FONDEMEMEXTS PSYCHOLOGIQUES DE LA MORALE XLVII
est la perfoeLioa fonctioniiolle sentie et jouissanL de soi.
La part inéluctable de relativité qui reste dans toutes nos idées leur enlève-t-elle leur valeur morale? Non. On a fort justement remarqué que la base même de notre système métrique, le mètre conservé aux archives, n"a pas lalon;;ueur exacte qu'il devrait avoir pour satisfaire à sa délinition. Est-ce que ce défaut d'exactitude a entravé les progrès de la physifiue et même de l'aslronomie ? « (Certes, si le mètre des archives avait été remis à Moïse sur le Sinai, il aurait de ce clief, aux yeux de certains lidèles, un caractère apparent de certitude que la Convention n'a pu lui donner ; en serait-il plus absolu? » Dira-t-on que les lois physi(iues de l'électricité et de la pesanteur n'existent pas [)arce nous ignorons ce qu'est en soi l'électricité ou la pesanteur ( l) ?
Il y a une relativité inhérente à toutes les valeurs ; c'est leur nécessaire relation avec nous-mêmes tels que nous sommes constitués, non pas seulement avec nos désirs, mais aussi avec nos idées et représentations. Si, d'une part, les objets sont désirables parce que nous les désirons, d'autre part, nous ne les désirerions pas si nous ne les connaissions pas, si n(jus n'avions pas l'idée de ces objets, de leurs lois indépendantes de nos désirs, de leur valeur indépendante de nous, de leur place et de leur rang dans le monde. La connaissance ou la science donne donc à certains objets la qualité de désirables, qu'ils n'auraient pas eue sans elle ; elle la leur donne par l'/rfee, où toute connaissance se formule et se résume. La vérité elle-même est désirable et désirée, parce qu'elle satisfait notre instinct intellectuel et rationnel, non moins vital que les autres ; nous ne pouvons donc, sans cesser d'être hommes, être indiil'érents à la vérité non humaine, h la vérité indépendante de l'homme. Ainsi se révèlent, d'une façon inextricable, et la relativité des valeurs subjectives et la conception de la vérité objective.
Selon la doctrine des idées-forces, toute vérité est une
(1) Ces remarques sont de M. Brunot, lauLcur des lectures sur la Solidarité qui su-^cilèrcnl à l'Académie des Sciences morale>î une si longue et si intéressante discussion (l!)0.")j.
XLVllI INTRODUCTION
relalion de solidarité, l(»ulo loi déconvorle par liiilolligence et fixée dans une idée est un lien qui donne lieu à d'autres liens solidaires les uns des autres. Ces liens objeetifs entraînent à leur tour des liens suhjeetil's. En eftel, ils lient noire inlelligenee ou, si Ton veut, mttre instinct intellectuel et rationnel, dont ils sont la salislaction en même temps que la loi; or, du même eoup, ils lient les instin^'ls estlitHi(|ue, moral et social, parce que ces intérêts, chez tout homme normalemeid constitué. Sont eux-mêmes rattachés à l'instinct intellectuel par d<'s solidarités indissolubles qui constituent la persoinu' vt'rité est donc une solidai'ité iiderne en même temps même. La qu'externe et, de plus, une solidarité entre l'externe et l'interne. Au fond, cette solidarité est un déterminisme indissolublement objeclil' et subjectif, (pii prend conscience de lui-même et de son réseau d'inlinies relations niuluellemenl impliquées. Ce qu'on nomme Vohlii/filion est un lien de rêrilè, uuc relalion de solidarité indissoluble eidi'e l'intelligence, la sensiblité et la volonté, qui sont elles-mêmes indissolublement solidaires des rapports objectifs, h)is ou liens des choses. Nous sommes « engagés », comme dit Tascal ; et il ne s'agit pas {\e parier simplement, mais de connnilre et, si on no comiait pas tout, (Vat/ir selon ce (pTou connaît, sehm ce (pi'on jHMise comme meilleur et plus vrai. Tel est, au point de vue des objets, le sens le plus pr(d'ond (pic peut prendre la morale de la solidarité, outre celui quelle reçoit dc'jà de la soliilarité' intime cpii, dans toute conscience, unit l'idée du sujet à l'idée de tous les autres sujets. En un mot, la vi'rité ■< oblige " parce qu'elle lie les (dijels entre eux, les objets ;<u sujet, le sujet aux autres sujets; elle est solidarité outre l'iiommo et le monde, solidariti' entre les divers liommes ; elle est sociale parce (prclleestcosmi(pie ; elle est morale parce quelle est cosmi(pie et sociale, surtout parce qu'elle est psychiipie et que nous sommes nous-mêmes un ensemble de lois incarnées ef vivantes d(>nl la solidarit«'' interne fait notre individii.diti'. La doctrine des idées-forces ramène ainsi à runilé la morale antitpie de la vérité « en soi » et la morale moderne do la solidariti'