SUR LES PRIERES. — €HAP. VI
« voir, A bon Jupiter, faites pleuyoir sur nos champs « et sur tout le terroir d'Athènes, t En effet, il ne faut point prier du tout , ou prier de cette façon , simplement et noblement.
Ou les dieux ne peurent rien, ou ils peuvent quelque chose. S'ils ne peuvent rien, pourquoi les prier? Et s'ils ont quelque pouvoir, pourquoi , au lieu de les prier de te donner telle chose ou de mettre fin à telle autre , ne les pries-tu pas de te délivrer de tes craintes , de tes désirs , de tes peines d'esprit ? Car enfin, si les dieux peuvent venir au secours des hommes, ils peuvent y venir aussi en ce point.
Tu diras peut-être : Les dieux ont mis ces choses en mon pouvoir. Il vaudrait donc mieux faire usage de tes forces, et vivre en liberté, que de te laisser tourmenter honteusement et en esclave pour des objets qui sont hors de toi. Mais qui t'a dit que les dieux ne viennent point à notre secours dans les choses mêmes qui dépendent dé nous? Commence seulement à leur demander ces sortes de secours, et tu verras. Celui-ci prie pour obtenir les faveurs de sa maîtresse; et toi, prie pour n'avoir jamais de pareils désirs. Celui-là prie pour être délivré de tel fardeau.; et toi, prie d'être assez fort pour n'avoir pas besoin de cette délivrance. On autre prie les dieux de lui conserver son cher enfant ; et toi , prie pour ne pas craindre de le perdre. En général, tourne ainsi tes prières, et attends Teflèt.
28» PENSÉES DE MARC-illRÈLB.