GENKSE DE L IDEE-FORCE DU BEAU
eurythmie no rend-elle pas aussi la vie plus intense, plus ordonnée, plus généreuse? Est-elle moins utile à l'individu et à l'espèce que la puissance féconde et lliarmonie des membres? Cette utilité devait tinir par être instinctivement sentie et recherchée sans calcul. LMiomme est devenu un animal qui aime la beauté int»'rieure comme il aime les beaux corps. Les deux espèces de sélection qui ont produit le sens de la beauté physique ont aussi concouru, selon nous, à produire le sens de la beauté mentale. En premier lieu, les qualités de l'esprit eurent une utilité croissante dans la lutte de riiomnie contre la nature ou contre ses semblables. Si de bons muscles sont une force, une volonté courageuse est une force plus grande encore ; si de bons yeux sont un avantage, une intelligence prévoyante voit bien plus loin ; si les organes fournis par la nature sont des instruments de victoire, les organes nouveaux créés par l'intelligence, comme Tare, la fronde, la pique des peui)lades primitives, sont des instruments à plus longue portée. La valeur des qualités mentales a donc été peu à peu appréciée par expérience, puis sentie par instinct. Comme un animal faible en face d'un lion a le sentiment d'une puissance redoutable, un animal peu intelligent devant une intelligence supérieure pressent une force devant la(|uclle il doit ployer. En second lieu, outre la sélection naturelle, la sélection sexuelle a produit ses effets dans le monde psychologique. La femme Jie pouvait pas, à la longue, ne pas apprécier les qualités d'énergie, de courage, de réllexion chez l'homme qui devait être son protecteur. L'homme, fie son côté, ne pouvait pas ne pas appn'cier les qualités de tendresse, de douceur, de dévoucnienl, de liuesse et de délicatesse, chez la femme qui devait être sa compagne et élever ses enfants. La sélection sexuelle par l'amour s'est api>lirpu'e et s'appliquera encore à la beauté morale en même temps (ju'à la beauté physique. Les qualités essentielles à la famille et, par la famille, h la race enlreronl toujoui-s en ligne de compte dans le
calcul inconscient des amoiiroux. L'bomme le plus égoïste, s'il s'agit de choisir une tVnime. se gardera bien de la choisir égoïste. Les qualités autilaniiliales, i)Oin' ainsi dire, et par cela même antisociales, ont donc été peu à peu éliminées par la sélection de l'amour. Elles continueront de l'être dans l'avenir, et c'est une des raisons qui, malgré certains socialistes, rendent la famille si nécessaire à la société. Chaque famille nouvelle qui se constitue, — et qui n'est i»lus une union passagère en vue du plaisir, — est la fixation de qualités mentales nécessaires an groupe. Les enfants qui naîtront seront lincarnation de ces qualités, la réalisation des idées-forces qui dirigèrent leurs parents. Produite par la beauté menlale, la sélection sexuelle reproduit donc i\ son tour et accroît la beauté mentale par voie d'hérédité ; cause et effet réagissent l'un sur l'autre et, grâce à cette action rt^ciproque, révolution devient progrès. L'intérêt individuel, dans l'amour durabU», dans l'amour « pour la vie », ne fait plus qu'un avec rint(''rêt de la race, et la beauté conjugale, si on peut ainsi l'appeler, se confond avec la beauté sociale.
