‹ Morales des idées-forcesChapitre 41 sur 150 · LXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXII INTRODUCTION

pour sauver la morale aux dépens de la vérité cl en vue de lutilitc; c'est, au coniraire, parce que j(> considère comme une vérité la valeur inlrinsèciue de rinlelligenee et de la connaissance, de la volonté, de la puissance sur soi ou sur la nature, du pouvoir d'aimer, enfin de la joie qui accompagne Texercice de toutes les fonctions psychiques. Or, ce sont là, comme nous le verrons, les valeurs primaires, qui se résument dans la bonié intrinsèque et extrinsèque. Nul n'a jamais i)rouvé, par des raisons iri'érulabies, (|ue ces valeurs soient illusoires.

La doctrine des idées-forces, ici eneoi'e, a Tavantage de conserver une solidité (pii lui est propre en présence des résultats les plus hardis de la ci'iti(|ue ; car, encoi'C une fois, l'idée morale existe certainement comme idée, et ses effets ne sont pas illusoires, alors même (juil y aurait dans ses élémenls une j)art d'illusion, Klle agit et, en conséquence, elle n'est i»as une pure chimei-e. Elle se confère à elle-même une validité en se concevant et en se réalisant.

Cette considération nous amène devant un problenje nouveau : celui de reflicacitc' jtratitpie.

l'ItOItLKMK L)E L lil IICAtMTK l'IiATInUK

Dans la science (|ni a |>oiii' ohjrl la pralii|ue, on ne peut être indillerent aux elIVls |»rali(pi(;s des idées. C'est vraiment là qu'on juge l'arbre à ses fruits. Si un jardinier grelle l'amer sur le doux au lieu de grelTer le doux sur l'amer, il est jiei'mis d'en induli'e ipie S(Hi système est faux; cpiand im uK'decin lue selon les règles, ses règles sont fausses. 1/examen des consé- (|uences a sa place dans louir rcclierclM' scieidilique. La science, en ellet, s'occupe de toutes les di/J'ércnces entre lesclioses;la dilïerence enti'e les conscMpiences de doctrini's fiartantde f>rincipeb dillérents ne saurait donc être en dehors de l;i science. (>e (|ui est vrai, c'est ipie

FONDEMENTS EPISTEMOLOGIQUES DE LA MORALE LXIll

la considération de telles on telles conséquences pai*ticnlières ne doit pas empêcher l'élude directe des principes généraux. Aussi sommes-nous des premiers à rejeter les arguments superticiels de l'école de Cousin, qui se dispensait trop souvent d'analyse et de critique pour s'en tenir à Tutilité sociale. 11 n'en demeure pas moins vrai que relTicacité pratique est nécessaire à la science, toutes les fois que ses objets ne sont pas absolument hors de notre action et, pour ainsi dire, de nos atteintes. On peut d'ailleurs se demander si jamais les objets d'une science quelconque sont indépendants de notre activité, de notre contrôle, de notre vérilication au moins partielle par l'expérience. C'est en ce sens que d'une façon ou de l'autre, la science, doit « réussir «. Sans admettre comme suflisante et « adéquate » la théorie du succès dans le domaine du savoir, nous reconnaissons que l'on justifie pratiquement certaines formules et conventions matliématiques, parfois bizarres, en disant : « Cela réussit >i. C'est que, grâceàces formules, nous Unissons par avoir prise sur le réel, par l'interpréter ou parle modilier. Elles contiennent donc en elles-mêmes certains raj)jiorts vrais, en harmonie avec les rapports des choses. H faut de même que la moralité ait une eftîcacité et un su CCS dans le domaine du réel: il faut que les idées auxquelles elle se suspend soient des forces capables de réalise i)rogressivement leuro bjet.

L'argument de Guyau relatif à la puissance dissolvante des idées est une importante application de la théorie des idées-forces; mais il faut en bien saisir la portée et le sens. L'idée rélléchie n'est une force de dissolution pour l'idée spontanée et confuse, pour le sentiment ou pour V'msWncl, rju autant qu elle en dévoile l'irrationalité intime ou quelle les ramène à des éléments fjui en sont la contradiction. Si un La Rochefoucauld ou un Nietzsche parvenait réellement à déc(nivrir tous les éléments de l'amour pi'opre sous rajjjtarence du désintéressement, ceux de l'orgueil sous la modestie, ceux de la cupidité sous l'abnégation, pourrais-je encore prendre au sérieux ce qui me semblait

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