VIU
Ce concombre est-il amer? laisse-le. Y a^-t-il des ronces dans le chemin? détourne-toi ; c'est assez : et ne dis pas : Pourquoi ces choses-là se tfouvent*eUes dans le monde? car tu serrirais de risée à un physi* cien, comme tu en servirais à un menuisier, à un cor* donnier, en les blâmant de laisser voir dans leurs bou«» tiques les copeaux et les rognures de leur travail* Cependant ils ont des endroits à mettre ce rebut ; au lieu que la nature de Tunivers n'a rien qui soit hors d'elle. Mais c'est cela même qui doit te donner plus d'admiration pour l'art de la nature, qui, ne s'étant donné d'autres bornes qu'elle, change et convertit en soi, pour en faire de nouvelles productions, tout ce qui parait corrompu, vieilli et inutile. Elle n'a pas besoin de matière du dehors, ni de lieu pour y jeter ce qui se gâte. Elle se suffît et trouve en elle-même tout ce qu'il faut, le lieu, la matière et l'art.
L'Asie, l'Europe ne sont que de petits coins de l'univers. Toute la mer n'est qu'une goutte d'eau; le mont Âthos, un grain de sable ; le siècle présent, un