‹ Moralistes anciensChapitre 43 sur 108 · ÊTRE CONTENT DÉ TOUT. — CHAP. XIII · texte numérisé non relu

ÊTRE CONTENT DÉ TOUT. — CHAP. XIII

Ou la nature fa donné assez de force pour supporter tout ce qui arrive , ou elle ne t*en a pas donné assez. Si tu as reçu assez de force, uses-en, et ne te fâche point. Et si Faccident est au-dessus de tes forces, prends encore patience, car en te consumant il se consumera aussi. Mais souviens- toi que , par ta nature, tu peux supporter tout ce quil est en ton pouvoir de rendre supportable et soutenable, en considérant ton vrai intérêt ou ton honneur.

La nature de Tunivers a reçu pour sa tâche de transporter là ce qui est ici, de le changer de forme, de rôter encore de sa place pour le mettre en une autre. Ce n'est que révolutions. Ne crains donc rien. Il n'y a rien de nouveau , rien qui ne soit ordinaire ; mais de plus, tout est dispensé avec égalité.

Il ne peut arriver aucun accident à l'homme qui ne soit pour un homme, ni au bœuf qui ne soit pour un bœuf, ni à la vigne qui ne soit pour une vigne, ni à un rocher qui ne soit propre à un rocher. Si donc ce qui arrive à chacun de ces êtres est un événement ordinaire attachée son existence, pourquoi recevraistu avec peine ceux qui te regardent? La commune nature n'a pas fait pour toi seul des choses insupportables.

Aime uniquement ce qui t'arrive et qui a été lié à ta destinée; y a-t-il rien de plus convenable?

S70 PENSÉES DE MiRG-AURÈLE.

Euripide a dit: La terre aime la pluie, et Tair aime à la donner.

Il semble que le monde aime à faire tout ce qui de* vait s*y passer. Je dis donc au monde : Je joins mon amour au tien.

Ne dit-on pas aussi, qu'il aime, qu*il a coutume * d*arriver.

Tout ce qui pourra t'arriver était préparé de toute éternité. La combinaison des causes avait été faite de toute éternité, pour ramener et le faire concourir avec ton existence.

C*est folie de chercher en hiver des figues sur un figuier ; et tel est celui qui cherche partout son cher enfant, lorsqu*il ne lui a plus été donné de Tavoir.

Un œil sain doit être en état de regarder tout ce qui est visible, et ne pas dire, Je veux du vert, car c^est le langage d*un œil malade. De même, dans Tétat de santé, les organes de Touïe et de Fodorat sont prêts à recevoir toutes sortes de sons ou d'odeurs, et un bon estomac digère indiftéremment toutes sortes d'aliments , comme une meule de moulin est faite pour broyer toute sorte de grains. 11 faut donc aussi qu'une raison bien saine soit préparée à tout ce qui peut ar«> river. Celle qui dit : Oh! que mes enfants vivent I ohl que je sois loué de tout le monde! est un œil qui

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DE il DOULEUR. -* CHAP. XIY. 274

désire du vert , ou des dents qui veulent du tendre

xri.

Il n'arrive rien à personne, qu'il ne soit né en état de porter. Les mêmes accidents sont arrivés à d'autres qui, par défaut de connaissance ou par ostentation de grandeur d'ame, sont restés fermes et insensibles à ce qui leur arrivait. N'est-il pas affreux que l'ignorance et la vanité aient plus de pouvoir que la sagesse 1

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