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DOIT-ON FONDER LA SCIENCE MORALE

1. Nécessité des principes. — IL Kn quoi consistent les londenienls dune science, el, en iiorliculier, de l;i science nioiiile.

NECESSITIi DliS PRINCIPES

« Uiiaiid jai eu Iroiivé mes principes, lotit le reste ost venu à moi. » L'alTaiblissement de l'esprit philoso-' pliique el même du véi'itablc esprit seieiitilii|iie s'est toujours reconnu, dans l'histoire, à l'absence de « principes et à lexclusive domination des vues pratiques. Non moins ^[uv Montes(|iiieu, Auguste Comte dc'plorait la dispersion «les sciences en spécialités sans lien (Mitre elles. Aujourd'hui, quelques philosophes ou sociologues veulent l'aire de la morale une sorte de si)écialité sur laquelle on travaillerait sans se [)réocciiper d'en criti- <iuer et d'en justifier les bases. Pour nous, loin de faire fi des principes, nous croyons (pi'ils sont l'essentiel. Y substituer la pure étude de faits biologiques ou

XXVIU INTRODUCTION

sociologi(]iies, c'est vouloir faire marcher une montre sans y introduire le grand l'essorl. Les siècles à venir seront de plus en plus des siècles de lumières. Espérer que l'homme obéira les yeux bandés, soit aux dogmes religieux, soit aux institutions sociales, soit à Tintérét social, soit même aux lois de la « vie ->, c'est croire que l'homme se fera machine, alors qu'il devient chaque jour plus réiléchi et plus raisonneur. Vainemeiil on nous invite à délaisser pour les questions [U'ati(iues du jour la paix des « questions éternelles ". — Dites plutôt, hélas ! le tourment des questions cleinclles. Les problèmes du jour ne peuvent vraimeid se résoudre (|u'en vertu de raisons qui les (h'passent: Lacluel dépend du perpétuel. S'agit-il de savoir si le soldat doit désobéir à ses chefs cl même tirer sur eux, il faudra remontera la valeui' des iiislilidioiis militaires pour la défense de la [>atrie dans Ttlal luésenl de lEurope.puisà la valeur de lidt'e de pairie, [luisà la valeur de lidé-e d'humanité, et ainsi de suite. Le soium exclusif du parliculiei'est d'autant plusdcîplacé en morale i\\w la jusiiee consiste <'i agir selon des principes gc'ut'raux et même universels, ipii (h'passent l'individu et Theure pr'ésente. L'empirisme moral est aveugle et paralyli(pu>.

On a beau répondre : « La morale esl de Tordre de la vie, non de la sp(''culation »: (piand il s"agil de UKHU'ir pour son |)ays ou poui'le geni'c humain, il y a là, comme nous l'avons dit niaintes fois, inie spéeidalion en acte, um> spéculation vécue pendant un instant (jui aboulil à la mort même. Sans aller jnsipi'aux cas les plus <« tragiques ). de l'existence, n'y a-til pas encore du tragi(pu» dans toute détermination (h'sinti'ressée (|ui coTMe un saerilice.' I,e drame est beaucoup plus frécpu'ul dans la vie réelle (|u"on ne se l'imagine. -< La vie esl sérieuse » dit Schillei" : elle est souvent lri>-le, ajouterons-nous. Toute v(m1u inqdique courage, |»ers(''V(''rance, forée d'àme, abut'gation, renoncement, dévouemeid, ell'ori sin* soi, si pénible souvent qu'on faiblit sous le fardeau.

Hien loin de n'av<»ir |tas besoin d'élre foinb'e , la morale (dire ce earactere iiarliculier (pn-, de toutes les sciences normatives, elle esl la seule qui, pour se con-

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