‹ Morales des idées-forcesChapitre 66 sur 150 · IDKE-FORCE DU MONDE INFINI · texte numérisé non relu

IDKE-FORCE DU MONDE INFINI

I. Concoplion de limmensité; son effel moral. — II. Conception <ie la vie universelle : son efTel moral.

CONCEPTION DK L IMMKNSITK ; SON KKI-ET MORAL

L'idéo-force direelrico do la morale ohjcclivc est «elle de runivers, tel (|iie nous concevons qu'il es/, <ju"il devrait être et qu'il devra èlre pour l'intelligence qui rembrasserait d'une vue aussi complète que possible. Cette intelligence est celle que, par pure iiypolhèse, nous attribuerions à un esprit qui serait capable de saisir le tout. Évidemment, nous ne pouvons ici que projeter dans l'infini notre intelligence supposée sans ses limites, projection qui donne lieu à des objections théoriques de toutes sortes. Mais, Tomniscience fût-elle impossible absolument parlant, il y a néanmoins un état idéal de connaissance qui s'en rapproche ; en passant à la limite, on peut donc imaginer une vue adéquate de l'univers. Par là, l'homme conçoit un monde id('al et intelligible, c'est-à-dire le réel qui doit être un jour et sera un jour, pai'ce qu'il €St seul rationnel. Celte idée suprême de la pensée ne peut pas n»' j»as se traduire dans l'activité de l'être pensant. Quelle action e.xercera donc ridée-force du mcjudc inlini, sous ses divers aspects ?

Tout d'abord, elle apparaît comme idée de retondue infiiiie et de la durée infinie. En morale, rinfluenee qu'on doit attribuera ces deux notions, c'est de servir à la conception scientifique et pratique de ['universel. Elles nous arrachent en partie à nous-mêmes et nous obligent à nous dépasser ; elles sont les formes les plus larges de Vobjei qui n'est pas nous, qui du moins n'est pas nous seuls. Elles constituent donc déjà une délivrance du moi individuel, borné à tel point de l'esitace ou du temps et qui, à vrai dire, est le corps. Elles commencent à éveiller non pas seulement le « tourment de Tintini », mais aussi l'attrait de l'intini :

L'absolu, l'éternel ; rien après, rien avant. Hors de cet horizon, lesprit n'est pas vivant (1).

Nous voudrions, en quelque manière, remplir l'immensité et l'élernité. Nous croyons d'ailleurs les remplir par ce qu'il y a de plus intime en nous, et de là vient le mot de Spinoza : — Nous sentons, nous éprouvons que nous sommes éternels. Du moins l'idéefopce de l'éternité nous fait-elle, en tant que nous la concevons, vivre dans l'éternité. Et S[)ino/a eût pu ajouter: — Nous sentons, nous éprouvons qu'il y a en nous une certaine immensité. Nous pouvons |»articiper à l'immense et à l'éternel non seulement j)ar Texislence et la pensée, mais par l'action, en prenant pour but un bien conçu comme nous dépassant de l'inlini, {)rojeté idéalement dans la pt-rennité du temps et dans l'immensité de l'espace. Nous agissons alors inlentioimellemenl en vue du tout, nous voulons unirersellenienl ; doii il est permis d'induire que, d'une certaine manière, nous vivons universellement ou, si vous préférez, que nous vivons la vie universelle.

(-e qui est incontestable, c'est qu'un être concevant l'inlinib' du monde acquici'l, par cela même, la cons-

(1; \iclur IIuj,'o.

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