‹ Moralistes anciensChapitre 60 sur 108 · HUMBLES SENTIMENTS · texte numérisé non relu

HUMBLES SENTIMENTS

Vil eselave« taiS'' toi *....»

* Bout de Vers tiré de je ne sais quel po£(é.

Couvre-toi de honte, mon ame, couvre-toi de honte. Tu n'auras plus le temps de t*honorer toi-même. Chacun a le pouvoir de bien vivre, mais ta vie est presque passée, et tu ne t*honores point encore, puisque tu fais dépendre ton bonheur des pensées d'autrui.

J'avance dans la route des devoirs que ma nature exige, jusqu'à ce qu'en tombant je trouve le repos, jusqu'à ce que je rende un dernier soupir à ce même air que je respire journellement, jusqu'à ce que je rentre dans cette même terre dont mon père avait tiré les éléments de mon être, ma mère son sang, ma nourrice son lait; dont depuis tant d'années je reçois ma nourriture et ma boisson ; que je foule et qui me soutient, quoique j'abuse souvent de ses dons.

Souviens-toi de la substance universelle dont tu

n'es qu'un atome, de Téternité entière, dans laquelle

tu n'as en partage qu'un instant très court et presque

insensible, du destin général dont tu es un si mince

objet.

Tout ce qui est moi n'est qu'un peu de chair, et la faculté de respirer avec celle de penser. Quitte donc tout autre livre. Point de distraction ; il ne t'est pas permis. Mais, comme un homme quWa mourir, méprise cette chair, amas de sang et d'os, tissu de nerfs.

HUMILITÉ. — CHAP. XXIII. 54t

de veines et d*artères. Considère encore ce que c'est que ta respiration. Ce n*est qu'un air toujours différent, rejeté sans cesse et sans cesse attiré. Il ne reste plus que la partie principale qui pense. Ne te soucie pas d'autre chose. Tu es vieux ; ne laisse plus cette partie dans Tesclavage ; ne souffre plus qu'elle soit secouée comme une marionnette, par des; désirs qui sont incompatibles avec le bien de la société. Qu'il ne t'arrive plus de te plaindre de ton sort présent, ni de vouloir échapper à ton sort à venir.

Es-tu hors d'état de te faire admirer par des vivacîtés d*esprit? A la bonne heure : mais il y a bieii d'autres choses sur lesquelles tu ne peux pas dire : Je n'y sois pas propre. Faisdonc au moins tout ce qui dépend de toi. Sois sincère, grave, laborieux, continent; ne te plains pas de ton sort ; contente-toi de peu; sois humain, libre, ennemi du luxe, ennemi des frivolités, magnanime. Ne sens-tu pas combien voilà de choses que tu peux faire dès à présent, sans pouvoir t'excuscr sur ta faiblesse et sur ton insuffisance? cependant lu restes là dans une inaction volontaire? Est-ce donc faute de forces naturelles et par nécessité que tu murmures, que tu es lent et paresseux, que tu as de lâches complaisances, qu'après avoir accusé ton corps de tes défauts, tu le flattes, que tu es vain et que tu abandonnes ton ame à tant d'agitations? Non, par tous les dieux. Il n'a tenu qu'à toi d'être délivré depuis longtemps de ces défauts ; et si tu es né avec un esprit pesant et tardif, tu peux du moins juger ce défaut et

t'exercèf à le cot-rtgef , ati lieu dé le disâimiifêr 6t de te coiUprâire dans ton indolence.

VU

Si quelqu'un peut ftie reprocher et me faire voir que je pense ou me conduis mal, je me corrigerai avec plaisir ; car je cherche la vérité, qui n'a jamais fait dé mal à personne, aU lieu que c'est un vrai mal de se tromper et de s'ignorer soi-même.

Qu'ai-je affaire de vivre plus longtemps, si je perds le sentiment de mes fautes I

Les dieux immortels ne se fâchent pas d'aVoir i supporter si longtemps un si grand nombre d'homnieB et si méchants. Ils ont même toutes sortes de soins d'eux; et toi qui as si peu de temps à vivre, tu en el las? et cela quoique tu sois Un de ces méchants?

Quand tu voudras te donner du plaisir, songe aux excellentes qualités de tes contemporains, comme à l'activité de celui-ci^ à la pudeur de celui-là, à la libé* ralité d'un autre, et ainsi du reste : car il n'y a rien de si agréable que l'image des vertus qui éclatent dans les mœurs de ceux qui vivent avec nous, lorsqu'on les rassemble comme sous un même point de Vue. Aie donc toujours ce tableau sous la main.

Il est ridicule que tu ne veuilles pas te dérober à tes "lauvais penchants, ce qui est en ton pouvoir, et qu0

t»Al\KSSË. — CtlAP. XXIV. ^

tu prététtdes échapper à ceux des autres, ce qv p6i)â pfts de toi. \

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