‹ Moralistes anciensChapitre 54 sur 108 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

Il est encore nécessaire de té souvenir que le soin que tu donnes h chaque action doit être propor^ tienne au mérite de la chose , car par ce moyen tu n*auras pas le déplaisir d'ayoir donné à des objets de peu de conséquence plus d'application qu*il ne contenait.

Accoutume^oi à tous les exercices qui te sont le moins familiers ; car la main gauche, qui, faute d*habitude , est ordinairement faible , tient pourtant la bride plus ferme que la main droite : c'est qu'elle y est accoutumée.

Tu connaîtras bien la nature des affaires, si ttt exa« mines séparément quel en est le fond, quelle en a été la source, et à quoi elles tiennent.

Point d'entreprise qui .<:oit vaine et sans objet; point encore qui ne se rapporte à quelque avantage pour la Société.

Il est impossible qu'une branche détachée d'une autre ne le soit de l'arbre entier. De même un homme divisé d'avec un autre , est retranché du corps entier de la société. (Test une main étrangère qui coupe la branche; mais c'est l'homme qui se sépare lui-même de son prochain, en prenant de la haine ou de l'aversio'

pour lui. Ah ! il ignore qu*en même temps il rompt les liens qui rattachaient è toute la société civile. Il est vrai que le souverain des dieux, en formant la société , a donné à Fhomme Theureux pouvoir de se réunir à son semblable, et par là de redevenir partie d'un même tout ; mais si cette séparation vient à se faire trop souvent, le rétablissement et la réunion en deviennent difficiles. Il y a toujours une sensible différence entre une branche qui dès le commencement a végété et crû avec Tarbre, et celle qui après la séparation y a été remise et entée ; les jardiniers en conviennent.

Restons unis, mais pensons chacun à part.

xxvn.

Prends toujours le plus court chemin ; c'est celui de la nature. H consiste à faire et à dire ce qu*il y a de plus droit. Cette façon de vivre épargne à Thomme beaucoup de peines et de combats; elle le délivre du soin de ménager toute sa conduite, et d*user d'à*dresse.

Gomme les médecins ont toujours sous la main des instruments et des outils prêts pour les cures imprévues, de même tu dois être muni des principes nécessaires pour connaître tes devoirs envers Dieu et envers rhomme, et pour faire les moindres choses, comme ayant toujours devant les yeux la liaison de ces deux sortes de devoirs ; car tu ne feras rien de bien dans les choses humaines, si tu oublies le rapport qu'elles ont avec Dieu , ni rien de bien dans les

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choses 4ivines, si tu oublies leur liaison avec la société,

XXÏX.

Souviens-toi de celui qui avait oublié le terme et Tobjet de sa route.

Rappelle-toi que les mêmes hommes qui passent leur vie dans le sein de la raisou universelle qui gouverne le monde , ont néanmoins des pensées toutes contraires aux siennes , puisqu'ils trouvent étranges les choses qui tous Jes jours se rencontrent dans leur chemtfi.

Rappelle-toi de plus qu*il ne faut point agir ni parler comme des gens qui dorment : car alors il leur semble seulement qu'ils parlent et agissent. Qu'cnfîn il ne faut pas recevoir les opinions de nos pères comme des enfants, c'est-à-dire, par la seule raison que nos pères les ont eues.

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