L EDUCATION
société mieux organisée se défendra coUectivemenl avec une sûreté croissante contre les individus anormaux et nléf/aiix si on peut ainsi dire), qui seraient tentés, jusifue dans notre milieu moderne, de conserver les sentiments, les mceurs, les faits et gestes de la sauvagerie ancestrale. A ce minimum le reste viendra s'ajouter ; mais ce sera par la spontanéité des individus, que ne doivent jamais étoulïer les mécanismes sociaux et que ne doit jamais méconnciitre la science sociale.
l'éducation ; la ClLTirsE irClKNTIFIOUE ET MORALE
L'éducation est le grand moyen de faire vivre, au sein de l'individu encore enfant, les idées-forces de la collectivité, parvenue de siècle en siècle à une maturité plus grande. Élever, voilà le grand problème pratique pour le moraliste et le sociologue. Grâce à la plasticité du cerveau humain, on peut créer au sein de la conscience individuelle une conscience vraiment sociaU% assez intense et assez extensive pour que l'individu subordonne de lui-même ses intérêts particuliers aux idées-forces universelles. La conscience sociale informera la conscience de l'individu ; celle-ci, à son tour, informera et modiliera la conscience sociale, en s'unissant aux autres consciences individuelles sous la direction d"i<iées-lorces (.Mjmmunes à tous. Il y aura ainsi éducation récii>ro(pu.' des individus et de la société.
A en croire Nietzsche, l'éducation serait essentiellement mauvaise : n'est-elle pas « le moyen de ruiner \\'\ception au profit de la règle » ? la civilisation ne diriget-elle pas le goût de tous (( contre Texception, en faveur de la moyenne ». « Ce n'est, ajoute Nietzsche, (|ue quand la culture tient à son service un excédent de forces
qu'elle peut être une serre chaude pour le culte du luxe, de l'exception, de la tentative, du danger, de la nuance ; ?o«/e' culture aristocrati(iue tend à cela. » {Volonté de Puissance, 5ô,'i68.i S'insjtirant de cette doctrine, les disciples de Nietzsclie représentent l'cducation sociale comme étoulfant rindividualilé et lagcnialilé excei)tionnelle, au protil de la médiocrité. Selon [nous, rien n'est plus faux, s'il s'agit de l'éducation bien dirigée, ('elle-ci, loin d'alropliier la personnalité, en est le développement. La prétention de s'isoler dans son moi, en dehors de toute éducation, de toul <> conformisme social », est un orgueil antiscientilique. Pour un Piiscal (|ui, de lui-même, retrouve les premières leçons d'Euclide, combien y aura-t-il d'enfants qui ne trouveront absolument rien si on les abandonne à leur seule individualité ? Encore Pascal avail-il ;ippris la langue française, le latin, l'ai'ithniétique, les j>remières notions de géométrie ; ilsavaitipi'ii y a une géométrie. Les ennemis du conformisme iront-ils jusqu'à vouloir aussi supjtrimer le conformisme social de l'arithmétique ou celui de la langue nationale? Faudra-l-il laisser au gt'nie natif des enfants le soin de se faire un idiome pour eux? Les idées acquises par l'humaniti' et transmises par linstruction sont manifestement le i>remier et le seul moyen de découvrir des vérités nouvelles. Si on vous transporte à moitié chemin de l'ascension humaine, vous n'aurez plus (jue la dernii-re moiti(''à entreprendre. De (juoi vous plaignez-vous?
Ce que nous venons de dire des idées est vi-ai des sentiments, parce que ceux-ci, à la diirérence des pures sensations, enveloppent des idées. Eidevez à Nietzsche l'é'ducation raflinée de ses senlimenls par la lecture des i)liiIosoi>hes, des littérateurs et savants où se peignit la socié'té du dix-neuvième siècle, résultat ellemême de tous les siècles écoulés : vous verrez s'anéantir le moi de Nietzsche, dont il était si lier. l'our devenir un - sui'homme ", il faut commencer par être un homme, ce qui ne se p<>iil s;ms l'éducation. En de-