XX PREFACE
philosophie des idées-forces est une philosophie de la conscience. Son rôle a ('te précisément de resliluei' à la conscience on à ses états la réalité vraie et Veffîcacilé, conséqueinment la primauté spéculative, germe de la primauté pi'ati(iue. Elle s'est elforcér de détruire la conception de ['idée -reflet. On s'obstinait à traiter la pensée et la conscience d' « épiphénomènes » sans influence et sans valeur. Etranii'c ('pi[)lién(iniène que celui sans lequel il n'y aurait plus aucun i>liéuomène. aucune apparence pour une conscience ! Je veux bien que la pensée soit un .s/z/'-phénomène, mais dans le sens uù on parle du sur-liomme ; la [)ensée, en elVet, est au-dessus de tous ces phénomènes qui n'existent comme tels que pour elle, conformément h ses propres lois, (Mi même temps (ju'aux lois de l'uuivcrs. Mais ce n'est pas seulement celte véi'ité, inébranlable depuis Descaites et Kant, que la doctrine des idées-forces a remise en lumière; elle n'a [»as seidenu'ut montré dans la pensée un sujet nécessaire à tout objet. Elle y a révélé une condition d'activité et de puissance, lui facteur du devenir, une force. Le prétendu épiplu-nomène entraine des phénomènes nouveaux, des existences et des actions (pii, sans lui, n'eussent ()as vu le jour. Coujme nous l'avons déjà remarcpié plus liant, c'est sous le rappoi'tde la causalitt' et de Vaction, non [las seulement de la représentation, i\\\v nous avons toujours considéré les idées. Par cela même, nous avons pu les envisager aussi sous le r;qq>ort de la finalité et nous en avons rétabli la dignité supérieure. La primauté de la conscience n'est pas seulement théorique, comme exprimant la (Vindilion premièi'e de tonte conuaissiuice; elle est aussi prali(|ue. coinnu' exprimant la condition première et le bnl idtiine de l'action : elle a puin- conséquence, en morale, le caractère inestimable el inomimensui'able de la persoiuialité' consciente.
11. — Considérée au point de vue des objets, la pliiloso- [»hie des idées-forces est une idiibtsoidiie de valeurs se conféraid l'eflicacité par la conscience d'elles-mêmes.
Les Allemands divisent V(dontiers en trois groupes
RAPPOIVrS AVEC LA PHILOSOPHIE DES IDEES-FORCES XXI
les doctrines philosophiques : 1" celles qui s'elTorcent d'alleindre les objets et de les exprimer dans un système : c'est la tendance objective et systématique; 2° celles qui ramènent tout à la théorie de la connaissance et ne prétendent pas atteindre l'existence ; 3'' celles qui se contentent de valeurs subjectives, créées parle sujet doué de volonté ou de « puissance » ; telles sont les doctrines de Guyau et de Nietzsche. On a symbolisé ces trois positions philosophiques en disant (pie, pour la philosophie systématirpie et objective, il y a équation de la pensée et de la réalité : pensée = réalité ; pour les partisans de Tépistémologie, la réalité déi)asse la pensée : pensée < réalité; enfin, pour le troisième groupe, la philosophie étant révaluation du réel par la pensée selon les besoins de la connaissance et de l'action, il s'ensuit que la pensée dé[)asse la réalité : pensée > réalité (1 . N'y a-t-il aucun moyen de ramener à une synthèse la direction objective, la direction épistémologiipie, la direction subjective prise par la philosophie de l'évaluation ? C'est ce que nous croyons pour notre part, c'est ce que nous avons tenté de faire. La philosoi)hie des idéesforces, à la fois théorique et pratique, est essentiellement la réunion des trois points de vue. Elle pose d'abord des idées, donc des modes de connaissance accompagnés de sentiments et (fimpulsions. Ces idées sont des valeurs, puisqu'elles j)ortent sur des vérités, sur des biens, sur du beau, sur de l'utile, et ces valeurs deviennent pratiques par elles-mêmes grâce à la force de réalisation qui ap[)artient aux idées.
La philosophie que nous soutenons est donc bien une philosophie d'évaluation, comme celle de Guyau et de Nietzsche, mais non d'évaluation illusoire ou artificielle , comme Timagine Zarathoustra ; elle est une philosophie de valeurs fondées sur la connaissance et rexistence. et qui. grâce à ce qu'elles contiennent de conforme au réel, ajoutent au réel et le perfectionnent.
fl) Hofrding, Philosophes Contemporains. Voir le rhapilre intitulé : Alfred Fouillée el la philosophie française conleniporaine.
XXK PREFACE
'11. — Au i)oinl de vue du ra|t|)()rl cnhT le sujet et l'objot, la philosopliie des iilées-rorces apparaît comme une théorie de la liberté pratique conciliée avec le déterminisme. Le rôle de celle pliilosophie a «dé de rétablir, au sein du déterminisme même, Tidée de piiissonce indépendante, alors ((u'on avait représenté le i\cterminisme comme réduisant la volonté à l'impuissance et là la servitude. Kn outre, la pliilosophie des idt'esforces a rétabli dans la « puissance >• le progrès indéfini, qui permet à 1 "auto-déterminisme de se dépasser sans cesse. Par là, semble- t-ii, soid lombé'cs les murailles où le déterminisme avait d'abord emprisonné les volontés. A un instrument de compression et d"op|)ression s'est substitué, par l'idt'c même de liberlt'. un in«^lrumeiit d'expansion et de (h'iivrance. De coactil", le déterminisme est devenu j)ersuasir. par Taclion du scrUimeut et de Tidée : de nécessitant , il est deveiui lib«''rateiu\ Ce chan^icment n'a pas moins d'imporlance (|ue les autres en morale, où il entraîne la Iranslormation de l'idée d'impéralir. Si c'est là un résultat à la fois scientiliipu^ et pliilosopliique, on ne saurait, croyons-nous, le dénier à la doctrine des idées-forces.
En même temps qu'elle est une pliiloso[dii(' Ar la pensée «d du sentiment, cette doctrine est ime philosophie de l'action et de la volonté. IMiisipie les idées elles-mêmes sont des vahMirs et des causes, la [tensée est déjà l'action à son dc'but ; la théorie morale est la prati(pie cpii commence. De |»lus, nous avons fait voir dans notre I^laUtn et mdre Socrnle. puis dans lu l.iht'rlr cl II' (h'ii'rminismc, que la pralicpie est parfois obli^'é'C de (b'dinrdei* la Ihé'oi'ie ou, du UKuns, les rertiinfli's de l;i tlié(U'ie pour se contenter des possihililés v\ /'l'nhahilitrs. l/idé'c (pi'/7 />//// 'i;/ir. cpu' s'ohsh'nir serait encore af^ir, est elle int ine une idt'C active. La morale praticpu' est une [tcrpétuelle srdulion de l'ait, plus ou moins inexacte, n)ais prc'dV'rable en -^on inexaclitutle à rindiiïé'i'cnce et à l'inerlie. .Nous avons mordre aussi, dans la /'si/rho/ot/ie des ith^es- forces, (\\w l'action détermine pour sa pail le (diamp de la pensi-e, ses lois mêmes et ses fornu's. La sélecdion fait le tria^'C