‹ Moralistes anciensChapitre 63 sur 108 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

BES OBSTAPLEg À FAIRS ÏM BIEN.

Qimnd il $'agit de faire top devoir, qu'^fnporte quie tu aies froid ou chaud ?<.que tu aies envi^ 49 dormir ou non? qu'on doive te blâmer ou te louer? que tu aiUes mourir ou faire toute autre ch03e? Mourir est i)ne fonction de la vie» et en cela, comme daps topt le reste, il suffit de bien faire ce qu'on fait dan# Ii9 moment.

Il,

En un sens tout homme me tient de très près, puis-? que je dois, lui faire du bien et le souffrir; mais, d'un ^utre côté y lorsqu'il veut mettre obstacle aux actions qui me sont propres, c'est pour moi un être aussi indifférent que le soleil, le vent, une béte féroce : car ces choses pourraient aussi mettre obstacle à mon ac* tion, mais aucune d'elles n'en peut mettre au mouvement de mon cœur, ni à mon affliction , parceqi^e j'y ai mis une condition , et que je suis le maître d'en transforqoer l'objetl Mon ame a Le pouvoir de transformer par la pensée l'action que je ne peux fairç, eqi quelque chose de meilleur, en sorte que ce qui arrête un ouvrage projeté, devient j'ouvrage, et que ce qui s'oppose à ma route, me devient une roule.

Tu peux vivre ici comme songerait à vivre uq homme qui s'est retiré du monde. Si on ne t'en laisse pas I^

liberté, sors de la vie; non en homme qui souffre .uo vrai mal; mais il fume ici, je m'en vais; penses-tu .que ce soit une affaire? jGependant, jusqu'à ce que j*aie utie si forte raison de m'en aller, je reste libre. Personne ne m'empêche de faire ce que je veux, et je ne veux rien qui ne soit conforme à la nature d'un être raisonnable et sociable.

Essayons de les gagner par la persuasion. Mais continue de faire, malgré eux, des actions justes, toutes les fois que la raison de justice l'exigera. Que si quelque force t'en empêche, tourne ton ame à la patience et à régalité. Sers-toi de l'obstacle pour exercer une autre vertu. Souviens-toi que ton désir n'était que conditionnel, et que tu ne voulais pas Timpossible. Que voulais-tu?. Un certain effet de ton désir, et tu l'obtiens. Ce désir devient la chose. .

Personne ne t'empêchera de vivre selon ta nature ; il ne t'arrtvera rien qui ne soit dans l'ordre de la commune nature.

Qu'est-ce qu'on peut faire ou dire de mieux en telle occasion? Quoi que ce soit, il ne tient qu'à toi de le faire ou de le dire. Ne cherche point à t'excuser sur les difficultés. Tu ne cesseras pas de t'en plaindre, jusqu'à ce que, pour faire cri toute occasion ce qu'exige la constitution de l'homme , tu aies autant d'empressement que les voluptueux en ont pour les délices de la vie* Car enfin c'est jouir délicieusement

OBSTACLES. — CgAP. XXVf, 523

de soi-même que de faire tout ce qui convient à sa propre nature. Or, il est en ton pouvoir de le faire dans quelque situation que tu sois. Un cylindre ne peut de lui-même se mettre en mouvement que dans une certain^ situation, U en est de même de Teau» du feu et des autres choses qui ne sont régies que par les impressions de la nature ou d*une sorte d*ame destituée de raison : parceque souvent les lois de la nature les retiennent et lei^r interdisent tout mouvement. Mais une ame intelligente et raisonnable n'a qu'à vouloir. Elle est en état par sa nature de franchir tous les obstacles; elle se donne tel mouvement qu'il lui platt, et avec la même facilité que le feu s'élève , que l'eau s'écoule, qu'un cylindre roule en bas. Si tu as toujours devant les yeux cette vérité, il ne t'en faut pas davantage*

Les obstacles ne peuvent agir que sur le corps, ce cadavre que Tame traîne, et ils ne peuvent ni frapper Tame ni lui faire aucun mal, à moins qu'elle ne s'imagine faussement que ce sont de vrais obstacles pour elle» et qu'elle ne se laisse dominer par cette erreur; s'il en était autrement, ces prétendus maux rendraient méchant celui qui aurait à les souffrir.

Les ouvrages de l'art ne peuvent éprouver aucun accident qu'aussitôt ils ne deviennent moins bons ; au lieu que si l'homme fait un bon usage des difQcultés, il en devient en quelque sorte meilleur et plus digne de louange.

En général, souviens-toi qu'un citoyen de cette grande ville du monde ne peut être blessé que de ce

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qui offenserait la ville entière. Il n*est rien qui puisse nuire au monde que ce qui troublerait la loi de son arrangement, et aucun de ces accidents, que le yiitgaire nomme fâcheux» ne peut troubler cet ordre ; donb ils ne peuvent nuire à la ville ni au citoyen.

trômmé ceux qui te Tout onstacle dans le chefanin de ià droiie raison ne peuvent te détourner d'une bonne action, ne ces&e pas de les aimer. Mais tiens-toi ferme également sur ces deux principes : Tun, de persévérer dans iû façon de penser et d'agir, l'autre d'avoir de la douceur pour ceux même qui veulent te faire obstacle bu qui te sont fâcheux de toute autre manière ; car il n'y aiirait pas moins de faiblesse à leur en vouloir du mal qu'à abandonner la bonne action et succomber à la

crainte. C'est agir en soldat qui abandonne son poste, que de se laisser intimider, ou de haïr celui que la natilre a fait notre parent et notre ami.

Si quelque chose te parait difficile à faire, songé qu'elle n'est pas impossible à l'humanité ; et si un autre peut la faire, si même elle convient à tout homme, songe que tu peux y atteihdre aussi.

Que ie pouvoir de l'homme est grand 1 11 lui ëât libre de ne rien faire que ce qu'il sait bien que bleu approuvera, et de recevoir avec résignatiori tout ce qu'il platt à Dieu de lui envoyer.

ENCOURAGEMENTS. — Ç^j^p. pvil. ^27

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