‹ Morales des idées-forcesChapitre 91 sur 150 · L EDUCATION · texte numérisé non relu

L EDUCATION

hors de la socuH»', que Nietzsche appelle dédaigneusement le lr()Ui»ean, l'homme est un animal ayant des virtiialilés plus hautes, mais incapable do les amener à la pleine acluaidé: il est un sous-homme. Les déclamations de Nietzsche et de ses (liscii)les contre l'éducation sont de ces discours qu'il eût appelés lui-même, s'il les eût trouves dans la bouche d'autrui, inania verba.

Ce qui est vrai, c'est que l'éducation bien conqM'ise doit avoir deux efïets simultanés, non moins essentiels l'un que l'autre. 1" I^>lle doit socialiser l'individu ; 2" elle doit de plus en plus l'individualiser. Loin d'être antinomiques, ces deux résultats nous ont paru solidaires (1). Plus un individu acquiert de valeur sociale par l'élévation de son intelligence, de sa sensibilité, de sa volonté, par son dévouement à des points de vue généraux ou même universels, et plus cet individu acquiert de valeur intime, d'intelligence, de sensibilité et de volonté propres. C'est ce qui fait l'action éminemment .'moralisatrice de la science. La science vit de désintéressement ci). Chaque opération désintéressée par laquelle l'homme conçoit, sent et veut des vérités supérieures à lui-même, de portée sociale, cosmique, universelle, est aussi un acte profondément personnel de son esprit; intellection, c'est déploiement du moi en même temps qu'invasion dans le non-moi. De même pour les sentiments d'allection : plus je m'impersonnalise en aimant, [)lus je me personnalise. Un i'astcur, qui a le cœur rempli d'objets dépassant son ego, accruit du même coup sa propre puissance d'esprit. Combien cette puissance n'est-elle pas supérieure à celle du sauvage ignoi'ant qui se complaît en son petit moi vide et clos, sans même parvenir à la conscience de sa j)ropre ignorance! Toute ('ducaliou qui éloulTe le moi, (|ui le mécanise, qui 1' « abêtit », est une contre-éducalion,

(1) Voir i)liis haut, livre (|iialri^me.

(2) Voir nos l^lémenln nocioUii/ifitiex de la morale, Iiilrotluclion.

non seulement an point de vue moral, mais même au point (le vue seientilique. puisque la seienee, elle aussi, est active et non machinale. Ce <iuil Huit former à la fois, ce sont de vrais hommes et une vraie société d'hommes.

Aussi, parmi les idées-forces que léducation entreprend de développer, doit-on placer précisément Pidéeforce du moi supérieur, de la pcrsonnalilé niilonome, delà liberté et de la responsabilité personnelles. Déclarer aveuglément la guerre à ce que ces idées contiennent de réalisable et de vrai, c'est dégrader Thomme au lieu de Vélever. Tous les demi-savants (|ui raillent. et proscrivent ces idées en ce qu'elles ont de juste et de possible, font de la pseudo-science, |)uis(iu'ils ne se demandent pas s'il n"y a point des ébMiieids scientifiques <rauto-réalisation en ces idées d'autonomie, d'indépcmdance, de liberté, de responsabilité, (pii, dans tous les temps et dans tous les lieux, on! dirigi' l'humanité intelligente. Ils veulent transformer en ujachine un être vivant et, qui plus est, [lensant. VA ils appellent cela une méthode scienfi/ii/ne'. Quant aux Nielzselu'ens. ce sont des romantiques attardés, de petits Housseaux égarés en plein vingtième siècle, des rétrogrades sous le ums(pie révohdioiuiaire. des naïfsqui se croient des Satans.

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