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FONDEMENTS PSYCHOLOGIQUES DE LA MORALE XLV

qui ne deviennent arts qu'à travers une foule d'intermédiaires. Les qualités théoriques du fer et la technique du forgeron ne se rejoignent qu'après une quantité de moyens termes; mais il n'en est plus de même ([uand il s'agit de nous, de ce que nous pouvons devenir et de ce que nos semblai)les peuvent devenir. Comment, par exemple, réfléchir ou « spéculer » sur l'intelligence et la vérité, sans qu'il en résulte immédiatement une représentation de la vérilé comme fin immanente île l'intelligence, puis une propension eiïective vers la vérité?Qu'un Nietzsche arrive réellement à établir la théorie « haschichéenne » du « Rien n'est vrai », il aura justifié du même coup la pratique du « Tout esi permis ». La considération des fins n'est antiscientifique que là où ce ne sont pas les fins qui sont en question, comme en astronomie ; mais l'oubli des tins est à son tour antiscientili(iue là où ce sont précisément les fins et leur hiérarchie qui sont en question. Les fins immanentes à la nature humaine doivent donc contribuer à fournir les fondements psychologiques de la science morale.

L IDEK IJK LOI5JKT MORAL

Le second livre du présont volume traitera de l'objet de la moralité. Ici se posera un problème de la plus haute importance pour les principes de la morale. En ert'et, la vraie science de la conduite exige une classification théori(iue des objets, df^stinée à se changer en classification pratique. La connaissance du vrai bien ne peut être fondée objectivement que sur la détermination méthodique d'une hiérarchie des êtres et des actions selon leurs qualilés. Quelque difficulté qu'otïre cette qualification, nous verrons qu'elle peut d'abord se faire indépendamment de toute idée de loi morale et à un point de vue purement scientifique. L'échelle intellectuelle des qualités deviendra ensuite une règle de choix pratitjue, une échelle de valeurs ou d'idées-forces.

XLVI INTRODUCTIOX

Poup une morale piireineiit scientifique, les valeurs sont toujours relatives, qu'on les considère du côté du sujet on de robjet. L'existence de valeurs absolues ini pliquerait l'existence de l'absolu hii-mènie ; c'est là une question de métaphysique et de métamorale,à laqiu'lleon ne peut suspendre la morale comme science. D'ailleurs, en admettant l'exislence de valeui's absolues, la conformité de nos valeurs humaines à ces valeurs ne pourra être scientifiquement garantie ; nous ne pourrons jamais juger des premières (jue d'après les secondes. Notre idée de Tabsolu est notre idée ; elle est une idée de l'absolu relative à notre pensée. C'est ce (jui fait le cercle vicieux de la morale thcologique : elle veut faire de Dieu la principe de la morale, au lieu d'en faire, s'il y a lieu, un postulat à examiner dans les conclusions dernières de la morale. Nous transposerons l'idée même de l'absolu, en tant qu'idi'e de notre esprit, dans le relatif H dans riiumaiii, pour chercher quelle action celle idi'c y peut exercer et si cette action a sa place en morale. Au lieu de spéculer sui' le bien absolu, la morale des idées-forces, en tant qiu^ science, se liornera aux valeurs ultimes ou fondamentates^ c'est-à-dire leltes (pie l'analijKe ne puisse aller au-delà (1). Ces valeurs auront nécessairement des rapports avec l'expérience consciente, en dehors de laqiu^lle aucune valeur n'est pour nous concevable. Comme on le verra plus loin, une valeur dont on n'a pas la conscience ne vaut pas pour la conscience et, par conséquent, est pour nous comme si elle n'existait pas. Nietzsche a donc tort de substituer à ce qu'il appelle la « sur-estime de la conscience » une sous-estime encore plus inexacte. Notre conscience est la conscience de fonctions qui s'accomplissent en nous, fonctions intellectives, seiisitives et volilives ; la valeur est pour nous l'accompii-ssement aussi jtarfait que possible de ces foiudions ; elle

(1) Dans noli'fi Auenir <le la mâlaphiiaiifue fondée sur l'e.rpérienre, nous nvion:s déjà insisté sur Vullinie et le fomlanienlal comiiie substitut (Ir l'nbsolu il.ins ro\|i('rir;ti(<*. On Irnuvcr.i (roxcellciilcs con^iifli'T.Tlions sur ro snjol dniis une roni m uni cation <Jo M. \\';in«'r Evercll à la lroidit>me Assemblée «le VAsuocialion philo»nphiiiiie américaine. Voir Journal nf philoaophtj, jansicr l'.i07, ji. <i."..

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