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CONSKQLENCES RELATIVES AU PROGRICS ET A SON TERME

L'idée de progrès ou û'évoliilion doit être à son tour entendue en un sens supérieur, que les hégéliens admettront tous et que doivent aussi admettre les positivistes ou évolutionnistes. Le bien collectif, nous l'avons

(1) HenrvJonc?. /bid.

(2) Ibid. '

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VU, n'atteint sa pleine réalitt' ([n'en constituant et non en snpprimant la personnalité individnelle : la [personne individuelle n'atteint sa pleine réalité qu'en réalisant en soi les biens communs à tous : connaissance du vrai, amour du beau, volonté du juste, effort vers l'idéal. Dès lors, selon les principes liéjj;éliens que nous venons de transposer en termes d'expérience, évolution individuelle signifie évolution sociale, évolution sociale signitie évolution individuelle. S'ell'orcer d'assurer l'un des progrès en entravant l'autre, c'est les trahir tous les deux (I). Ce n'est pas une entente mutuelle ni même un compromis qu'il faut trouver, c'est une vraie conci/ifilion, c'est une union progressive, impliquant déjà, sur les points essentiels, Viinili'. I/indivi- (liialisine sans universalisme, l'universalisme sans individualisme mutilent également le réel au profit d'abstractions; Vhommc complèlcnwnl (léreloppê dans la socif'lé comjilèlemcnl développée, voilà le terme réel du progrès. Ce n'est donc pas, comme on le croil vulgairement, par la limitalion des droils individuels, c'est i)ar {"expansion de ces droits que Vàsociélé peut et doit avancer. De son côté, VindividaalUé ne |>euf et ne doit avancer (pie par Ve.rpansion, non par la limitation ùcs droils sociaux .i^{){\\\nvn l'individualisme exclusif et le socialisme exclusil" gagneraient à enti'er en contact avec la dialectique platonicienne et hégélienne, mais transformée par cette loi d'auto-réalisation dans rexpérience qui. selon nous, aiqiai'tient aux idi'cs !

Le but du [)rogrès humain est que la vie de tous et la vie de chacun soient tellement unifiées que le suprême int(''rét i»ersonnel no se distingue plus du sii|^rème altruisme. I*ur idéal, sans doute, mais dont on doit se rap[>rocher sans cesse. Si. dès à présent, nous concevons cl aimons cet idéal, nous en commençons la iv'alisation : il y a là une idée-force à l'ortilicr de plus en plus, à rendre finalemenlinvincible non par une nécessité extél'ifMirc. mais par une s|)(»nfan('if('' interne. Tel est l'objet de Védiicalion, au sens le jilus large de Ce mol, comme des

(1 ) Henry Joncs. Ibid.

mœurs et de toutes les institutions sociales, l/édiica- ■ tion de la personnalité individuelle consiste en une pénétration progressive de la société au sein de l'individu. Faire battre dans le cœur de chacun le cœur de tous, faire penser dans le cerveau de chacun le cerveau de tous, voilà l'idéal social et moral l).

Cette fin indique les moyens pratiques, qui deviennent les deroirs moraux. Puisque le progrès de la société implique le progrès des individus qui la composent, il faut 1" que ces individus deviennent de plus en plus conscients des relations qui les lient, T qu'ils se conforment volontairement à ces relations. Celte correspondance de rindividu avec les rapports nécessaires qu'il soutient comme membre d'un monde d'êtres conscients ' de soi, voilà, selon les hégéliens, la matière même de la morale (2j. Celle-ci exige que les hommes aient l'idée d'eux-mêmes comme inséparablement liés dans une unité qui impose, avec des services mutuels, des devoirs mutuels. La conscience morale consiste, pour l'individu, à se savoir et à se sentir engagé dans ce système qui le déjtasse et dont il n'est ((u'une partie ; elle est une relation au tout, relation que l'individu ne peut méconnaître sans avoir le sentiment d'une irrationalité et d'un mal.

Pour notre part, nous irons plus loin encore que les hégéliens. La moralisation effective d'un individu, selon nous, enveloppe par définition et en elle-même la moralisation simultanée d'autrui. .Te ne pourrais être parfaitement bon que si tous étaient bons (3). Pareillement, je ne puis être libre tout seul et, le pourrais-je, je n'ai pas le droit de l'être seul. Pour que je sois vraiment Hbre, il faut que les autres le soient ; pour que je sois personnellement libre, il faut que je sois universellement solidaire. L'individu, en un mot, ne peut atteindre le

(1 Voir plus loin, (|ii.'itiic'ino jiarlio. (2 Voir Dkwkv, Oullines of Hlhica.

('.\) Voir la Liberté et le Déterminisme et les Etudes de philosophie platonicienne ûana le tome IV de la Philosophie de Platon (a* édition).

