‹ Moralistes anciensChapitre 41 sur 108 · TROUBLES INTÉRIEURS. — €HAP. XII · texte numérisé non relu

TROUBLES INTÉRIEURS. — €HAP. XII

qu'on demande à son ame , avec reproche , si elle ne peut pas porter un si mince fardeau.

Je n'ai Jamais chagriné personne que malgré moi; pourquoi faut-il que je me chagrine moi-même?

Cest bien la peine que pour si peu de chose mon ame devienne misérable, qu'elle se dégrade ellemême , qu*elle soit humiliée, hors d'elle, confondue ayec le corps, consternée. Hé ! que trouveras-tu qui le mérite?

Si quelque objet du dehors te chagrine, ce n'est pas lui qui cause ton chagrin, c'est le jugement que tu en portes, et il ne tient qu'à toi deTefTacer sur-le-champ de ton ame.

Si c'est des dispositions de ton cœur que tu te chagrines, pourquoi ne corriges-tu pas les opinions qui en sont la cause?

De même si tu te chagrines de ne pas faire quelque chose qui te parait conforme à la saine raison, que ne la fals-tu plutôt que de te chagriner? Mais une force supérieure m'en empêche. Ne te chagrine donc pas, puisqu'il n'y a pas de ta faute.

Mais il est honteux de vivre si je ne fais cette action. Sors donc de la vie avec autant de tranquillité qu'en a en mourant celui qui la fait : mais pardonne à ceux qui t'auront fait violence.

il faut laisser les fautes d'autnii où eUes sont.

266 PENSÉES IHS MiRCfÂURELB.

Tu as souffert de» peines d'esprit sans nombre, pour n'avoir pas fait consister ton bonheur à faire tout ce qu'exige la constitution d'un être raisonnable. G*en est assez.

xxvu.

Il te sera facile d'écarter loin de toi beaucoup d'inutilités qui te troublent, quoiqu'elles dépendent en* tièrement de l'idée que tu t'en formes. Mets-toi surle-champ bien au large. Représente4oi le monde entier. Représente-toi ton propre siècle. Vois quel rapide changement dans chaque ordre d'êtres I Quel petit espace il y a de leur naissance à leur dissolution 1 Quel espace immense les a précédés ! Quel es-* pace immense les suit I

Si tu vis dans ta maison, tu y es accoutumé; si tu en sors, tu l'as voulu; si tu meurs, ta tâche est faite; et voilà toute la vie. Sois donc tranquille.

Celui qui s'enfuit de chez son mattre est un déser^ teur. La loi est notre mattre ; donc celui qui la viole est un déserteur. Il en est de même de celui qui s'af«flige , qui se fâche, qui craint, qui se refuse à ce qui a été fait, ou se fera par une suite des arrangements de celui qui gouverne toutes choses. 11 est la loi ; c'est lui qui distribue à chacun son lot. Donc celui qui craint , qui s'afflige , qui se fâche , est un déserteur*

Puisqu'il est vrai que les choses dont le désir ou la

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craintete troublent ne s*approchent pas de ton ame, et que c'est au contraire ton ame qui, en quelque sorte, s'approche d'elles par lopinion qu'elle s'en forme, arrête donc cette opinion. Les objets resteront immobiles ; On ne te verra plus les désirer ni les craindre;

Tout n'est qu'opinion , et l'opinion dépend de toi ; chasse-la, il t'est libre ; et comme le navigateur qui a doublé un cap, tu trouveras un temps serein , de la stabilité, un golfe uni et calme.

XXXU.

Rejette ces préjugés, te voilà sauvé. Qui donc t'empêche de les rejeter?

Quand tu es fâché de quelque chose , c'est que tu as oublié que tout arrive selon l'ordre de la nature universelle ; et que les fautes des autres ne sont un mal que pour eux ; et encore que tout ce qui se fait dans le monde s'est toujours fait et se fera, et qu'il se fait partout.

Tu as oublié quel est le lien do parenté qui unit chaque homme à tout le reste du genre humain , non par le sang et la naissance, mais par une participation commune à la même intelligence.

Tu as oublié que l'esprit de chacun de nous est un dieu émané de l'Être suprême. De plus , que nous ne possédons rien en propre de notre fonds , puisque même nos enfants, notre corps et notre ame nous sont venus de cet Être suprême. Que d'ailleurs tout est opinion. Et qu'enfin la vie de chacun se réduit à

la jouissance da moment présent , et qu'on ne peut perdre que ce moment.

AiJijourd'hui je me suis échappé de tous les embarras qui m'entouraient, ou, pour mieux dire, je les ai mis dehors; car ils n'étaient pas autour de moi, ils étaient dans mes opinions.

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