‹ Moralistes anciensChapitre 46 sur 108 · DE LA DOULEUR. — CHAP. XIV. 2W · texte numérisé non relu

DE LA DOULEUR. — CHAP. XIV. 2W

Ou la douleur est un mal pour le corps (qu'il s'eu plaigne donc], ou elle en est un pour Tanoe. Hais il ne tient qu'à celle-ci de conserver la sérénité, la paix qui lui est propre, et de ne pas croire que ce soit un mal pour elle. En effet, ce qui discerne, ce qui désire et ce qui craint, réside tout entier au dedans de nous ; aucun mal ne peut monter jusque-là.

Souviens-toi que Tesprit qui te guide se rend invincible , lorsque , recueilli au dedans de soi , il veut se suffire à lui-même et ne faire que sa volonté , sans avoir d'autre raison de sa résistance. Que sera-ce donc, lorsqu'à l'aide de la raison il aura jugé de quelque chose après en avoir examiné les circonstances?

C'est ainsi qu'une intelligence libre de passion est une forte citadelle. L'homme ne saurait trouver de plus sûr asile pour n'être jamais asservi. Celui qui ne le connaît pas a été mal instruit, et celui qui, le connaissant, ne s'y retire pas, est misérable.

XIH.

Je peux affranchir ma vie de toute souffrance, et la passer dans la plus grande satisfaction de cœur, quand les hommes viendraient, à grands cris, me charger de tous les outrages dont ils pourraient s'aviser, quand même les bêtes féroces viendraient mettre en pièces les membres de cette masse de boue qui m'enveloppe. Car, dans tous ces cas , qu'est-ce qui empêche mon entendement de se maintenir dans un état paisible^ de juger au vrai de ce qui se passe autour de lui , e^

de tourner promptement à son usage ce qui se présente. Mon jugement ne peut-il pas dire à l'accident : Tu n*es au fond que cela , quoique Topinion te fasse paraître autre chose? Mon ame exercée ne peut-^He pas dire à l'accident : Je te cherchais, car dans tout ce qui se passe , je trouve , comme être raisonnable et sociable, occasion de pratiquer la vertu, d'exercer cet art qui convient et à Fhomme et à la divinité. En effet, tout ce qui arrive est propre à me rapprocher, ou de Dieu, ou de Thomme. Il n'y a rien de nouveau ni de difficile à manier. Au contraire, tout est connu et fait pour la main.

Ou tout ce qui arrive coule d'une seule source intelligente, comme dans un seul corps, et il ne convient pas qu'une partie se plaigne de ce qui se fait pour le grand tout : ou bien il y a des atomes qui se mêlent et se dispersent, et rien de plus. Pourquoi te troubler? Peux- tu dire de l'esprit qui te guide : Tu es un corps privé de vie, tu n'es que corruption, tu n'es plus qu'un animal sans raison , tu n'as qu'une belle apparence , tu n'es bon qu'à me faire vivre en troupe et repaître ' ?

[ Tu es une ame qui porte un cadavre, comme Fa dit / Épiclète.

' Le sens de ce texte difficile me paraît être : < En supposant le système c des atomes, rintelligence me reste ponr me conduire, et elle est fort « différente, tant de la matière que d'une ame animale. > J'ai suivi à la fin l'édition de Basle, de Tannée t568, et le manuscrit du Vatican, où il y a plusieurs points d'interrogation.

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