‹ Morales des idées-forcesChapitre 40 sur 150 · FONDEMENTS EPISTEMOLOGIQUES DE LA MORALE L\I · texte numérisé non relu

FONDEMENTS EPISTEMOLOGIQUES DE LA MORALE L\I

Il faut savoir, par exemple, si la force imprrative (ui persuasive du bien moral n'est quiine pure apparence, si la liberté que semble impliquer Tobligalion et même, jusqu'à un certain point, la « persuasion .>, est aussi une apparence, ce qu'il y a de vrai et de faux dans le sentiment que nous avons de notre volonté indépendante, de notre « responsabilité », de notre " dignité », de notre « devoir », de notre « droit «, etc.

Ce n'est pas à dire que la validité absolue de nos idées, y compris l'idée morale, puisse et doive être établie pour que la morale conserve sa valeur propre. Nous nous trouvons ici en face du doute «pii pèse sur toute conception humaine, alors même que cette conception résulte de notre constitution comme êtres pensants. Ce doute ne peut être levé. Bien plus, dans l'ordre moral, il devient une condition de désintéressement ; c'est lui qui, selon la loi des idées-forces, communique à l'obligation un caractère primitivement jx'rsuaaif, au lieu d'un caractère primitivement impératif.

Si nous n'avons pas de certitude positive en laveur de l'idéal moral, il faut pourtant que nous n'ayons pas contre lui de certitude négative ; en d'autres termes, si nous ne sommes pas sûrs de sa vérité absolue, encore faut-il que nous ne soyons pas sûrs de sa fausseté radicale. Supposez qu'on démontre, par exemple, que la moralité est une façon dont la nature et la société nous plient à leurs fins, par suite d'actions et réactions à la fois mécaniques et organiques, notre moralité conserverait sans doute une validité comme moyen biologique et social, mais elle perdrait sa valeur de fin personnelle; elle deviendrait, au point de vue de l'individu, une erreur, tout en gardant sa vérité au point de vue de l'espèce ou du groupe. Si, par raisons démonstratives, l'individu était absolument convaincu d'un tel état de choses, il est douteux que, dans les grandes occasions, il voulût se sacrifier.

Le philosophe doit maintenir avec énergie la valeur psychologique des idées morales, contre ceux qui ne leur attribuent qu'une validité sociale. Quand je dis que le philosophe doit procéder ainsi, ce n'est pas

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