‹ Moralistes anciensChapitre 26 sur 108 · LOI NÂTDRELLE. — CHAP- VIII · texte numérisé non relu

LOI NÂTDRELLE. — CHAP- VIII

sa dignité, et il a inspiré aax meilleures une inclination réciproque.

Pense très souvent à la liaison et à Tintiine rapport que toutes les choses du monde ont entre elles : car elles sont pour ainsi dire entrelacées, et par ce moyen alliées et confédérées; et Tune est à la suite de Tautre, par relTet du mouvement local, de la correspondance et de Tunion de toutes les parties de la riiatière.

Les choses qui succèdent à d'autres sont de la famille de celles qui ont précédé : ce n*est pas comme une suite de nombres détachés, que la seule nécessité fait chacun ce qu*il est; elles ont au contraire une connexité fondée en raison. Comme originairement tous les êtres ont été combinés pour former un ensemble, dé même ceux qui naissent de nouveau ne présentent pas une succession simple, mais une sorte de parenté digne d'admiration.

. Une même sorte d'ame a été distribuée à tous les animaux sans raison, et un même esprit intelligent h tous les êtres raisonnables, comme tous lès corps terrestres ont une même terre, et comme tout ce qi}i voit et qui respire ne voit qu'une même luniière, ne reçoit et ne rend qu'un même air.

La lumière do soleil est une, quoiqu'on la voie dispersée sur des murailles, sur des montagnes, sur mille

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autres objets. 11 n'y a qu*une matière commune^ quoi^ qu'elle soit divisée en des millions de corps partictt* liers. Il n'y a qu'une ame, quoiqu'elle se distribue à une infinité de corps organisés qui ont des lioiîtes propres. Il n'y a qu'une ame intelligente» quoiqu'elle semble elle-même se partager.

Or, quelques-unes de ces parties dont je viens de parler, comme celles qui tiennent de la nature de l'air et les inférieures, sont insensibles et sans affection les unes pour les autres, quoique retenues ensemble par l'esprit universel, et par une même pesanteur ; au lieu que tout être intelligent se sent né et conformé pour être uni avec son semblable, et que ce penchant social est tout entier dans chacun.

Tous les êtres qui ont entre eux quelque chose de commun tendent à s'unir à ceux de leur espèce. Les corps terrestres se portent vers la terre ; ce qui est hu-' mide cherche à couler avec l'humide , et l'air avec l'air ; en sorte que, pour les tenir séparés, il faut employer quelque barrière et quelque force. Le feu se porte en haut, à cause du f^u élémentaire : celui d'icibas a tant de disposition à s'y aller Joindre par Tembrasement, que toutes nos matières un peu sèches s'enflamment aisément, parcequ'elles ont moins d'ob« •tacles qui les empêchent.

Il en est de même de tous les êtres qui participent de la nature intelligente : ils se portent avec une pareille force, et peut-être avec plus d'impétuosité, vers oe qui est de même nature qu'eux» Plus un être est

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parfait, plus il est prompt à se joindre et à se confondre avec son semblable.

Parmi les animaux sans raison on a toujours vu des essaims d'abeilles, de grands troupeaux, des familles de poussins, en un mot, des sociétés qu'une sorte d'amour a rassemblées, parceque ces êtres ont une même sorte d*ame. Mais ce penchant à vivre en société est plus vif dans les êtres plus parfaits, et se trouve moins fort dans les plantes, dans les pierres; dans les bois. L'espèce raisonnable est composée de peuples réunis ou confédérés, de familles et d'assemblées. Dans les temps même de guerre, il se fait des capitulations ou des trêves ; et parmi les êtres encore plus parfaits on aperçoit, malgré leur séparation, une sorte de tendance à s'unir, comme dans les astres. Parmi ces êtres plus excellents que l'homme, l'éloignement n'a pu empêcher cette tendance réciproque, effet de leur supériorité même.

Cependant considère ce qui se passe parmi le genre humain : les êtres raisonnables sont actuellement les seuls qui aient oublié cette mutuelle affection, ce penchant et cet attrait commun. On n'en voit plus d'exemple.

Mais les hommesont beau se fuir, la nature plus forte se saisit d'eux et les arrête. Tu verras la vérité de ce que je dis, si tu y prends bien garde : car tu trouveras plutôt un corps terrestre séparé de la terre, que tu ne trouveras un homme qui ait rompu tout rapport avec ceux de son espèce.

