‹ Morales des idées-forcesChapitre 60 sur 150 · CATEGORIES DE LA OL ANTITE. DE LA OLALITE ET DE LA RELATION · texte numérisé non relu

CATEGORIES DE LA OL ANTITE. DE LA OLALITE ET DE LA RELATION

L'idée de quantité joue un rôle considérable dans la morale objective et dans la théorie scientifique des biens, par cela même que, dans la nature, la quantité a une part considérable. La science ne trouve-t-elle pas sa suprême condition d't^xactitude dans la mesui'c des <iuaidités? Cependant, lidée de ([uaidité ne se sul'lit |»as: il IhuI toujours demander sur quoi porte le rjuanlum, <le quoi il y a quantité. L'étendue même et la durée son! déjà des qualités, non de la (piantité pure, qui serait indétermination pure. L'intensité ou quantité intensive est encore [ilus visiblement la quantité d'une qualité. Au point de vue physi([ue. l'inlensiU' i»orte toujours sur des qualités relatives à nous : résistance, lumière, chaleur, son, etc. Au point de vue psychologique, ce sont les états qualitatifs qui admettent un degré et une intensité : la douleur, le plaisir, l'attention, l'elTort etc. On est allé jusqu'à dire que l'intensité n'est qu'une qualité particulière, un certain changement dans la qualité même, ([ue nous traduisons ensuite en langage de quantité par les termes plus ou moins : plus agréable, moins agréable, plus chaud, plus froid, plus léger, plus pesant, etc. Certes, à chaque degré d'intensité, il y a un état sensilif sui generis qui lui correspond et nous le révèle; mais ce n'est pas une raison pour admt'lfrc, avec M. Bergson, que les états psychiques excluent la quantité intensive au même titre que la quantité extensive. Pour notre part, nous soutenons : 1" que l'intensité (>st toujours en nous celle «l'une qualité, mais n'en existe pas moins et n'en agit que

davantage ; 2" qu'une intensité diflérente répond à une qualité ditférento et à un mode de conscience spécifique, qui ditlrre qualitativement des autres degrés intensifs; ''\" que iintensité des états mentaux constitue leur force efficace (1).

De ce qui précède, on peut conclure (ju'il existe un ])reinier moyen scientifique et objectif de liiérai'i'liie, tiré de la r/uaniité même des (jualilcs. Quand un être a toutes les (pialitt's positives d'un autre être, jilns d'autres caractéristiques positives que ce dernier ne {lossède pas, par exemple le sens de la vue qui manque à l'aveugle, le physiologiste et le psychologue déclarent cet être à bon droit siqtéi'ieur ; ils lui attribuent une vie plus intense, plus puissante, plus forte.

Si la morale des idées-forces peut classer et graduer les êtres au point de vue des catégories de la (piantité et de la (pialih', (MIc peut aussi les classer à un troisième i)oint de vue, celui de la relation. Toute qualité, d'ailleurs, inq>li(|ue une rel;ili(ui : les deux catégories sont iiisépaiablcs. La qualili' n'est jamais isolée, autocrate cl se suffisant à elle-même ; elle suppose louj(»urs qu'une relation s'est ('tablie entre l'être eonsid('M'('' et b's autres êtres, et ce rapport peut prendre une multitude de lormc>. Le rt'duirc tout entier, avec les pseudo-d.irwinisles tels (pie Metzsclic, cà la relation mcc;iiii<pit' du plus fort au |dus failde. c'est ne voir (pi'un seul des iunombrables aspects de l;i relation mutuelle, (pii peut être soit cfiiisalilé cl rèciprocilc ddclion, soit /iiuililc et réciprorilc de finalité.

Sous le rajiport des ranste.f et e/Jets ou de la détermination n''ci|iro<pie, nous concevons des déterminations nmtuelles plus vastes à la fois et plus centralisées. I*our(pioi h' système stellaire nous parait-il objectivement plus important (pie le simple mouvement d'un fruit (|ui l(Hube(le larbre? Parce (pu'lepremiercoiupreiidlout

(I) \«iir nolio l'utjrholiujie des idées-furceK. l. I.

