‹ Moralistes anciensChapitre 28 sur 108 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

II y a tel qui, après avoir fait plaisir à quelqu'un, se hAte de lui porter en compte cette faveur. Un autre ne fait pas cela, mais 11 a toujours présent à isia pensée le service qu'il a rendu, et il regarde celui qui l'a reçu comme son débiteur. Un troisième ne songe pas même qu'il a fait plaisir; semblable à la vigne qui, après avoir porté du raisin, ne demande rien de plus, contente d'avoir porté le fruit qui lui est propre. Le cheval qui a fait une course, le chien qui a chassé, l'abeille qui a fait dû miel, et le bienfaiteur, ne font point de bruit, mais passent à quelque autre action de même nature, comme fait la vigne qui, dans la saison, donne d'autres raisins.

Faut-il donc être de ceux qui, pour ainsi dire, ne pensent Jamais à ce qu'ils font? Oui, il le faut. Mais, dira quelqu'un, il faut bien savoir ce que Ton fait ; car c*est le propre d'uti être social de sentir qu'il fait une action convenable à la société, et de vouloir même, de par Jupiter, que son concitoyen le sente. J'avoue que ce que tu me dis est vrai, mais tu prends trop à la letr tre mes paroles ; c'est pourquoi tu- seras du nombre de ceux dont j'ai parlé d'abord, car ils ont aussi des raisons spécieuses qui les abusent. Si tu veux mieta entendre ce que j'ai dit, ne crains pas que cela te fasse jamais perdre l'occasion de faire quelqu'une des actions qu'exige la société.

Quoique les êtres raisonnables forment chacun un être à part, cependant, étant faits pour coopérer ensemble à une même œuyre, ils ont, par cette raison, entre eux le même rapport d'union qui se trouve entre les membres d'un seul et même corps. Pour te rendre cette pensée plus touchante, il faut te dire souvent à toi-même : le suis un membre du corps de la société humaine ; car si tu te dis simplement : le fais partie de ceux de la société, c'est que tu n'aimes pas encore du fond du cœur les autres hommes, c'est que tu n'aimes pas à leur faire du bien, comme étant de leur espèce ; et si tu leur en fais par pure bienséance, c'est que tu ne t'y portes pas encore comme à ton bien prppre.

Personne ne se lasse de recevoir du bien. Or, c'est se faire du bien que de faire des actions conformes à la nature. Ne te lasse donc point de faire du bien aux autres* puisque par là tu t'en fais à toi-même.

Ai-je fait quelque chose pour la société? J'ai donc bit mon propre avantage. Que cette vérité soit toujours présente à ton esprit, et travaille sans cesse*

LesLaoédémoniens, dans leurs spectacles« plaçaient les étrangers à l'ombre, et se mettaient eux-mêmes où ils pouvaient.

Perdiocas ayant demandé à Socrate pourquoi il ne

venait pas chez lui : C'est, répondit Socrate, pour ne

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