‹ Moralistes anciensChapitre 40 sur 108 · TROUBLES INTÉRIEURS. — CHAP. XII · texte numérisé non relu

TROUBLES INTÉRIEURS. — CHAP. XII

trouvé ces événements étranges, et en ont murmuré. Où sont-ils maintenant? Ils ne sont plus. Pourquoi voudrais-tu leur ressembler? Ne vaut-il pas mieux laisser les moeurs de telles gens à ceux qui ont roulé, ou qui roulent ensemble dans un même tourbillon, et à ton égard ne songer qu'à faire un bon usage de pareils accidents ; car tu t'en serviras bien, et ce sera une matière à f exercer. Aie seulement pour objet, et prends la résolution d'être honnête à tes propres yeux dans tout ce que tu fais. Souviens-toi de ces deux choses, et ta conduite en ces occasions deviendra différente de celle des autres.

L'art de bien vivre a moins de rapport aux exercices de la danse qu'à ceux de la lutte, en ce qu'il faut être toujours prêt à soutenir avec fermeté des coups imprévus.

Non, ils n'en feront pas moins les mêmes actions, quand tu te crèverais de peine.

D'abord il ne faut te troubler de rien, car tout arrive suivant les lois générales de ce monde, et dans peu de temps tout ce qui vit disparaîtra de dessus la terre, ainsi qu'en ont disparu Adrien et Auguste.

Fixe ensuite tes regards sur l'objet de ton trouble, considère-le, et souviens*toi qu'il faut absolument que tu sols homme de bien. Rappelle-toi ce que la nature exige d'un être raisonnable ; fais-le constamment, et ne dis que ce qui te paraîtra le plus conforme à la

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justice, mais toujours avec douceur, modestement, et sans dissimulation.

Si la chose dépend de toi, pourquoi la fais-tu? Si elle dépend d'autrui, à qui t'en prends-tu? Est-ce aux atomes ou aux dieux? L'unet Fautre seraient folie. Ne te plains jamais d*un autre homme; car, ou il faut le corriger si tu le peux ; ou si tu ne le peux pas, il faut redresser la chose ; et si cela même passe ton pouvoir, pourquoi encore se plaindre? 11 ne convient pas de rien faire en vain.

Efface toutes ces imaginations, en te disant sans cesse : il est tout à Theure en mon pouvoir de ne laisser dans ce cœur aucune méchanceté, aucune cupidité, en un mot, aucune sorte de passion. Mais pourvu que je voie bien la vraie qualité dès objets, il m*est permis d*en user suivant lemérite de chacun.

Souviens-toi de cette faculté conforme à la nature.

Ne te trouble point, en te faisant un tableau de tout le reste de la vie. Garde-toi de te représentera la fois le nombre et la grandeur des peines que tu auras probablement à souffrir. Mais à mesure qu'il t'arrive quelque chose, demande-toi : Qu'est-ce qu'il y a là d'insupportable, d'insoutenable? car tu rougiras de t'en faire l'aveu. Ensuite rappelle-toi cette vérité, que ce n'est ni l'avenir ni le passé qui t'incommodent ; c'est toujours le présent. Mais l'objet présent n'est presque rien, quand on ne lui donne que sa juste étendue, et

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