Toul ce qui arrive de bon à chacuo est utile à Tuniyers. Cest en dire assez. On peut cependant ajouter, et l'expérience le confirme, que tout ce qui arrive de^ bon à chaque homme est encore utile à la société hu* maine, en prenant ici Tutile dans le sens du vulgaire qui appelle biens ce qui, dans lé vrai, tient simple-, ment un milieu entre les vrais biens et les vrais maux^

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J*ai trois rapports : Tun avec la cause environnante; l'autre avec la cause divine, d*où procède tout ce qui arrive à tous les êtres ; et le troisième avec tous ceux qui passent leur vie avec moi.

On vient dé Toffenser. Songe promptement à ton esprit, à celui de Tunivers, à celui de Toffenseur : au tien, pour le rendre juste; à celui de Tunivers, pour te souvenir de qui tu fais partie ; à celui d*un tel, pour voir si ce n*est point ignorance de sa part, plutôt que

* La Gn de l'article en restreint le sens anx seols biens utiles. Les yraig biens sont la raison et le bon usage qu'on en fait enTers Dieu, les hommes, soi-même^ Les Trais maux sont le vice. Terreur, toutes sortes d'égarements. La santé, les richesses, les honneurs, et leurs contrah-es, sont des choses moyennes, qui peuvent également servir an vice et à la verfn^ et dont le bonheur ou le malheur de l'homme ne dépend pas nécessai- «ement. Telle est l'admirable morale des stoïciens.

. Après cette explication, il est aisé d'entendre Tartlcle. Les richeHes, par exemple, d'an citoyenne peuvent lui être bonnes qu'autant qu'il s'en servira, et 11 ne peut s'en servir, ni même en abuser, sans faire du bien àla société.

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dessein prémédité. Songe en même temps que, comme homme, il est ton parent.

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Faire une injustice, c'est être impie ; car la nature uniyerselle ayant <;réé les êtres raisonnables les uns pour les autres, afin qu'ils se prêtent de mutuels secours (comme il convient à leur dignité) sans jamais se nuire, celui qui désobéit à cette volonté de la nature offense certainement la plus ancienne déesse; et faire un mensonge est aussi pécher contre cette divinité : car la nature universelle est la mère de tous les êtres, ce qui les rend parents; et de plus, la nature universelle est nommée avec raison la vérité , puisqu'elle est la source de toute vérité : ainsi celui qui ment avec réflexion, pèche, parcequ'en trompant il fait une injus^ tice ; et celui qui ment sans réQexion fait toujours une action injuste, en ce qu'il rompt l'harmonie établie parla nature universelle, et en ce qu'il trouble Tordre en contrariant la nature du monde. En effet, c'est la contrarier que de se porter à la fausseté malgré son propre cœur ; car ce cœur avait reçu de la nature un sentiment d'aversion pour le faux; et c'est pour n'y avoir fait aucune attention, que maintenant il n'est plu3 en état de sentir la différence du faux d'avec le vrai.

De même» celui qui recherche les voluptés comme des biens et qui fuit les douleurs comme des maux est impie, car il est impossible qu'un tel homme n'accuse souvent la commune nature d'avoir fait un injuste partage aux méchants et aux bons, puisqu'il arrive souvent que les méchants nagent dans les plaisirs et

Tivent dans Tabondance de tout ce qui peut leur en procurer, pendant que les bons éprouvent I9 douleur et tous les accidents qui la font nattre. D'ailleurs, celui qui redoute les douleurs craindra une chose que Tordre du inonde lut destine un Jour : ce qui est déjà impie ; et celui qui court sans cesse après le plaisir des sens ne s*en abstiendra pas pour une injustice : ce qui est une impiété manifeste. Or il faut que celui qui veut se conformer à l'ordre de la nature regarde comme indifférentes toutes les choses que la nature a également faites ; car elle ne les aurait pas faites également, si elles n'eussent été à ses yeux tout à fait égales. Tout homme donc qui ne reçoit pas également les plaisirs et les peines, la mort et la vie, la gloire et l'ignominie, choses que la nature envole sans distinction aux bons et aux méchants, est, sans aucun doute, impie.

Quand Je dis que la nature les envole indifféremment, J'entends qu'elles arrivent indifféremment, selon Tordre et la suite de tout ce qui devait se faire successivement, en vertu d'un certain mouvement primitif que la Providence imprima, lorsque, dans une certaine époque, elle se fût déterminée à un tel arrangement, après avoir conçu en elle-même les com« binaisons de tout ce qui devait être, et avoir semé partout les germes et les principes , tant des dtversi êtres, que de leurs changements et de leur succession dans Tordre que nous les Toyons.

Celui qui pèche, pèche contre lui-même. Et Thomme

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