. Conjurons-le de ne nous rien déguiser, de ne nous épargner en rien ; et n'imputons qu'à notre délicatesse les ménagements dont la sagesse et la discrétion lui feront une loi à notre égard.

ou l'ame trouve dieu.

Où vous ai-je trouvé pour vous connaitre, sinon en vous au-dessus de moi?

Ubi... invcni la ut discercin to, nisi in te supra nie? Lib. X. cap. XXVI.

Où l'homme doit-il chercher Dieu- pour le trouver? Par quelle faculté de son âme le découvre-t-il? Et par quelle autre faculté le goùle-t-il? Trois questions

qu'il est à propos d'approfondir, et dont il nous importe extrêmement d'être bien instruits.

Puisque, selon l'apôtre saint Paul, c'est en Dieu que nous avons la vie, le mouvement et l'être : il semble que nous ne devons pas le chercher ailleurs qu'en nous-mêmes. Il est bien vrai que pour cette recherche, il faut rentrer au-dedans de soi, s'étudier, réfléchir sur sa propre nature. Il est vrai encore que la connaissance de nous-mêmes nous conduit à la connaissance de Dieu.

Néanmoins saint Aug^ustin a raison de dire que Dieu se trouve, non en nous, mais en lui-même audessus de nous. Il est en nous sans doute par son immensité; il y est par son opération immédiate, sans laquelle nous ne pourrions ni subsister, ni agir ; il y est par sa grâce, soit justifiante, soit actuelle: car sa grâce, c'est son action surnaturelle ; et son action n'est pas distinguée de lui-môme. Mais son immensité ne le fait être en nous, que parce qu'elle nous fait être en lui. Nous sommes bien plus dans l'air que nous respirons, que l'air n'est en nous : à plus forte raison sommes-nous plus dans l'être immense de Dieu, qu'il n'est en nous. Ce n'est donc pas en nous qu'il se trouve , comme quelque chose de renfermé dans nous : c'est plutôt en lui que nous le trouvons, et que nous nous trouvons nous-mêmes.

Pareillement, son opération qui nous conserve, qui nous met en état d'agir, qui agit avec nous, nous est plus intime que notre être même, et tout ce qui se passe en nous : elle est le fondement de notre sub-

stance, l'âme de noire âme, le principe et la vie de nos actions. Nous sommes donc encore à cet égard beaucoup plus en Dieu, que Dieu n'est en nous. 11 en faut dire autant des opérations surnaturelles de la grâce, soit sur l'entendement, soit sur la volonté. Ainsi, sous quelque rapport que nous cherchions Dieu, nous le trouvons en lui-même au-dessus de nous; et en môme temps nous en lui, et lui en nous d'une manière ineffable.

Mais par quelle faculté le découvrons-nous? Est-ce par la mémoire? Est-ce par le raisonnement? Est-ce par la simple intelligence? Je ne balance pas à dire que c'est par la simple intelligence, par ce rayon pur de la raison, par cet œil de l'âme qui saisit les objets spirituels. Car c'est l'intelligence qui guide le raisonnement : c'est elle qui pose les principes, et les vérités universelles et plus connues, d'où le raisonnement infère les conséquences, et déduit les vérités particulières et moins connues.

Or, le premier principe, la première vérité, la plus universelle, la plus connue, c'est Dieu. Dès que la raison commence d'éclore, la première idée qu'elle aperçoit, est celle de Dieu : elle l'aperçoit, dis-je, d'une vue directe, et sans y réfléchir encore. Et il faut bien que cette idée soit la première qu'elle aperçoive ; puisque si la notion de Dieu lui manquait, elle serait incapable de toute notion morale. Aussi personne ne peut se rappeler l'époque oii l'idée de Dieu s'est présentée à lui : tant elle est ancienne et naturelle; tant elle précède toutes les autres idées spiri-

tuelles, qui tiennent à celle-là comme au maître anneau de la chaîne.

Quant à la mémoire intellectuelle , la seule dont il peut s'agir ici : il est clair que n'étant autre chose que le dépôt de nos idées, il faut qu'elle les reçoive de l'intelligence et de la faculté de raisonner.

Je conclus de là que tout enfant, en qui l'intelligence est tant soit peu développée, a l'idée de Dieu : puisque c'est sur cette idée qu'il porte son premier regard, et que c^est par elle qu'il commence à discerner le bien et le mal moral. Tant qu'il n'a pas l'idée de Dieu, j'entends toujours l'idée directe, il n'a pas encore une étincelle de raison ; et si dans un âge plus avancé il ne l'avait pas, il faudrait le mettre au rang des stupides.

Il ne peut donc y avoir d'athées qui nient de bonne foi l'existence de Dieu, ou qui aient des doutes réels sur ce point. Car on ne combat jamais de bonne foi la vérité des notions primitives qui sont la base de la raison; jamais on ne la révoque sérieusement en doute. Gela n'est pas plus au pouvoir de l'homme, qu'il ne lui est possible de s'empêcher d'être raisonnable. Ces notions sont les premiers principes sur lesquels portent les jugements et les raisonnements : et il n'est pas libre à quiconque a l'usage de la raison, de s'abstenir de juger et de raisonner sur la moralité des actions humaines.

Si cela est, que penser des partisans de l'athéisme? Que ce sont des hommes très-corrompus, et de la plus insigne mauvaise foi. S'ils sont gens d'esprit, croyez

que l'existence de Dieu contre laquelle ils se déclîTrent, leur est pour le moins aussi bien démontrée qu'à ceux qui s'épuisent en raisonnements pour leur prouver une vérité si évidente.

C'est peu de connaître Dieu spéculativement : le point capital est de le goûter; c'est-à-dire, de l'aimer, de craindre de l'offenser, de se plaire dans l'observation de sa loi, de désirer de le posséder. Ce goût de Dieu appartient au cœur ou à la volonté, qui est la maîtresse faculté de l'àme. Mais comme Dieu est infiniment pur, pour le goûter il faut que le cœur soit pur, c'est-à-dire, qu'il soit droit, qu'il tende au bien, et qu'il ait horreur du mal que la conscience et la religion lui font connaître pour tel. Le goût de Dieu est à la fois le principe et la récompense de la piété et de la vertu. Car c'est Dieu lui-même qui se fait goûter à nous, s'unissant clroitement à la volonté, la pénétrant, lui inspirant un amour au-dessus de tout amour. C'est toujours lui qui commence cette union, soit qu'il excite par des motifs naturels la volonté à l'aimer, soit qu'il mette en elle l'habitude infuse et surnaturelle de la charité. Si la volonté répond par sa fidélité aux avances de Dieu, son goût, son amour pour lui prend sans cesse de nouveaux accroissements, qui n'ont point d'autre terme que celui de la vie. Ainsi, l'accroissement de cet amour en est dès ici-bas la récompense ; et il sera dans l'autre vie la mesure de notre bonheur éternel. Appliquons-nous donc à purifier notre cœur, à le dégager de tout ce qui peut être un obstacle au goût de Dieu ; à ce goût qui passe toute

suavité, et dont nous n'aurons pas plutôt essayé, que nous perdrons, comme saint Augustin, le goût des choses de la terre. •.

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