Pénétrez jusqu'au fond même du goût pour le beau, fixé' par l'hérédité, vous reconnaîtrez (ju'il consiste dans l'appréciation de la forme tvjiique la plus pure et la plus saine. Loin d'être une illusion pure et un mensonge», il est le sens d'une vérité, quoique partielle. Le laitl, pour chaque espèce animale et à ses propres yeux, c'est géMiéralement ce qui est ditVorme, faible, impuissant, anormal, contre nature et faux. 11 en résulte qui', pour chaque espèce, le beau ne fut à l'origine que le caracli're typique de l'espèce même : la femelle de l'oiseau, qui s'intéi'csse au chant de son compagnon, ne s'intéressera guère au chant des autres espèces, ni à celui de l'homme ; l'insecte ou l'oiseau qui fait attention aux l)elles couleurs de sa race, la femelle du paon (|ui admire l'arc-en-ciel peint sur la (|ueue de son compagnon, ne remar(|ueronl ()as l'arc-en-ciel qui déploie son échar|»e dans les nues, ni les teintes éclatantes
d'un coucher de soleil. L'homme lui-même a commencé par admh'er presque exclusivement la beauté humaine ; le goût des paysages est relativement moderne. Grant Allen a montré que la conception primitive du beau fut anthropomorphique, que les hommes de l'époque préglaciaire admiraient probablement les Phyllis et les Néères d'alors, s'admiraient eux-mêmes, enfin admiraient leurs plus forts compagnons. Le progrès a consisté dans une élimination graduelle ou dans un élargissement graduel de cet anthropomorphisme, en faveur d'idées de plus en plus scientifiiues et d'une vérité de plus en plus large. La beauté proprement dite, aujourd'hui encore, n'en a pas moins pour principal exemplaire et pour suprême modèle la beauté féminine. La théorie de l'évolution aboutit ainsi à placer le beau dans le typique, — d'abord dans le type de l'espèce et du groupe, puis, par extension, dans les types des autres espèces et groupes, entin, par une extension nouvelle, dans les formes typiques des objets inanimés. Or. nous avons vu que l'idée du type joue en morale un rôle prédominant lorsqu'il s'agit de déterminer l'objet de la moralité, de donner pour ainsi dire un corps à la notion du bien, de faire rentrer le bien même dans le vrai. L'école naturaliste ,doit donc aboutir à une synthèse scientifique du bien et du beau, du beau et du vrai. En outre, à la sélection naturelle et sexuelle elle doit ajouter la sélection sociale, qui fait prévaloir les exemplaires les plus utiles à la société entière, les plus pénétrés de ce qu'on pourrait appeler la vérité sociale (1j.
ELEMENTS ESTHETIQrES DES IDEES MORALES : OBLIGATION, MÉRITE, SANCTION.
Si l'on prend en un sens expérimental et scientifique
(1) Sur la sélection sociale, voir nos Éléments sociolofjiques de la morale, p. 204 et suiv.
les conclusions des écoles idéalistes , on les voit coïncider avec celles des écoles naturalistes. Le beau est une idée-force qui, i)ar l'intermédiaire du lijpe vrai, que Plalon appelait l'Idée el ]>rt)jelail en un monde transcendant, vient s'identifier avec la notion immanente du bien objectif, de Tidéal individuel et social. Aussi le sentiment moral enveloj)pe-t-il, parmi ses éléments essentiels, le sentiment esthétique. Ce sentiment est tantôt celui du beau proprement dit, tantôt celui du sublime. Le type de respèce humaine et de la société humaine, réalisé par une volonté individu(*lle, nest-ce l)as précisément la beauté intérieure en même temps que la vérité intérieui'C? Non seulement un acte moral peul actualiser ainsi à nos yeux le type normal de l'espèce et (\v\ groupe, ce qui lui donne un caractère de beauté, mais il peut encore, au moins en apparence, déborder riuimanité comme telle, manifester un idéal tellement univei*sel qu'il nous paraisse surhumain. Tel acte de dévouement et d'amour révèle une volonté qui agit pour une fin j)lus (primmaine, pour la sociélc' universelle, pour la vérité sans considération de temps, de lieuy. de formes et d'espèces. Une action de ce genre acquiert à nos yeux une valeur incommensiu'ablc, devant laiiindle tout s'am'anlit. i)\\ un acte où liiidividu se dévoue à une lin impersonnelle produit en ikuis le sentiment du sublime (Li. La beauté est un onlre déterminé, introduit dans la jniiss>ince, r'csl la volonté réiîlée et ordonnée: le sublime est la grandeur suprèn)e d'une volonté' qui. en se sacrifiant pour (piehpie idée universelle, nous donne par cela même le seulimenl de \'in/iniliide. Si un acte de générosit*' et d'héioïsme d(''[»asse tout cecpu' nous aurions nous-mêmes la loi'ce d'acco:ii|)lir, il ('veille un sentiment semblable à celui (pie cause l'immensité de la mer, de la montagne, du firmament. Nous nous sentiuis h la l'ois rabaissi'sà nos piiqtres yeux par le spectacle de la grandeur d'aulrui,
(1; \'oir |ilii> liant, Livre itn.'mi<T.
relevés par le sentiment sympalbique de celle grandeur dont nous portons en nous le germe. Plus la puissance qui se déploie dans les actions héroïques semble voisine de ce que serait la puissance intégrale et souveraine appelée liberté, plus la volonté humaine nous paraît sublime, indépendamment de tonte théorie métaphysique sur son essence cachée. D'autre part, plus I idéal que la volonté se propose est impersonnel, plus il suscite le sentiment du sublime; au lieu d'être humain, ridéal est, alors, non seulement social, mais c os mie/ ne ou même siipra-cosmirjae.
