CHAPITRE XIV
FORCE DE L'aHE CONTRE LÀ DOULEUR.
Ce qui n'empire pas Tessence de l'homme en ellemême, ne saurait empirer la condition de sa vie , ni Messer véritablement l'homme , soit au dehors , soit au dedans. C'est pour un bien que la nature est obligée de faire ce qu'elle fait.
Pour tous les cas de douleur, tiens prête cette réflexion, que la douleur n'est rien qui puisse te faire rougir, qu'elle ne dégrade pas l'intelligeiice qui te gouverne, et qu'elle ne l'altère ni dans sa substance, ni dans ses qualités sociales.
Appelle aussi à ton secours, en bien des cas de douleur, ce mot d'Épicure, qu'il n'y a rien là d'impossible à supporter, ni que tu puisses regarder comme éternel, si tu te souviens que tout a des bornes, et si tu n*7 «joutes pas tes imaginations.
Souviens-toi encore de ceci : il f a plusieurs choses
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approchantes de la douleur, qui te flichent intérieurement, comme Tenvie de dormir, le grand chaud , le dégoût. Lorsqu'il te fâche d*étre dans une de ces situations, dis-toi à toi-même que tu succombes à la douleur.
La nature n'a pas si intimement uni Tesprit de rhomme à une machine , qu'il ne puisse toujours se renfermer dans lui-même, et s'occuper des fonctions qui lui sont propres.
Arrive tout ce qui voudra au dehors à ces membres qui peuvent être altérés par un accident. Que ce qui souffre se plaigne s'il veut. Pour moi, si je ne pense pas que cet accident est un vrai mal, je ne suis pas encore blessé. Or, je suis le maître de ne pas le penser ' .
Je suis composé d'un corps et d'une ame. Tout est indifférent au corps, puisqu'il ne peut rien discerner. Quant à mon entendement, tout ce qui n'est pas ses propres opérations lui est indifférent.' Or tout ce qui est ses propres opérations dépend de lui : ce qui doit s'entendre uniquement de ses opérations présentes; car pour ce qui est de ses opérations à venir ou passées, elles lui sont indifférentes actuellement.
* Marc-Aurèle se dit ailleurs à lui-même : « Tu es composé de trois c choses : du corps, de la facuUé de sentir et de véjçéter, et d'une intel- « ligence. Les deux premières t'appartiennent pour en prendre qaelqae c soin; et la troisième est proprement toi-même. > ( Mens cujusque Is est quisque. Cigbr. Somn. Scipionis, c. 9. )