‹ Moralistes anciensChapitre 38 sur 108 · SUR LES TROUBLES INTERIEURS · texte numérisé non relu

SUR LES TROUBLES INTERIEURS

Sois comme un cap, contre lequel tous les flots de

260 PENSÉES DE MÂRG-ÂURËLE.

la mer se brisent. Il reste immobile; autour de lui tous les bouillons deTeau restent sans force.

Sui«-je malheureux parceque telle chose m*est arrivée? Non, bien certainement; je suis même heureux si je reste tranquille malgré cet accident, si je n'en suis ni abattu pour le moment, ni effrayé pour Tave* nir : car il pouvait en arriver autant à tel qui y aurait succombé. Pourquoi donc le regarder comme une infortune, et non comme un bonheur? Donneras-tu le nom d'infortune à ce qui ne saurait empêcher Thomme d'atteindre au but de sa nature? Et Thomme peut-il être mis hors d'état d'y atteindre, par un événement qui n'altère point la constitution naturelle de son être? On t'a dit quelle était cette constitution. Ce qui vient d'arriver t'empêche-t-il d'être juste, magnanime, tempérant, sage, modeste, libre, d'avoir les autres vertus dont l'exercice constitue essentiellement un être raisonnable? Souviens-toi donc, toutes les fois qu'un événement t'inspirera de la tristesse, de faire usage de cette maxime, que ce n'est point un malheur d'éprouver des accidents, mais un bonheur de les supporter avec fermeté.

Supprime l'opinion, tu supprimes : fat été blessé. Supprime ij'ai été blessé, tu supprimes la blessure.

Si tu parviens à corriger tes opinions sur tout ce qui semble t'incommoder, tu t'établiras sur un terrain ferme. Qu'est*ce à dire toi? C'est dire ta raison. Mais je ne suis pas une pure raison. Eh bien, que ta

TROUBLES INTÉaiËlRS. — GHÂP. XII. 264

raison donc ne te tourmente pas; et si le reste se trouve en mauvais état, qu'il en juge.

Qu'il est aisé de repousser, d'anéantir toute imagination qui ne convient pas ou qui trouble Tame, çt de recouvrer dans le moment une entière sérénité d'esprit !

Pourquoi me troubler, si ce qui se passe n'est point un sentiment ou une action de méchanceté qui soit de moi, ou si l'ordre du monde n'en est pas blessé? Mais comment le serait-il?

Lorsque les objets qui t'environnent te font éprouver malgré toi une sorte de trouble, reviens à toi au plus vite, et ne sors de cadence que le moins qu'il se pourra. Tu deviendras d'autant plus ferme sur la mesure, que tu y rentreras plus souvent.

Pour moi, je fais ce qui convient à ma nature. Rien du dehors ne m'en détournera ; car, ou ce sont des êtres sans ame, ou sans raison, ou égarés, et qui ignorent le bon chemin.

Page 1