Dans l'ordre mental comme dans Tordre physique, il est une chose plus belle que la beauté et, en certains cas, plus sublime que la suljlimilé même : c'est la grâce; — la grâce sous ses deux formes, innocence et bonté, lune qui est l'aurore du bien, l'autre qui en est la splendeur. Quelles que soient les doctrines philosoi)hiques et scientiliques qui l'emporteront dans l'avenir, peut-on se figurer que Thumanité devienne insensible à la grâce de l'innocence chez l'enfant, à cette spontanéité d'une vie qui tend à se répandre et à se donner, sans connaître encore les dures nécessités de l'existence et la mêlée des égoïsmes? De plus, aimer l'enfant, c'est aimer en lui l'humanité future, et il n'est personne qui n'ait en soi le germe des sentiments de la ()aternité ou de la maternité, que nui système communiste ne saurait détruire. A l'autre extrémité de la vie, quand l'innocence et la vertu ont fait place à quelque chose de plus beau encore, quand la bonté est devenue une seconde nature, quand la soui'ce intérieure est tellemcnl féconde et surabondante qu'elle déborde sans eflort, cette expansion de l'amour a le caractère de la grâce. Kt la grâce peut avoir son infinitude, tout aussi bien que la [luissance, dont elle est la plus haute manifestation. Quand la puissance de la volonté généreuse, se faisant aimer à force d'être aimante, trouve dans les autres volontés un concours au lieu d^m obstacle, (juaiid elle nous donne ainsi le pressentiment d'une sut-iété où, au lieu
(le la lutte pour la vie, régnerait l'union dans la vie, conséquemuient l'universelle félicité dans le culte universel de la véi'ilé, comment notre être tout entier ne serait-il pas subjugué par l'idée d'une victoire où il n'y a plus de vaincus et où ceux mêmes qui se soumettent triomphent de leur adhésion volontaire ? A ce point, nous avons certainement obtenu le plus rapproché des « équivalents » de roblif/aiion morale : suj»rème amabilité de la volonté aimante.
Après Tobligation morale, Kant nous a représenté la ^/V//î/7(Miiorale comme un auln^ « mystère ». Selon nous, outre les divers éléments (|ui l'expliquent et que nous avons déjà analysés, la dignité est encore en grande partie réductible à des (Mémenls esthétiques, ([ui, à eux seuls, en assureraient déjà la durée dans l'avenir. La dignité est le sentiment que l'être a de sa valeur, de son rang j)hysique, moral ou social, dont il ne veut j)as déchoir, du degré de vc'rilc' typique (pi'il incarne en lui. L'être [)hysiquement beau, quoiqu'il ne soit pour l'ien dans ses dons naturels, en tirera toujours une cei'taine fierté et ne consentira jamais à l'abandon de ses avantages esthétiques, qui sont aussi des avantages sociaux. C'est que la beauté physique est déjà une sorte de dignité et de noblesse visible, indice d'une race perfectionnée, annonce d'une race qui sera plus haute encore. F*ersuaderez-vous à une femme, sans (iuel<iue raison supérieure, de se mutiler, de s'enlaidir, de se vieillir? Vous n'y parviendrez pas, tant le souci de la beauté visible est devenu une seconde nature, une sorte de fierté physique. La fierté inlcllccluellc, au point de vue du libre arbitre, n'est guère plus justiliée (pie l'autre, puisqu'il ne dé[)end pas de n(jus d'avoir une intelligence uK'diocre ou du génie; et ce|»endant, si i)hilosophe (ju'on soit, il est difficile de consentir à cette injure jki[»ulaire : « imbi'cile >». L'espèce humaine attaclu! une honte à la sottise, même involontaire, et à toute infériorité int(^llectuell(\ (pii entraîne une pi'ivati(U) de la v('i'it(''. A [)lus forte raison, grâce à la sélection sociale, y aura-