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le second et renferme les conditions générales de gravitation qui détfM'minont la chute particulière du fruil. Parallclemcnt, uii;N('\vlt)ii ciui s'élève de la chute d'une pomme à la gravitation universelle nous parait supérieur au paysan 'pii se boi'ne à porter ce jugement : une pomme est tombée de mon pommier, je vais la manger.

Même dans le rapport de la substance à Taccident, qui est une des catégories de la relation et très voisine de la causalité, la science peut trouver un principe de classilication hiérarchique. La substance, quoi qu'elle soit en elle-même, sans qu'il y ait besoin de la concevoir sous forme ontologique, peut être considtM'ée comme ce dont l'action causale, par sa persistance, rend possibles et unit entre eux les changements; elle parait alors supérieure aux simples accidents.

Entin, juscpie dans les trois catégories de la modalilc, intimement liées, elles aussi, à celle de la relation causale, la hiérarchie apparaît : nous plaçons le possible au-dessus de Timpossible, lV.r/s/an/ au-dessus du nonvxistant, le nécessaire, conçu comme ayant en luimême la raison de sa possibilité et de son existence, au-dessus du contingent, conçu comme ayant besoin dune autre condition pour exister. H ne s'agit pas ici de se lancer dans des spéculations métaphysiques : nous constatons des faits d'expérience et des vérités positives : la morale des idées-forces prend toutes les catégories scient i/îrjiiement.

H va encore, avons-nous dit, une catégorie de relation toute différente des autres, celle de finatité, qui permet des jugements de classification manifestement hiérarchii[ue. Nous ne prétendons iniilemciil nous perdre dans les rêves des cause-tinaliers. Nous ne parlons que de la finalit('' interne et immanente. Mais cette dernière linalilé n'est-elle pas visible dans tout être vivant? Autrement dit, le mécanisme d'un vivant n'apparait-il pas toujours, sous un autre rapport, comme organisme ? Ap[)arence insurmontable pour nous,

liommos, qui saisissons en nous-mêmes une finalité, c'est-à-dire notre volonté, notre désir, notre eUbrl, notre force, notre nisiis vital, notre vie.

Que l'on considère les classifications des natiu'alistes. Tous ont coutume de dire, il est vrai, qu'ils ne s'occupent pas de fins atteintes et de progrès, mais seulement iVe/fets liés et d'éroliilion : ils n'apprécient pas, ils constatent. Certes, s'il s'agit de progrès au sens moral ou même simplement métaphijsif/iic, leur dire est soutenable. Mais, quand ils se {)laisent à nionlivr comment une forme rudiinentaire d'organe est allée se compliquant et s'unifiant tout ensemble d'une espèce animale à une autre, ou simplement d'une espèce végétale, supposée insensible, à une autre, également supposée insensible, est-ce par vice de langage qu'ils nous représentent un organe et une fonction comme supérieurs chez tel animal ou clie/ tel végétal ? Peuvent-ils s'emi>êclier, quand ils parcoureni tous les degrés de comidicalion de l'appareil resjjiratoire ou circulai oii'C, d'y voir des degn's de perfectionnement, de quelque n)anière que ce perfectionnement ail été obtenu ? V a-t-il. par exemjde, 1" une vie plus intensive et plus exiensive chez un chêne (\\\e chez une mousse rudimentaire. chez un homnie que chez une monère? T une vie plus durable et plus protensive ? 8" une vie plus variée et plus nnilii'e? Ne lïd-cc (pi'au j)oint de vue méeani(/ue. il y ;i donc là jiro(/ri's, et, comme ce mécanisme a jioni- circl la vie, il y a jti'ogrès or(/fini(/ue et tiiolixfujue.