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bien le plus liant pour lui-même s'il ne vil de telle sorte que sa vie contribue à taire atteindre aux autres le nuMiie bien : riiomme n'est moral et, en conséquence, riiomme n'est vraiment humain que dans une société morale.

Si nous considérons cette société en son idéal, de plus en plus réalisé par cela même qu'il se con(;oit, nous dirons : — Chaque membre dMne vraie sociélé if doit élre traité comme réciproquement moyen et fin. S'il n'était (jue moyen, il serait réduit au rang de chose ou de bien économi(iue, ayant « un prix ->, non une << dignité ».S'il n'était (|ue lin, s'il était Wnabaolue, les autres seraient rabaissés au rang de simples moyens par rapport à lui. C'est encore ici la syntlièsi' des points de vue qui est la vérité. Nous sentons instinctivement la nécessil('' de celte conciliation. Partout où nous trouvons des individus rpii ne sont (pic moyens ou que fins, nous comprenons (pi'il y a injustice, l/esclavagc. le servage ou même le salarial exclusif, en tant (pi'il réduit itarluis l'ouvrier à un instrumeid ipTon exploite, enveloppent inicpiité ; de même, un despote qui se pose en lin absolue et dit : « l'Etat, c'est moi », personnifie rinjuslic(\ Sous l'idée d'('<piilé connue sous celle de rralernitc, il y a la conception plus ou moins obscure de la vraie socit'li' nnu-ale, parlailc unil('' des hommes comme moyens et des hommes coinnie lins.

Pour conclure et n'suiner ce (pii pri-cede, nous devons r(''[>ondre au dileuiiui» que nous avions posé en ccunmeiicaut : — 1/homuie est-il tout entier défini par son individualité, comme le prétendent les Stirner et les Niel/.sciie, ou (^st-il tout tMdier le n'sulfat d'un concours de forces soi'iales, comme le souli(Minent les Pierre Leroux, les Comte et les .Marx? Nous venons de mudrer la synthèse où se concilient les deux termes : riionniu' est déîini tout à la fois par son individualité el par les forces sociales dont il est solidaire. Aumisle (lomte a iiosi' ce principe: <- Il ne

faut pas expliquer riiiimanité par riionime, mais riionime par rhumanité » ; selon nous, le principe opposé n'est pas moins vrai, et c'est l'unité des deux qji est le vrai. Dans les interminables discussions sur l'individu et la société, les systèmes adverses oublient que Faction et la réaction sont réciproques. Si le tout n'est rien sans les unités composantes, les unités, à leur tour, sont en grande partie déterminées par le tout : aucune n'est ce qii elle serait en dehors de l'ensemble, à supposer qu'elle put vivre en dehors. Il faut donc toujours cherclier riiarmonie des opposés. Pas (X individu pensant s'il n'y a au fond de sa conscience ce quelque chose d'universel qui confère à toute pensée un caractère de vérité; pas de vérité universelle s'il n'y a aucun sujet conscient pour la penser. La prétenduL' antinomie de l'individu et du tout, au point de vue intellectuel, est donc une chimère. De même, la moralité complète et réfléchie, c'est la vie raisonnable; or, no'js l'avons vu, la raison ne se développe que par le langage: elle a un caractère essentiellement universel, qui. dans la pratique, devient social : nous y avons reconnu la raison commune fl). L'individu ne fùt-il, par impossible, en rapport qu'avec des animaux oj même avec des êtres iinnimis, fût-il un ilobinson sans ancêtres tombé ex nihilo dans une ile déserte, il ne développerait sa raison (en quelle faible mesure!) ([ue dans et par ses relations avec les êtres qui lentourent, amis ou ennemis, utiles ou nuisibles. Mais, nous l'avons vu aussi, l'impossibilité d'un développement progressif pour l'individu en dehors de la société n'est pas la nullité d • toute inti'iligence et de toute raison. Corporellement. l'homme — au moins l'adulte — peut subsister par soi; spirituellement, il ne peut être lui-même sans les autres ; en dehors de la société, la personne humaine n'a plu.^ rien de parfaitement humain; sans la personne humaine, qui seule connaît l'uaiversel, la société n'a plus rien de vraiment univer-

(1) Voir livre I. rlmp. ii.

sol ni (riiiim;iiii. Si donc l'individu a besoin, pour se remplir, diin contenu collectif et d'idées-forcos sociales, l'universel et le social n'ont pas moins besoin, pour avoir vie et conscience, des sujets individuels, qui seuls donnent aux idées leur force praliiiue. La thèse et l'antithèse sont absolument inséparables et doivent se réunir dans une synthèse, dont le principe, auquel nous ne nous lasserons pas de revenir, est l'universalité immanente à la conscience de soi. la conscience de soi inhérente à toute véritable universalité.

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