t-il toujours une fierté attachée à la beauté intérieure des sentiments et de la volonté. Cette fierté est ce qui se rapproche le plus du sentiment moral appelé dignilê. On a dit que la vanité est une dignité superficielle, la dignité une vanité profonde; en fùt-il ainsi, ces senlimenls n'en ont pas moins une importance sociale de premier ordre, qui les conservera par sélection: n'est-il l)as essentiel à la société que chaque individu ait le souci de sa valeur personnelle? Mais il existe une profonde différence, môme pour un philosophe déterministe, entre la dignité qui s'attache aux qualités intérieures et la vanité qui se joue au dehors. Il y a là une question de valeur comparative que la vie même nous met souvent en demeure de résoudre : ne voit-on pas des cas où Têtre moral sacrifie, s'il le faut, ses avantages physiques par dévouement à autrui ? Une femme exposera la beauté de son visage pour soigner des malades atteints de la petite vérole. Elle met, en ce cas^, sa beauté intérieure au-dessus de toute autre ; elle se considérerait comme déchue d'avoir conservé la régularité de ses traits au prix d'une lâcheté. Il n'y a plus Ui cet amour de soi pour soi-même (pii est la réelle vanité, mais cet amour de soi pour autrui qui est la réelle dignité. En même temps, celui qui voit la femme ainsi défigurée, mais sait que cette sorte de déchéance physique est l'o'uvre du dévouement volontaire, éprouve un sentiment de respect pour ce visage enlaidi, symbole d'une âme embellie.
L'idée de mérite moral, elle aussi, a des éléments esthéti(iues, qui subsistent dans l'auto-déterminisnKî des idées-forces. Il y a une beauté passive qui ne peut se modifier par la conscience d'elle-même : telle est celle du visage ; mais il y a une beauté active qui peut se modifier par le sentiment de soi : telle est celle des inclinations et actions. La beauté interne sera toujours un objet d'admiration par elle-même ; la beauté corporelle demeurera toujours une apparence et une
forme oxtérieiire. Les fatalistes soutieiMiront. ilcsi vrai, qu'il y a là simplement une quesiion de dei^vé : — Si le eliarme des traits, diront-ils, n'est que la manifestation phénoménale d'une réalité plus intime, la beauté mentale n'est encore elle-même qu'un entre-croisement de lois moins matérielles, un dessin sur une loile plus subtile; ce dessin n'est-il pas une forme comme l'autre, sans qu'on puisse jamais atteindre le fond? — Soit, tout est relatif; mais cette universelle relativité u'empèclie pas la classification des formes, dont nous avons parlé plus haut : la beaulé mentale demeure toujours plus intime, plus fondamentale, plus vraie «pie l'auti'e beauté, l'm^ machine à vapeur et un nnimal sont également délerrninés par les ressorts qui les font agir; mais l'animal est vivant et son ressort est conscient de soi: il est donc supérieur à la machine. De même, la lieauté mentale est vivante, consciente, automotrice par sa conscience même: elle consei-vera donc toujours, aux yeux de celui qui l'admire et l'aime, une valeur personnelle et non d'emprunt. L'homme de bien est un artiste (pii travaille sur soi, au lieu de travailler sur une matière; il est un modèle de beauté- et de vérité «pii se réalise par la conception qu'il a de soi, une statue (pii se sculpte en se concevant belle, une harmonie qui, dès qu'elle existe comme idi'al dans la pensée, acquiert par le fait même sa réalité- et ri-tentil en accords inté-rieurs. L'homme a donc le pouvoii" de se délivrer dises di'fauts par la conscience de leur laideur. (Je privilège d'être une idée vivante et se mouvant elle-mênu^ rajqtroche tellement le déterminisme de la liberté, (jn'un stdistitiil du mérite pourrait demeiiici' <'ne(»re, ijuoiipie transformé, dans une morale jturemenl e^tlK-tique. Le mérite s'y dclinirait : un (Intit su/h' rieur à rudmir/ilion. Une beaidé- qui se lait en se pensant et i-n se senlaid n'(*st-elle pas pliisadiniralde et plus aimable .* N a-t-elle pas droit à une place |dus élevée dans l'c-elielhdes valeurs? Ce droit, dans la pratique, est la jdiis hante a{)proximalion de ce qu'on appelle le Uierite moral. .V
ELEMENTS ESTHETIQUES DES IDEES MORALES 3i3
vrai dire, qui pourra jamais s'attribuer un mérite absolu et absolument personnel? De même, où trouver un «lémérite absolu, digne de l'odieuse peine du c/om? Il n'eiâ est pas moins vrai que la valeur intérieure, se créant par ridée, vaut en soi et pour soi. (Test précisément ce qu'exprime le mot de mérile; la beauté interne est objet d'amour par elle-même, elle mérite donc l'amour d'autrui.
