‹ Moralistes anciensChapitre 59 sur 108 · VAINE GLOIRE. — CHAP. XXII · texte numérisé non relu

VAINE GLOIRE. — CHAP. XXII

n'avoir pas été loué par les hommes du siècle passé.

Combien de personnages autrefois célèbres sont maintenant dans Toubli I et qu*il y a même de temps que tous ceux qui les ont loués ne sont plus I

Sur la gloire. Vois quelles sont les pensées de ces gens-là, ce qu41s craignent, ce quUls désirent.

Comme le sable du bord de la mer est caché par le nouveau sable que les flots apportent, et celui-ci par d'autre ; de même en ce monde, ce qui survient efface bientôt la trace de tout ce qui a précédé.

Considère souvent qui sont ceux dont tu veux obtenir Tapprobation, et quel est Tcsprit qui les guide : car, en pénétrant ainsi dans les sources de leurs opinions et de leurs désirs, tu ne les blâmeras pas des fautes qu'ils font par ignorance, et tu te passeras de leur approbation.

Celui qui ne voit pas ce que c'est que le monde, ne voit pas où il est. Celui qui ne voit pas pourquoi il est né, ne sait pas ce qu'il est, ni ce que c'est que le monde ; et celui qui manque d'une de ces connaissances, ne saurait dire pourquoi lui-même a été fait. Lequel donc te paraît mener une vie plus douce? Celui qui dédaigne les louanges de telles gens, ou ceux-ci qui ne savent où ils sont, ni ce qu'ils sont?

lorsque tu as voulu faire du bien et que tu y es

parvenu» pourquoi, eu homme sans jugQme ntf recberr cher encore autre chose : la réputation de bienfaisance, ou la gratitude?

Celui qui en loua un autre et eelui qui eàt loué, ceux dont la mémoire subsiste et ceux qui la rappellent, n*ont toi|s qu'une courte vie. Tout cela se passe dans un coin de la terre; les hommes ne sont d'accord sur ce point, ni entre eux, ni avee eux^^mémes, et la terre elle-même n'est qu'un point dans l'univers.

XIIÏ.

0 homme I tu viens de haranguer le peuple avec de grands cris ; est-ce que tu as oublié ce que c'est au fond que ton art et ce peuple ?

Non, je ne Tai pas oublié, mais ils estiment et recherchent toutes ces choses-là.

Faut-il donc que tu sois fou, parcequUls le sont? Je le fus autrefois.

XIY.

Panthée ou Pergame sont-ils encore assis près du tombeau de leur mattre? Et Chabrias ou Diotimo près de celui d'Adrien ? Belle demande ! Mais quand ces a^ franchis y seraient encore assis, ces morts le sentie raient-ils? Et en supposant qu'ils pussent le sentir, en recevraient-ils quelque joie? Et ces affranchis eux^ mêmes seraient-ils immortels? Leur destinée ne seraitelle pas aussi de vieillir, puis de mourir ? Que devieo» draient donc les maîtres japrès la mort de ces affranchis?

BUSlILITÉ. — GHAP. XÎIll. fiik

Tout cela n'est que puanteur; il n'y a que pourriture au fond du sac.

Dispose pour toi-même du temps qui s'écoule. Ceux qui au contraire ne s'occupent qu'à se faire un nom dans la postérité, ne font pas attention que les hom^ mes à nattre ne seront pas différents de ceux qu'ils ont aujourd'hui tant de peine à supporter. Tout oela mourra. Que t'importent les propos discordants et toutes les opinions de ces mortels?

Contemple, comme d'un lieu élevé, ces milliers d'attroupements, ces milliers de funérailles ; toutes ces navigations en temp&te, par un beau temps ; cette diversité d'êtres qui naissent, qui vivent quelque peu ensemble, et meurent.

Songe à ceux qui ont vécu sous d'autres règnes, et qui vivront après le tien, et aux nations barbares. Combien ignorent jusqu'à ton nom 1 Combien l'auront bientôt oublié 1 Combien qui aujourd'hui s'accordent à te bénir, et qui te maudiront demain !

Ahl que Cette renommée, que cette gloire, que le tôttt ensemble est méprisable !

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