‹ Morales des idées-forcesChapitre 20 sur 150 · INTRODUCTION XXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIX

slituor comme science et comme itrali<iue, ait absolument besoin (Trtre fondée sous tous les rapports. Elle exige des principes immanents qui lui permettent, en tant (pie science, de se suffire à elle-même et d'être vraiment indépendante. Les autres sciences, pour se développer théoriquement et passer ensuite à la pratique, n'ont pas toujours besoin de l'cmontcr à leurs principes premiers, ni surtout d'en examiner la validité et l'objectivité ; si elles réussissent à <' prévoir >• et à « pourvoir », elles ont rempli leur tâche la plus impoi'taide. Mais la morale est dans une situation toute dilVérente et ses exigences sont autrement impérieuses. Lîi pratique de la géométrie ou delà physi(pie ne change nullement avec les idées ipie nous nous faisons sur la valeur objective de Pespace ou de la matière; tout se l>asse pour nous comme s'il y avait un espace et une matière, cela suffit. Mais, si nous considérons la moralité comme une illusion, tout se passera-t-il en nous comme si elle avait une valeur réelle ^ .Nous serions trop naïfs de nous sacrifier à une apparence. Agir comme si les trois angles d'un triangle valaient deux dnjits, voilà (pii n'entraine pas le i)ius léger sacrifice ; au contraire, si nous agissions autrement, nous serions vite " attrapés ». Mais agir comme si la patrie ou riuimanilé avaient un di'oit supérieur à notre intérêt, à notre vie. voilà ([ui exige un sacrifice. Si, en dernière analyse, ce droit supérieur est imaginaire, nous nous serons attrapés nous-mêmes. .N'oti'e intt'rêt est toujours d'agir comme si deux et deux faisaient quatre, non pas cinq ; en mettant au fond d'un tiroir deux francs un jour, deux francs un autre, il m'est utile de compter sur une somme de quatre francs à dépenser, non sur une somme de cinq. Au contraire, ce n'est nullement mon intérêt d'agir comme si je devais sacrifier mon iidérêt.S'il est des géomètres de bonne volonté qui se contentent de dire : il est commode de croire <pie la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre, [)crsonne ne se contentera en morale d'une recommandation comme celle-ci : Suivez le droit chemin comme s'il était le plus commode. La moralité

XXX INTnODLCTlON

est, dans les occasions où elh» est vraiment en jeu. toni ce qu'il y a de moins commode. Les comme si ne sont plus de mise en cette atfaire. Personne ne voudra lâcliei' le réel jutur le conditionnel, la pnde j)our l'ombre. On ne peut donc se passer de l'aisons bien londées dans l'action morale, qui pose le grand problème : — Que vaut la vie et qu'est-ce qui fait la valeui' du « vivre » on. au besoin, du « mourir » ^ Que vaut l'individu humain et (ju'est-ce qui en constitue la dignité? Que vaut la société humaine? A-l-elle une valeur f»ar (MIe-mcme. ou par les [)ei'sonnes individuelles qui la composent et par le but universel qu'elle poursuit? — ('es problèmes sont inh'rieurs cl immanents à la morale, au lien de lui être extéi'ieurs cl transcendants, comme dans les auti'cs sciences. Tout acte moral en est nnc solution prati(pie, raisonnée ou irraisonnée, mais qui, dans les grandes occasions, se donne toujours à elle-même des raisons. De deux choses lune : ou l'idée morale est vraie, ou elle est l'ausse. Dans le premier cas, il faut la fonder par l'analyse et par la ci'iti(pie de ses éléments, de ses conditions, de ses origines ; dans le second cas, il faut lui enlever tout fondement objectif par cette même analyse et cette même ci-itique. Se dispenser d'examen et se servir, comme les sociolof^ues exclusifs, du « sentiment (Tobligalion » pris connue « fait », pour édilier une sinqtle physi(|ue des nnpin's, c'est l'abdication de la vraie science en même lenqis (pie de la vi'aie philosoidiie. On comprendrait (pu* la « science des mœurs » voulût rem|ilacer la morab rn la dé'truisant, mais qu'elle veuille " la remplacer sans l;i di'truire )> et en prenant pour « des donm'cs -> tous 1rs produits de l'intention morale, c'est là une (Miticpiisc (pii ne n(jus semble ni scientifiipu' ni pliilosopliiipic

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