L'idée de mérite entraine celle de sanction ; <juelle forme prend celle-ci dans Testhétique des mœurs? Quand il s'ai^it de la laideur purement corporelle, il est irrationnel cl inutile (jue la soullVance en résulte, puisque l'être physiquement laid ne peut rien sur lui-même par le sentiment douloureux de sa laideur. Ce serait simplement ajouter un second mal au premier. Au contraire, nous l'avons déjà remarqué plus haut, il est rationnel et utile «(ue la laideur mentale se sente pour se transformer : il est beau alors de sentir sa laideur, parce que cette laideur redevient déjà beauté en soutirant d'être laideur. In nain moral «l'andit par la seule conscience de sa petitesse ; un monstre moral conscient de sa monstruosité, est en chemin de retour vers le véritable type de Tespèce. La conscience est un miroir qui réagit et corrige les traits qu'il rellète (1). Voilà la sanction eslliétif|ue, (jui, en dernière analyse, se justitie au nom du bonheur même; car, si la laideur meidale doit être malheureuse de soi, c'est pour pouvoir redevenir heureuse. Aussi, indépenflamnient de toute idée d'une m»;ralilé absolue, l'humanité verra toujours une harmonie rationnelle entre déformation morale et douleur, cai' la douleur est ici le |)remiei' des remèdes, connue la satisfaction intime du beau est le grand excitant des « belles actions ».
Ce n'est pas toid. Enti-e l'indivitiu et la société il y aura toujours une sorte d'action et de réaction qui tendra à faire coïncider le sentiment de la beauté personnelle
(\) \'oii-. sur II* point, noiro Science sociale cunlemporoiiie.
avec celui de l'utilité collective, de ce qu'on pourrait appeler la beaulr sociale en nicnie temps que la vérité sociale. Dès aujourd'hui on dit de lliomme vicieux ou criminel, en se plaçant au point de vue de la société : « C'est un être inutile, une non-valeur. ^) Par une sélection certaine au sein de l'Iiuinanité, la non-valeur sociale se confondra de plus en plus avec la non-valeur individuelle : l'être intérieurement difforme et faussé ne fera (ju'un avec l'être insocialtle. Nous ne voudrions pas être aux yeux de nos semblables des monstres ni des fous, pas même traverser la rue en costume de carnaval, excepté les joiu's de carnaval, pas même marcher pieds nus avec un ensemble de vêtements élégants, ni porter un habit à l'envers. Telle est rinlluence des coutumes et du qu'en-dira-l-on. A [)lus forte raison, rinlluence de la sélection sociale est-elle décisive quand il s'agit d'apprécier la beauté des caractères en ce «lu'ils ont d'intime. De même (ju'il s'établit un écjuilibre entre la physionomie physique et la physionomie mt'utale, il s'établira peu à peu une harmonie entre la physionomie mentale et ce que nous proposerions d'iippeler la physionomie sociale. Les consciences individuelles Uniront pai* êli'c, pour la plupart, des monnaies frappées à l'effigie non du roi, mais de la socii'l»'.
En vain M. Wundt conteste la Iransmissioii iK'reditaire des intuitions morales; si nous Fi'lM'rilctns pas d'idées toutes faites, nous lu-rilons de sentimenis et il'instincts. T<'l enfant nail ailisle. et ai'liste d'un cerlain ordre : Claude Lorrain a le goût de la couleur; Mozart, eomme Toiseau chanteur, a l'instinct de rii.irmonie. Nous naissons tous plus ou moins artistes dans l'ordre moral, avec l'amour inné de la beauté psychique et sociale, avec la disposition à reconnaîtic le type de notre espèce et avec le besoin |>lus ou nutins grand de le réaliser. Il y a, en un mot, un sens moral et un goût moral, comme il y a un sens et un goût du beau, un sens et un goût du vrai. Le progrès de ce sens moral a eu
lieu clans le passé, il aura lieu encore dans laviMur pour l'espèce humaine, grâce aux trois ordres de sélection dont nous avons pai'lé : naturelle, sexuelle et sociale. Llionmie pourra acquérir un jugement tout spontané et intuitif du beau dans les actes et dans les caractères, comme l'est déjà le jugement du beau dans les figures et les sons. Dès aujourd'hui, l'homme dont le sens moral a une grande délicatesse perçoit les moindres dissonances morales, comme un musicien dont l'oreille fine est sensible à des nuances de son trop légères pour être mesurées scientili(|uement par des observateurs. Dans certaines (piestions où l'honneur est engagé, pourquoi s'en remet-on volontiers à quelcpie homme qu'on sait doué d'un sens délicat de l'honneur? C'est qu'on reconnaît à ses perceptions instinctives plus de V(M'ité' et de sùrelt' qu'à une formule docte el morte.
