DANS QUELLES DISPOSITIONS IL FAUT REVENIR A DIEU
Voilà que je vous découvre mes blessures : vous- êtes le mérJecin , je suis le malade ; vous êtes plein de miséHcorde, je suis plein de misère.
Ecce vulnera mca non abscondo : medicus es, aeger sum; misericors es, miser sum. Lib. x. cap. xxviii.
A qui s'adressera une âme toute couverte de plaies, sinon à celui qui a le pouvoir et la volonté de les guérir? Quel est le médecin des âmes, si ce n'est Dieu? Y en a-t-il, peut-il y en avoir un autre? Ce qui nous blesse spirituellement, c'est ce qui l'offense; et il n'appartient qu'à celui qui a reçu l'offense de la pardonner. Pourquoi donc ne pas recourir à lui avec confiance dans nos maux? Nous sommes misérables; mais il est la miséricorde même. Sur quoi veut-on que la miséricorde s'exerce, sinon sur la misère qui est son propre objet? Ce qui nous arrête, ce qui nous éloigne même de Dieu, c'est l'orgueil : nos autres maux seraient peu de chose sans celui-là. C'est l'orgueil qui en l'ait la principale malignité; c'est l'orgueil qui en empêche la guérison, parce qu'il ne nous permet ni de les reconnaître, ni de les déclarer.
Un pécheur effrayé de ses blessures, qui en voit toute la profondeur et tout le danger, qui les expose
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devant Dieu avec humilité, et qui lui en demande la guérison avec une ferme foi, est déjà guéri^ ou ne tardera pas à l'être. Car puisqu'il sent son mal, il cesse donc de l'aimer ; il commence même à le détester, à l'avoir en horreur. Puisqu'il en connaît tout le danger, il craint donc la justice divine, il en redoute les vengeances, il est frappé du malheur éternel qui l'attend, s'il venait à mourir en cet état. Puisqu'il découvre humblement à Dieu ses blessures, il est donc disposé à en faire l'aveu au ministre établi de Dieu pour y appliquer le remède. Puisqu'il en sollicite avec confiance la guérison, il la veut donc, cette guérison^ il l'espère, il l'attend de la bonté de Dieu; il aime Dieu sous ce rapport de bonté, et de miséricorde infinie; il est touché d'un véritable regret de lui avoir déplu, et résolu de ne le plus offenser à l'avenir. Si ces sentiments ne suffisent pas toujours par eux-mêmes pour justifier le pécheur, il est du moins certain qu'ils le préparent à recevoir la grâce de la justification dans le sacrement de pénitence.
0 vous qui lisez ceci, et qui êtes peut-être tenté de désespoir à la vue de la multitude et de l'énormité de vos péchés ; qui vous dites à vous-même : non, Dieu ne me pardonnera jamais, je Pai trop offensé : vous faites injure à sa bonté ; vous succombez à la plus dangereuse tentation du démon; vous vous ôtez toute ressource, et vous consommez votre réprobation. Si l'orgueil ne rend pas votre mal incurable, il ne l'est pas.
Entrez donc dans les sentiments que saint Augustin
VOUS suggère. Exposez voire âme devant Dieu : la vue de vos blessures ne peut lui inspirer que de la compassion. Dites-lui : Voyez, Seigneur, l'état oi!i je me suis mis pour m'être éloigné de vous, et avoir pris pour guide mes passions. De ma part, je me suis perdu sans ressource ; mais vous êtes assez bon, assez puissant pour me sauver. Me voilà enfoncé dans la boue : et plus je veux m'en tirer par mes propres efforts, plus je m'y plonge. Tendez-moi la main, Seigneur, et délivrez-moi : je n'attribuerai mon salut qu'à vous seul. Oui, j'espère en votre miséricorde : plus mes maux sont grands, plus je suis assuré qu'ils vous touchent. Vous pouvez me condamner et me punir ; je l'ai mérité : et si vous l'aviez voulu, il y a longtemps que je serais dans l'enfer. Mais jamais une âme qui a recours à vous, qui met toute sa confiance en vous, ne se perdra : vous ne le souffrirez pas.
Pécheur, si Dieu vous inspire de telles pensées, rendez-en grâce à sa bonté. Si vous les écoutez, si vous les suivez sans balancer, votre salut est proche, il est assuré. Ne voyez-vous pas que ces pensées salutaires ne sont pas de vous? elles naissent dans votre cœur; mais ce n'est pas votre coeur qui les produit; il ne dépend pas de lui de se les donner. Elles ne vieiment pas non plus du démon, qui veut votre perte, et qui ne peut que vous endormir dans une fausse sécurité, ou vous pousser à un affreux désespoir. C'est donc Dieu qui en est l'auteur : elles sont un effet de sa grâce; c'est sa voix qui vous parle au cœur; c'est sa lumière qui vous éclaire sur le danger de votre âme; c'est son
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attrait qui VOUS touche, qui vous remue, qui vous invite de revenir à lui : mais s'il vous attire, s'il vous presse, il est donc disposé à vous recevoir; s'il fait les premières démarches , il veut donc sincèrement vous pardonner. Tout offensé qu'il est, il vous aime encore, puisqu'il vous offre votre grâce, et qu'il n'exige autre chose de vous, sinon que vous la lui demandiez, en avouant que vous ne la méritez pas. Un tel aveu n'est-il pas juste? Peut-il vous être pénible? Dieu peut-il vous demander moins? Voulez-vous qu'il vous pardonne sans que vous ayez reconnu et détesté vos fautes? Cela ne doit pas être; cela ne sera point.
Approchez donc avec humilité du tribunal de la miséricorde. Que la confusion couvre votre face, et ne vous permette pas de lever les yeux. Frappez -vous la poitrine, comme le publicain ; frappez ce cœur source de tous vos péchés. Voici le coupable. Seigneur; mais il en convient; mais il en est humilié; mais il en est repentant. Dites ensuite avec le même publicain : Seigneur, je suis un pécheur, soyez-moi propice (1). Je n'ai que des crimes à vous présenter : mais Jésus-Christ , votre fils et mon sauveur, vous présente son sang pour les effacer. Il a versé ce sang pour moi sur la croix ; il vous l'a offert pour moi : répandez-en seulement une goutte sur mon âme , et elle sera purifiée. Si vous ne regardez que moi, mon Dieu, vous ne voyez rien en moi qui ne provoque votre justice, et qui n'excite votre
(1) Deus propitius esto uiihi peccatori. Luc. xviil. 13.
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indignation. Mais si vous regardez Jésus-Christ, qui vous demande pardon pour moi, qui vous le demande au nom de ce grand sacrifice par lequel il s'est immolé à votre gloire : pouvez-vous ne pas vous laisser fléchir? Ah ! qu'il est aisé d'obtenir grâce, lorsqu'on paraît devant Dieu avec une douleur sincère de ses péchés, et que se confiant en Jésus-Christ, on le conjure d'employer pour nous sa toute-puissante médiation ! Si ce moyen de réconciliation manquait à notre religion, j'ose le dire, elle serait imparfaite : et c'est alors qu'elle serait désespérante. Mais peut-on ne pas rendre hommage à sa divinité; peut-on ne pas l'aimer, quand on considère dans la rémission des péchés le merveilleux accord de la bonté infinie de Dieu avec les droits rigoureux de sa justice?