‹ Moralistes anciensChapitre 62 sur 108 · RESPECT HUMAIN. — CHAP. XXV · texte numérisé non relu

RESPECT HUMAIN. — CHAP. XXV

-de toi. Les autres ont leur fdçon de penser, leurs inclinations; c'est leur alTaire, n'y regarde pas. Va ton droit chemin ; laisse-toi conduire par ta propre nature et par la nature commune. Il n'y a pour l'une et l'autre qu'une seule route.

Ne te laisse point entraîner par ce tourbillon. Entre les divers mouvements de ton cœur, choisis ce qui est le plus conforme à la justice, et entre tes diverses imaginations, tiéns-toi à ce que tu as clairement conçu.

ni.

Ne vois-tu pas comment se conduisent les gens d'art? Quoiqu'ils cèdent en quelque Chose aux volontés des ignorante, néanmoins ills se tiennçnt toujours aux règles de leur profession, et ne s'en laissent point écarter tout à fait. N'est-il pas affreux qu'un architecte, un chirurgien fassent plus de cas de leurs règles que l'homme n'en, fait de cet art qui lui est spécialement propre, et qu'il exerce en commun avec les dieux?

Quoi qu'on fasse et quoi qu'on dise, il faut absolument que je sois homme de bien ; il en doit être de moi comme.de l'or, de l'émeraude, de la pourpre, qui diraient sans cesse : Quoi qu'on fasse et qu'on dise, il faut absolument que je sois une émeraude; il faut que je conserve mon état.

Tu veux être loué d'un homme qui trois fois dans une heure se maudit lui-même? Tu veux plaire à un homme qui se déplatt? Hé , comment pourrait-il se

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plaire , puisqu'il se repent de presque totit ce qû^fi

fait?

Vf.

Examine bien comment ils ont la tète faite, surtout ceux qui ont de la prudence. Que fuient-ils? Que recherchent-ils?

Entre dans ces têtes, et tu verras quels juges tu redoutes, et quels jugements ils font d'eux-mêmes.

Quelles têtes ! Quels objets d'attachement? Et par quel intérêt Us aiment et honorent! Mets le prix à ces petites âmes toutes nues. Lorsqu'ils s'imaginent faire un grand mal en blâmant, et faire un grand bien en louant, qu'ils font voir d'arrogance!

De tous ces vains discours je ris au fond du cœur.

La vertu leur déplaît ^ . .

J'ai souvent admiré jusqu'à quel point l'homme s'aime lui-même par<^dessus tout, et; que cependant il fait moins de cas de sa propre opinion sur ce qu'il vaut, que de celle d'autrui. En effet, si quelque dieu ou un maître sage^ obligeaient un homme à rendre compte sur-le-champ en public de tout ce qui se passerait dans, son cœur ou daiis son imagination , il ne résisterait pas un jour entier à cette contrainte. Il est donc vrai que nous sommés plus touchés de l'opimon d*aùtrui que de la nôtre.

* Bouts de vers tirés de quelques poètes.

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