Spencer, allant plus loin encore que nous ne venons d'aller, admet t\uo, grâce aux lois de l'iiértMlité, la beauté physi(iue des traits et la beauté meidaie tendront à se confondre progressivement. Une croyance instinctive, et qui survit à bien i\o> di'mentis, c'est (|u"il y a un lien plus ou moins lointain entre les traits dominants du physique et ceux du moral ; selon Spencer, cette croyance est juste. L'exf)ression est le visage en action; or, l'expression a un sens ; la forme (|u'ellc imprime |»cu à peu aux traits doit donc en avoir un aussi. Les traits les plus essentiels du visage semblent n'être que des jeux de i)bysionomie habituels et héréditaires, qui ont alVecté les os de la face. La structure permanente des formes est de la physionomie fixée, de l'action imprimée dans le corps. Considérez la strucluif osseuse du visage; en premier lieu, la proéminence de la mâchoire est produite par un usage constant de cet organe chez des races inintelligentes et déj)oin'vues d'outils; en second lieu, la saillie des pommettes est l'effet du développement des muscles de la mâchoire. Les autres traits sont de mémo en relation avec l'état moi'al.
Si6 .MORALE DES IDEES-FORCES
Le type grec, le plus beau ilo tous, est celui de la race la |»lus |)arfaite et la mieux écpiilibive ; le tyi»e des races iidérieures, qui est laid, en est le conlre-pied. La beauté du visage, chez un individu, est donc bien lelFet final elle signe ordinaire de la l>eaulé nn'idale eliez ses ancélres, beauté dont Ifs principaux traits doivent sul»sister chez leur iKM'itier. On [torte ainsi ses litres de noblesse sur son visage, et cesl ce qui légitime, en une certaine mesure, ta lierlé que la temiue attache à sa beauté. -Mais il est clair que les exceptions sont nombreuses. Elles tiennent surtout, s(don Spencer, à ce (pie la constitution dvs entants est un mélange d'éléments empruntés à la constitution des parents, juxtaposés plutôt (jue bien combinés. De là l'atavisme, ce retour chez les descendants de traits propres à certains de leurs ancêtres. L'atavisme montre combien est mobile l'équilibre produit i)ar la fusion des constitutions paternelle et maternelle. La loi des croisements, selon Spencer, est encore une explication des anomalies dans les traits. Voici une race pure dont tous les édéments constilidionnels, bons on mauvais, sont depuis longtemps fondus et équilibrés ; «prelle vienne à se croiser avec une race mêlée, elle lui imposera ses caractères propres, au lieu de subir les siens. C'est ce (jui est arrivé quand on a voulu corrij:îer les races de moutons IVancais, — races intV'rieures. mais pures, — par le croisement avec les races anglaises, supéM'ieures, mais mêlées: les traits des races IVaneaises ont surnagé maigri' tous les midanges, sans amélioration ludable. Les faces humaines sont toutes de sang méie : un Anglais, lui l'rançais résument en eux je ne sais combien de racc^s luuuaines. I.ein-s constitutions sont donc fornK'es d'éléments hél(''rogcnes juxtaposés et encore mal fondus. Il en résidt<* la possibilité-d'une fouhMie discordances (»rgani(pies: un système cé'rébral dével(»pp«> et, par consé'queni, une nattu'c mentale élevé'e peuvent donc, se trouver joiids à une structure imparfaite des os et des nniscles de la face. Le visage île Socrale ra|)|H'lait certains ancêtres infé'rieiu'S,