Que de fois on a rappelé et connnenlc' le mol d'Auguste Comte : l'inférieur se comprend par le siqx'i'icur ! Non seuhMueid, ajouterons-nous, il se comprend, mais il se ctasse et s'àratue parrappoi'l au supérieur. Nul ne songe, encore un coup, à ressuscitei' ranli(|U(' linalilé externe; mais, comme l'a fait rcmar(|uer un philosophe, autre chose est de dii-e ipieles organes inlc'rieurs d'une vipiM-c scird utiles |»(jur la faire vivre, et auli'C chose est de dire <pie la vipère elle-même a une idilitc', surtout pour

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l'homme qu'elle mord. La vipère peut se classer sous le rapport delà finalitt' interne, c'est-à-dire deradai)tation des organes ou foni'tions à la vie et aux conditions externes de la vie ; il est permis, sous ces rapports , de déclarer la vipère plus ou moins réussie, plus ou moins bien constituée, plus ou muins adaptée aux conditions du milieu. l*our la classer, on la comparera non seulement aux animaux inférieurs, mais encore et surtout aux animaux supérieurs, où ce qui n'était qu'ébauché se montre sous des formes plus achevées. Si la locomotive à pied, qui fut d'abord inventée,' se retrouvait un jour dans le sol à l'état fossile, auprès d'une locomotive à roues et à rails, le mécanicien aurait-il de la peine aies classer ? Il y a certainement des animaux qui l'ont l'etfet d'une locomotive à pied ou d'un simple char antique par rapport à certains organismes où la complication la mieux unifiée produit les etfets les plus nombreux et les plus sûrs.

Si maintenant on veut tirer des inductions générales des sciences de la nature, le vrai sens du procès cosmique ou de révolution, pour la doctrine des idéesforces, c'est que Vexislence dépend des qiudilà^ et que la quantité extérieure ou intérieure est elle-même une qualité spécifique. L'existence momentanée dépend de qualités momentanées, l'existence durable dépend de (lualités durables. Toute qualité est une condition et un moijen pour l'existence ; elle est aussi un titi-e à l'existence. Les qualités supérieures entrainent une réalité supérieure, une puissance ou force supérieure et, sous un certain rapport, une valeur supérieure. Dans le inonde des forces mé'cani(|ues elles-mêmes, ce sont les qualités de la force qui l'emijortent ; la supériorité de force, sous ce rapport, est une supériorité de qualité : masse, pesanteur, etc. Dans le monde de la vie, c'est la supériorité qualitative de la vie qui assiu'e l'existence à l'individu, surtout à l'espèce ; et nous avons vu celte supériorité se ramener à une i)lus grande intensité d'action dans une i)lus grande variété d'eUels,

ce qui constitue plus de force active. Les deux catégories de la réalité et celle de la qualité, loin d'être en antinomie irréductible, sont donc en progressive harmonie. A chaque degré delà présente existence, il va des qualités (pii expliquent cette existence, mais, comme ces qualités ne sont jamais complètes, elles appellent toujours quelque chose qui les dépasse et mérite mieux de durer. L'idéal réalisé fait surgir de son sein un idéal nouveau dont le premier était la condition ; de plus, toute idée étant force, l'idéal nouveau est une force nouvelle qui tend à réaliser son propre objet.

Ainsi conçu conformément à la philosophie des idéesforces, le procès cosmicpie n'est plus en opposition avec le procès moral. Ce dernier, au contraire, doit être la continuation du premier, (piMl dirige en son vrai sens. La morale est selon la vie et selon la nature, pourvu qu"(ui entende par nature, comme nous l'avons dit ailleurs d , la réalité totale, non telle qu'elle apparaît d'un point de vue particulier et provisoire, mais telle qu'elle est ou se fait par sa perpétuelle action, surtout par Vidée de soi (ju'elle acquiert et ([ui est ellemême efticace. Non seulement la moralité suit la nature, mais aussi elle la précèfle et la guide. Elh^ ne semble l'abolir que pour la restaurer en son intégrité essentielle, elle ne semble contredire son langage (|ue j»our mieux faire entendre et retentir à rinlini le mot universel.

CLASSIFICATION IH.S KTIIKS HT IiKS lONCTIUNS KN srtCIOLOGIE ET EN PSYCHOLOGIE

De même qu'une esi»èce peut être, sous certains rapports, comparée scientili(piement à une autre et

1) Voiries ronriusions de iioU'c livre «ur le Moralisme de fùinlel l'amoralisme conlemporain.

