LA CULTURE ESTIIÉTIOUK. LIDLL-FORCE DU BEAU MORAL
ET SOCIAL. — SYNTHÈSE DE LA MORALE ESTHÉTIQUE ET DE LA MORALE DES IDEES-FORCES.
I. Genèse de l'idéo-force du Ijeau. La beaiilé physUiue et I.t beauté morale. Inflnence de la sélection naturelle, de la sélection sexuelle et de la sélection sociale. — II. Éléments esthéiiiiues des idées morales: obligation, mérite, sanction esthétiques. — III. Pérennité des soutiens estliéliqucs de la moralité. Hole moral et social de l'art; sa vérité profonde sous l'apparence de la fiction.
11 est une donnée essentielle que les évolullonnis1e«i ont trop iH'gligée clans leur « science des mœurs » : c'est le sentiment du beau, qui eut une si grande part dans la formation du sentiment moral et qui ne |)eul manquer de conserver un rôle important dans ses transformations lui lires.
Le sentiment estliéliciue est, selon nous, capable de corriger, par une vivante intuition, ce qu'il y a de sec et de froid dans la moi^ale » des laits ". L'iiomme n'esl pas seulement un calculateur d'intt3rèts en partie double, à la mani(}rc de Bentiiam; il n'est pas non plus un être tout à la ([uestion de vivre, eounne le conroivcnt Darwin et même Spencer : c'est un être qui contemple et admire. Nous devons donc d'abord perfectionner la doctrine de rt'voiution en ce qui concerne la « genèse » du sens estliéti(itie; nous en liiei-ons cnsnile les inductions
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légitimes sur l'avenir de la moralité esthétique et sur le rôle social de Part. Enfin, nous nous demanderons si la morale du beau, avec la culture cstliélique, est suffisante; nous verrons si riiumanité consentira jamais à dire, comme Platon, que l'essence du bien lui est échappée pour se perdre dans celle du beau.
GENIiSE I)K L IDKK-KOHC.E UL l'.KAl
Parmi les tendances innées qu'on rencontre justjue chez l'homme primitif, il fan! certainement compter les disi)Ositions esthéti(pies : pei'ceptions uniliées des sens, principalement celles de la vue et de l'ouïe, dessins, chants, danses rythmées, amour de la lumièi'e el amoiu' de riiarmonie. Le temps est loin où Platon expli(pi,ii( ce sens imié de la beauté par le souvenir d'une existence céleste, où nous aurions contemplé les types des èlres, leurs exemphiires immuables et divins. Selon la doctrine de ri'volulion, cette existence antérieure, dont nous conservons en nous les traces, est celle de nos ancêtres lerreslres ; le sentiment héréditaire du beau est le rajeunissement en nous des émotions ipie riiumanilé a traversées; enfin la contemplation des types ;^'én(''raux se ramène à une série d'expéiMences individuelles à travci's les siècles. L'école de Darwin a bien manpié les deux fiuTues de sélection, natm'elle et sexuelle, rpii ont développé chez les animaux le sens de la beauté et, (|ui plus est, réalisé dans leurs formes visil)les le beau lui-même. Pounpioi Poiseau. |»ar exemple, admire-t-il les belles couleurs du plmnaj^ïe de son espi'ce, el comment l'espèce en est-elle venue à acquérir ces C(ndeui'S? Pounpioi le i'ossi»;nol esl-il sensible à la grâce des chants et eonnnent esl-il devenu ehardeur ? La rt'ponse est dans les deux modes de séleclion. Kn vertu de celle qui a lieu pour assurer