‹ Moralistes anciensChapitre 65 sur 108 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

Les Pythagoriciens youlaientqu'en nous levant nous contemplassions le ciej, pour nous rappeler Tidée de ces êtres toujours les mémes,qui font toujours de même leur ouvrage, et pour nous faire penser à leur ordre et à leur pureté toute nue ; car un astre n'a point de Toile.

En quel état faut-il que se trouvent et le corps et Tame quand la inort arrive? Cette vie est courte; elle est précédée et suivie d'une éternité. Toute matière est fragile.

Puisque tu as la raison en partage, use librement de ta supériorité sur les bêtes, et en général sur tout ce qui manque de raison. Quant aux hommes, puisqu'ils ont la raison, traite avec eux comme étant leur concitoyen. Mais en toutes choses invoque les dieux.

N'importe combien de temps tu auras à vivre ainsi ; car une telle vie n'eût-elle duré que trois heures, ce serait assez.

XXVÏI.

Te flattes-tu de mériter les titres de bon, de modeste, de véridique, de prudent, de doux, de magnanime? Prends donc bien garde à ne point mériter les titres contraires; et si tu perds ceux-là, tâche de les recouvrer au plus tôt : mais souviens-toi que le titre de prudent veut dire que tu dois avoir pris l'habitude d'examiner attentivement et sans distraction la nature de chaque objet ; que le titre de doux t'oblige à acquiescer volontairement à tout ce que la commur

nature fa distribué ; que le titre de magnanime suppose une élévation d*ame au-dessus de toutes les impressions douces ou rudes que la chair éprouve, audessus de la vaine gloire, au-dessus de la mort et des accidents les plus terribles.

Si tu tâches de mériter tous ces titres (sans te soucier que les autres te les donnent), alors tu deviendras un autre homme, et tu parviendras à une vie nouvelle; car de rester le même que tu as été par le passé, de continuer de mener une vie où Tame reçoit mille atteintes mortelles et se couvre de souillures, c'est n'avoir aucun sentiment, c'est être esclave de l'amour de la vie, c'est ressembler à ces gladiateurs qui, à moitié dévorés dans un combat contre des bétes, et tout couverts de blessures, de sang et de poussière, demandent cependant à être réservés au lendemain pour être livrés aux mêmes dents et aux mêmes ongles.

Entre donc en possession de ce petit nombre de titres; et si tu peux y rester, restes-y , aussi content que si tu étais transporté dans un séjour comparable aux lies des bienheureux.

Que si tu sens que la possession de ces beaux noms t'échappe, si tu manques de force pour les retenir tous, aie du moins le courage de te retirer dans quelque coin du monde, où il te soit possible de régner entièrement sur toi ; car autrement il vaudrait mieux quitter le monde même, çans colère cependant, et au contraire avec simplicité, et en homme libre et modeste, qui du moins aurait voulu faire la bonne ac*» tion, de le quitter avec ces sentiments^

ENCODRAGEMENTS. — CHAP. XXVII. S57

Au surplus tu te sentiras puissamment attiré à la pensée de ces titres, si tu te ressouviens des dieux ; ils ne se soucient pas d'être simplement loués par des êtres raisonnables, mais de trouver parmi ces êtres des âmes en tout pareilles aux leurs. Songe que, comme un figuier porte des fig^es<; comme un chien et une abeille font ce qui convient à leur nature, il faut aussi que Tbomme fasse tout ce qui convient à la raison qui lui est propre.

Essaie de voir ce qu^il t'en arrivera de mener la vie d'un homme de bien, qui accepte avec résignation la part qui lui a été destinée des événements du monde, qui fait consister son bonheur à ne faire lui-même que des actions justes, et qui a le cœur plein de bienveillance pour les autres.

Ne point te laisser troubler par ce qui vient d'une cause extérieure, et pratiquer la justice en tout ce qui dépend du principe qui réside en toi ; c'est-à-dire, diriger tes affections et tout ce que tu fais au bien de la société comme à un objet intimement lié par la nature avec ton existence.

Tu n'aurais point commencé d'écrire et de lire avant que d'avoir commencé à l'apprendre ; il en est de même à plus forte raison de l'art de bien vivre.

Quoi I jusqu'à ce qu'une torche soit consumée, elle ne cesse point de jeter sa lumière; et tu souffri-

538 PENSÉES DE MÂRG-ADRÈLE.

rais que la vérité, la Justice, la tempérance, s*éteigiils* sent en toi tant que tu subsisteras?

Quand goûteras-tu les fruits de la siitiplicité; de là gravité, do la connaissance de chaque objet qui se pré^ sente, voyant ce qu'il est dans le fond* quel rang il occupe dans le monde, combien de temps il doit dd*^ rer, de quelles parties il est composé, qui peut èd jouir, enfin qui peut le dotinef* et TAter?

xxxm.

Pdtlfle tbri imâgindtioti.

Attète le progrès de tei liidignës étnotiôtis.

Renferitie le présent dans ses bornes.

GOhnaiB là nuturè de ce t}tti ^arrive à to! ott à dd autre.

Distingue et sépare daiis Tobjet qui t'affecte, le principe de sofa activité d'avec sel triatlèfë.

Pense à ta dernière heure.

A-t-on fait une faute? laissè-lâ ofi elle est.

tu n'as plus le temps de lire, mais tu peux repousser loin de toi ce qui te couvrirait de honte; mais td peux vaincre la volupté et la douleur ; mais tu peux te mettre au-dessus de la vanité; mais tu peux supporter, sans te fâcher, les sots et les ingrats ; tu peux même leur faire du bien.

0 moname I quand seras-tu donc bonne et simple^ et toujours ia même, et toute nue, plus à découvert

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