‹ Moralistes anciensChapitre 53 sur 108 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

RÈGLES DB COfiDUllS.

Il faut avoir toujours à la maio ces deux règles : Tune, de ne rien faire que ce que t'inspire la raison, ta reine et ta législatrice; Tautre, de changer d'ftvis, s'il se trouve quelqu'un qui te redresse et te retire de ton opinion ; mais toujours pourvu que les motifs de ton changement soient une raison probable de justice ou de bien public, ou quelque raison approchante, et non la satisfaction ou l'honneur qui pourraient t'en revenir.

Souviens-^toi que, même en changeant d'avis et te soumettant à celui qui te corrige, tu restes également libre ; car ta nouvelle action est toujours un effet de ta volonté et de ton discernement : c'est par consé* quent une action propre de ton ame.

Que l'on gagne de temps en ne prenant pas garde à ce que le prochain dit, fait ou pense, mais seulement à nos propres actions, pour les rendre justes et saintes! H ne faut jamais, disait Agathon, regarder autour de soi les mauvaises mœurs des autres, mais aller devant soi sur une ligne droite, sans jeter les yeux çà et là,

Faites peu de choses, dit-on, si vous voulez vivre 'U)ntent. Ne valait-41 pas mieux dire : Faites ce qui est

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nécessaire, ce que la condition d'un être sociable exige, et comme elle exige qu'il soit fait? Vous aurez, ainsi la satisfaction d'avoir foit des actions honnêtes et d'à* Toir fait un petit nombre d'actionr; car la plupart de nos conversations et de nos actions sont inutiles ; et si on les retranche, on en aura plus de loisir, moins de trouble. 11 faut donc, se redire en chaque occasion : ceci.fi'est-il pas inutile? €e ne sont pas seulement les actions inutiles qu'il faut retrancher, mais aussi les imaginations ; car si on ne songe à rien d'inutile, on ne fera rien qui le soit.

Travaille, non comme un misérable, ni pour te faire plaindre on admirer ; mais qu*il n'y ait dans ta vie ni action ni repos qui ne se rapportent à l'intérêt de la société.

Tu avais déjà vu de ces choses-là. Vois cellensi. Ne te trouble pas, et que ton esprit s'ouvre.

Quelqu'un est-il en faute? cette faute est pour lui seul.

T'est*il arrivé quelque chose? fort bien. Tout ce qui t'arrive fait partie de l'univers ; il fut lié dès le commencement à ta destinée, et filé, pour ainsi dire, avec elle.

Après tout, la vie est courte. Il est question de mettre à profit ce qui se présente, selon la raison et la justice.

Ne le donne du relâche que sobrement.

vni.

Si quelqu^un met devant toi en question coaiment s^écrit le nom d^ÂNTONiN, aussitôt, élevant la voix, tu lui en diras toutes les lettres. Mais si on s'avise de vouloir disputer sur cela, t'amuseras-tu à disputer aussi? Me continueras- tu pas de prononcer tranquillement toutes les lettres Tune après l'autre?

Fais de môme dans la vie; souviens-toi que chacun de tes devoirs est composé d'un certain nombre d'actions suivies : il faut les accomplir ; et, sans te troubler ni te fâcher contre ceux qui se fâchent, suivre ton objet sans te détourner.

Plie-toi aux événements que l'ordre général t'a destinés ; et quels que soient les hommes avec lesquels le sort te fait vivre, aime-les, mais véritablement.

Ai-^je, ou non, assez de génie pour cela? Si j'en ai assez, je m'en sers comme d'un outil que la nature universelle m'a donné. Si je ne m'en trouve pas suffisamment, ou je laisse l'ouvrage à celui qui peut le faire mieux que moi (pourvu que je ne doive pas le faire moi-même], ou bien j'y fais ce que je peux, en prenant un aide qui, sous ma direction, puisse consommer tout ce qu'il faut maintenant pour l'avantage de la société; car tout ce que je fais par moi-même, ou à l'aide d'autrui, doit tendre uniquement au bien commun et y convenir.

Ne rougis point de ie faire aider. Ta as ton devoir

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à faire , comme un soldat commandé pour Tattaque

d*une brèche. Que ferais-tu donc si, étant blessé à la

jambe 9 tu ne pouvais y monter seul, et que tu le

pusses aidé d*un autre?

11 faut tenir son corps dans une situation ferme ; rien de déréglé dans les mouvements ni dans la contenance : car ce qu'une ame sage et honnête fait voir sur le visage, doit se répéter dans tout le corps ; mais

le tout sans affectation.

L'esprit doit être attentif à ce qui se dit, et rintelli-

gence entrer dans ce qui se fait, et par qui.

Approche-toi de ton objet. Vois quels principes on a,

quelles actions on fait, et ce qu'on donne à entendre.

Que tes discours dans le sénat et ailleurs soient

agréables, mais sans brillants. Qu'ils partent d'une

raison bien saine.

Dans ce qu'on dit, sois attentif aux expressions ; et dans ce qu'on fait, à tous les mouvements. Dans ceuxci vois promptement à quel but on vise , et dans le reste prends garde au vrai sens.

Pénètre jusqu'au fond du cœur de tout le monde,

et permets à tout le monde de pénétrer jusqu'au fond

du tien.

Vois ce qu'exige ton corps pour végéter. Fais ce qu'il

iOi PENSÉES DE MARC'AURÈIG.

faut f nourris-le, de façoD pourtant que ta vie aninitle n*en soit point altérée. Vois ensuite ce qu^exige too corps comme ayant des sens , et n*en rejette pas les impressions, à moins qu'elles n*altèrent en toi Tame raisonnable : jedisraisonnableetcn même temps sociable.Observe ces règles, et tu n'auras plus d'inquiétude.

Pourquoi s'amuser à des conjectures , quand on peut voir dans le moment ce qu'il y a à faire? 6i tu le yois, marche à ton objet paisiblement et avec fermeté. Si tu ne le vois point, suspens ton jugement, et prends Tayis do tes meilleurs conseillers. S'il se présente encore quelque difficulté, penses-y, et, selon les circonstances, marche à ce qui te parattra le plus juste. Cest ce qu'il y a de mieux à faire. En allant à ce but, quelle chute pourrais-tu craindre?

Chez les Éphésiens, on avait établi pour loi de rappeler souvent au peuplele souvenir de queiqu*ancien qui eût été vertueux.

Forme le plan de régler ta vie en détail, action par action. Si chacun a, autant qu'il est possible, sa perfection, c'est assez. Or personne ne peut t'empécher delà lui donner. Viendra-t-il quelqu'empèchementdu dehors? Rien ne peut ^empêcher d'être juste, modéré, prudent. Mais, peut-être, quelqu'autre chose t'empêchera d'agir? En ce cas, si tu ne te fâches point contre cet obstacle, et si tu le reçois avec résignation, il naîtra de là sur-le-champ une autre sorte d'aetion qui

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eonvlenâra également bien au bon règlement que J'ai dit.

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