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déclarée supérieure par le naturaliste, de même les sociologues, eux aussi, doivent classer les sociétés dans un ordre hiérarcliique, selon la quantité extensive, protensive et intensive des unités composantes, selon leur qualité, selon leur variété et leur unité, selon leur complication et simplification simultanées. Mais ce ne sont là que des caractères relativement extérieurs. Le sociologue apprécie encore la nature intime et la perfection plus ou moins grande des fonetions sociales, soit en vue de la conservation des collectivités, soit en vue de leurdéveloppement matériel, intellectuel, esthétique, politique, juridiijue, etc. 11 est bien clair que, en sociologie, les considérations de bonheur et de moralité finissent par jouer un rôle, mais c'est seulement à la fin de la science, non au commencement. Si même, par abstraction, on supprime toute idée de bien sensible ou moral, il restera encore entre les sociétés bien des distinctions matérielles et intellectuelles, qui permettront de les classer objectivement et de leur attribuer une valeur diirérente.

En psychologie, on peut aussi établir une hiérarchie entre les diverses fonctions ; on peut considérer des qualités ou combinaisons de qualités comme supérieures aux autres, en faisant abstraction de tout agrément et de toute moralité. Convenez-vous d'appeler meilleur ce qui est plus parfait, comme faisaient Platon et tous les Grecs, vous pourrez appeler Tètre possédant le sens de la vue meilleur que Tétre qui en est dépourvu, et cela sans considération ni d'agrément ou d'intérêt, ni de moralité ou de désintéressement. Il est vrai qu"on peut objecter: — Si le sens de la vue vaut mieux ([ue sa j)rivation, c'est à cause des plaisirs ou avantages qu'il apporte avec soi. Et c'est bien là, à cou[) sur, la première raison de la supériorité de la vue. -Malgré cela, est-il certain que, même chez un être insensible par hypothèse au plaisir et à la peine, nous ne considérerions pas la [lerceplion visuelle, toute froide et indifierentc qu'elle fût, comme une qua-

lité par rapport à son absence chez un être non moins insensible ? 11 y aurait chez le premier, nous l'avons vu, une c'omi)lexité plus grande ; et sur quoi porterait cette complexité? Sur des états et sur des actes, sur des impressions et des réactions. Le physicien trouverait là un mécanisme à la fois plus varie et plus unilié ; ne lut-ce qu'à ce point de vue, on aurait une machine plus perfectionnce que l'autre. En outre, par rapport aux fins mûmes de toute machine naturelle, le biologiste ne pourrait oublier que les sensations et perceptions engendrent un ensemble d'ellets qui, considéré d'un autre côté, devient i)Our la vie une série de moyens en vue de réagir suv le monde extérieur. Sous ce nouveau rapport, qui est celui de ï'orf/anisation, le clairvoyant est supérieur à l'aveugle. Enfin, comment le psychologue nierait-il que l'être qui a plus de sens peut percevoir davantage et. par le moyen de la perception, produire plus d'effets volontaires? On doit donc dire (pril est supérieur en intelligence e( en puissance. Sii/térieiir n"a encore ici, scienliliquement, que ce sens: (jiianlilé et intensité plus grandes de fonctions intetlectnelles et art ires.

l*areitlement, rintelligence paraît au itsyeholugue luu^ qualité supérieure à l'inintelligence. Dans rintelligence même, nous avons vu (jue la psychologie peut établir des (leg!'(''s. Quand la pensée s'appli(iue aux objets extérieurs et devient science, elle est avant tout une connaissance de lois et de nécessités, im déterminisme de raisons (pii, lui-même, inq>li(|ue toujours des rais(»ns de temps et de lieu, par conséciuenl un mécanisme. De la sorte, comprendre scienti/i(/uement\cs choses, c'est les ramènera un uK'canisme. llien de mieux (piand il s'agit de choses considérées sous un asjiecl purement mécani(|ue, par exemple les mouvements du système solaire et stellaire. En ce cas, comprendre n'est i»as détruire: c'est construire. Mais s'agit-il d'êtres vivants et pensants, surtout d(^ nous-mêmes, la dissection intellectuelle ou réduction à un d(''tcrminisme méca-

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